‹ Claude Le Petit et la Muse de la courChapitre 27 sur 37 · C. LE PETIT · texte numérisé non relu

C. LE PETIT

LA MLSE DE LA COUR

Désormais la Peste est baiiie Des écrits de nostre fjranie Les cerveaux bourus, altérez De Testât des pestiferez, Voyant ce présent manifeste Souhaiteront sur ma peau peste ; Mais encor que peste sur peau Ne soit présent ny sain ny beau, Que les scandalisez en pestent, Que sur ma peau, peste ils souhai- M'advienne le sort des pestez, [tent. Si mes vers sont plus empestez :

Et si jamais ! (vœu d'importance) Je rime sur la pestilence.

On a surpris un Jardinier Dans Londres, Samedy dernier (Datte, ce me semble, assez fraîche), Qui quittant forces, râteau, besche, Avoit dessein, dit-on, alors De contaminer des Milors. Pleins bourcerons, pleines pochettes, Il avoit couteaux, et serpettes.

Pistolets à rouet, ou non, Chargez de salpestre à canon Pour le Cron Wellien masacre. ; Maudit disciple de saint Fiacre, Et tous tes maudits Compagnons, Bien mieux valloit planter oignons.

Bien mieux valloit Protectrlcides, Bien mieux valloit Cron Wellicides.

Planter aulx, pimpernelle, choux, Que de vouloir faire les foux, Infâmes et lâches Complices D'attentats et de maléfices :

Obstinez assassinateurs, Infidelles Conspirateurs, Cabale horrible et sanguinaire.

Vous ne ferez que de l'eau claire ; Opiniastres conjurez.

Malgré vos coups réitérez Contre la Protectrice Altesse ; Malgré vostre injuste finesse.

Abominables scélérats Vous tomberez dedans vos lacqs.

Chez les Révérends Jesuisles (1), Ces éclairez Evanqeliates, Qui dans un séjour écarté Preschent la Catholicité, Dimanche avec magnificences.

Apres tres-humbles révérences.

Cent signes de croix, Oremus, Et cent rjratiaa agimus, Fut beniste, benoiste Dame, Vertueuse, et très-sage femme.

L'inimitable Bnmhoinllet, D'un rœur dévot, sinrere et net,

1) En marpe : de la rue Sainl-Aiitiioine

Et d'une ame toute Chrestienne Digne Abcsse de Saint-Estienne Par le bon Evesque d' Amiens, Présents plus de mille Chrestiens, Tandis qu'une juste harmonie Charmoit toute la Compagnie ; J'y vis bien des sortes de gens.

J'y vis des Jeannes, et des Jeans, J'y vis des Messieurs, des Madames, J'y vis des hommes, et des femmes, J'y vis des vieillards, des enfants.

J'y vis des petits et des grands, J'y vis des blondes, et des brunes, J'y vis des vieilles, et des jeunes, J'y vis des laids, j'y vis des beaux, Jouvencelles et jouvenceaux.

J'y vis des laides, et des belles.

Des Damoiseaux, des Damoiselles.

J'y vis des Comtes, des Barons, Des ignorans,des Cicerons, J'y vis Baronnes et Comtesses, J'y vis des Maistres, des Maistresses, J'y vis des pages, des lacquais.

Des coquettes, et des coquets, J'y vis des Piiacesses. des Princes, J'y vis Gouverneurs de Provinces, J'y vis Prélats, vieux et nouveaux En vestemens épiscopaux :

Enfin dedans ce^ belles viies J'estois comme tombé des nues :

Là, de ce brillant appareil La Daine en estoit le Soleil.

Les Ottomans, les Ottomanes,

Mahomolans, Mxhomctan es,

Sultans, Janissaires, Bachats,

Se battent comme chiens et chats

Brisent voilles, cordes, mats, chables

Jurent tous Dieu comme des diables

Précipitent les sorts hâtifs

Des Apostoliques captifs.

Les ennuquent, les circoncisent,

Les estranglent, les martirisent,

Et vangent sur leur chétif chef

Le dommage de leur mechef, [sent.

Mais qu'ils ennuquent, qu'ils Turqui-

Qu'ils estranglent, qu'ils martirisent.

Ils ont beau ces Turcs Turquiser.

Estrangler, et martiriser.

Nul ne se Déchristianise,

Se Turquise et Mahnmetise,

Il signale toujours sa Foy

Dedans la veritnble Loy,

Et dans les coups les plus atroces.

De leurs inventions féroces.

Malgré toute l'atrocité.

Et toute la férocité

De ces monstres du Paganisme,

La gloire du Christianisme,

Par un victorieux elïort Revit dans une belle mort.

Mes violons de nouvelistes

Ne disent rien des Cunclavistes,

Sinon que toujours dans Francfort

On brigue et briguera bien fort.

Je ne suis point homme de Diette

C'est pourquoy, trêve là, de Diette,

Trêve d'Impérialité,

Je sois fat, s'y j'y suis frotié.

Montai, vous contez sans vostre hoste, N'ous avez fait très-lourde faute, Quoy ? vous pensez donner la loy Contre la volonté du Roy, Qui deffend que l'on contribue Et qui veut que Ton s'esvertuë A repousser tous vos efforts Et vous réduire dans vos forts, - Que, dis-jc, dans vos forts rebelles ?

Vous nous en conteriez de belles .Si vous sousteniez que Rocroy Ne soit pas du propre du Roy, Comme Paris, Chartre, Peronne, Qui relèvent de sa Couronne ; Vous l'e-sprouverez quelque jour, Quoy que dans ce pénible détour Où Grandprc força vos vedettes, Vos timbales et vos cornettes pjt prit nombre de prisonniers.

Et vous lèverez des deniers .\u.\ poi'tes de nos grandes villes ; Allez lézards, traistres soudrilles, .A.llez prescher les Rocroyens, Je n'entends pas les Citoyens ; Car leur âme est fleurdelisée, Mais vostre gent cauterizée Du crime de rébellion, Craign'^z le destin d'Ilion Ou le plus honteux des suplices Pour vous, Montai et \«os complices.

Par la mort, non pas de ma vie.

On dit qu'on a pris Cracovle.

La Princesse du Climat Got,

Dedans la saison du fagot

Se viendra chauffer à nostre âtre.

Et verra ma Muse folâtre :

Cette couronneuse de Roys

Est dans Nevers au Nicernois,

Et sa Majesté Suédoise,

Dans cett:; ville Nivernoise,

Logeant au Palais Palatin,

A commis, dit-on, un certain

Pour complimenter son Altesse,

Nostre Palatine Princesse

Par un beau petit compliment.

Sur le fait dudit logement.

Ce fut un très rare Colloque :

La civilité réciproque

Parut là réciproquement,

Gallamment, repectivement.

Car la Palatine Héroïne

Est galante autant que Christine.

Nul n'a encor n'a fait mention

De cette Visitation.

Dans Munster on fait mainte obsèque, On se bat contre son Evesque, Mesme on dit que Dame Munster Se veut faire amplement frotter, La ville souvent fait la sotte, LEvesque assez souvent la frotte, Et je croy qu'Evesque, et Munster Feront rage à s'entrefroter.

Et que dessus leurs friperies Ils feront rudes frotteries, Car attaqueurs et deffenseurs Sont certes de très-bons trotteurs.

On nous escrit de Podolie Que le Comte de La Gardie Autrement le Comte Magnus, Helas ! a dit son In munus :

Il nous va battre les brisées Des bien heureux Champs Elisées C'est grand domage, sur ma foy Ce Comte valoit bien un Roy, Du moins en valoit bien un autre.

Et sans le susdit serment nôtre.

Juré si solennellement, Si pestilentiellement, (Que rompre ne puis, donc je peste) De ne jamais rimer la peste.

Ventre, sang, c'est pester bien fort.

Je vous dirois qu'il en est mort

Nos guerriers font cent catastrophes Dans les provinces Limitrophes.

Quand dans la Cité de Francfort,

.Malgré V Autrichien effort.

Les deux Ambassadeurs de France,

Si renommez par leur prudence.

Eurent entré pompeusement

Dans leur pompeux appartement.

Par une honnesteté civile

Pour rendre grâce à cette ville

A quelques Princes Electeurs.

Aux Suédois Ambassadeurs,

A quelques Dames Electrices

De leurs officieux offices.

Le Mareschal Duc de Granimond

Dont grand bruit ost chez le Renom

Commit le sieur de T.a Bussière

Dont l'esprit n'a point de poussière,

Qui les fut tous complimenter.

Qui les fut toutes enchanter,

Car quand Bussière complimente.

Bussière aussi-tost nous enchante.

LA MUSE DK LA COUIl

Si bien que ce Complimenteur Ayant ravy maint Electeur, El par d'officieux offices Enchanté maintes Electrices : liussière chez les Francforkois Fasse pour un gallant Gauluis.

Quand à Lavau, Monsieur son Pure Que moult nostre Cour considère, 11 est de gloire triomphant.

Quand il resve à ce cher enfant !

Ha ! qu'un gaillard de cette espèce Est un beau baston de vieillesse.

On doit sçavoir que, désormais,

La Cuiir très chrestienne est à Mets.

Alors que pour rimer ma Muse Je fais enller ma curneumse.

Et qu'ahn de la mieux rimer Je cherche de quoy m'animer :

Je peste, et me gratte la leste.

Je frape du pied, je tempeste.

Je me ronge le bout des doits.

Je m'engrimace le minois, Je rouille l'oeil et la pruneUe, Je mAche à vuide une voyelle.

De peur de cacophoniser !

Enfin tout ce qu'on peut user.

Pour faire la métamorphose.

Des mots apocriphes de prose :

Un Ange aux yeux enfriponnez.

Pour qui mes Vers sont inclinez.

Me venant voir dans mon Etude, Rompt Testât de ma solitude.

Radoucit un peu mes regards.

Les rend moins louches et hagards, Apaise l'ardeur fulminante De ma verve antousiasmante, Et de ma poétique ardeur Dissipe la chaude fureur.

Elle chante, raisonne, cause, Me fait forger des vers en prose.

Et me fait, me derimant tout Cent contes à dormir debout.

Ainsi cette Muse m'amuse.

Et desenfle ma cornemuse.

Ce qui me contraint, h mon tour.

De faire de la nuict le jour ; Neantmoins ma mémoire heureuse Profite de mon Amuseuse :

Mon esprit retient et comprend Les bons contes qu'elle m'apprend ; Ce qui fait qu'avec ce bon Ange Je croy toujours gagner au change.

Tous les gens sont fort estourdi,s

De lentreprise des Bandits,

Je dis la Gent Sapolitaine,

Car liandits font mainte fredaine,

Et ravagent tout le Pais,

Dont Supulitains ébaïs

Ont mis force gens en Campagne

Contre ces cancres de montagne.

Très-mesclians, et vilains vauriens.

Et Bandits sont traîtres chrestiens.

Le Grand Seigneur de la Turquie A grand sujet de fâcherie, D'avoir veu de ses yeux Turquins Battre ses Vaisseaux Affricains A l'entrée des Dardanelles Par les Vénitiens fidèles.

Où cet illustre Général, Par un suri injuste, et fatal, D'un coup plus subtil que la foudre.

Qui mêlant le feu dans la poudre.

D'un grand vaisseau qu'il comman- Et la Gent qui l'accompagnoit, [doit. Par un accident déplorable.

Sur les eaux presque inévitable.

Se vit dans le milieu de l'air Et s'abimer dedans la Mer.

D'Anvers la nouvelle est venue.

Que par la fièvre continue Qui saisit le sieur Girardin ,• Enfin ses jours ont veu leur fin, Par une cruauté nouvelle A péry dans la Citadelle, Où par trahison il fut mis.

Et non point par ses ennemis ; Quoy que Chameraut, Barbezières Trop ses amis ne furent guères.

Toutesfois par son Testament, Et par un chrestien mouvement.

Leur déclare qu'il leur pardonne L'outrage fait à sa personne.

Et que du milieu de son cœur . Il expiroit leur serviteur.

Priant nos principaux Ministres, Qu'aucune peine ou maux sinistres Pour luy ne tombast sur leur chef, Et que pour tel acte et méchef Il n'avoit souvenance aucune, Mais qu'une meilleure fortune Comblât de bien ses ennemis.

Tels furent ses derniers escrits.

De Paris, le quinze septembre.

Six semaines avant Novembre.

A Paris, chez Alexandre Tesselin, nië de la Barillerie, devant le Palais. Ce 17 s([)teriihre 1057. Avec Privilège de Sa Majesté.

N° 25. — La Musc de la Cour, à Mademoiselle

Beau Soleil des François, dont les claii,ez célèbres Mettent celuy des Cieux dans ses déclinaisons, Qui donnez, visitant vos Royalles maisons La vie à la lumière, et la mort aux ténèbres ; Astre, dont les rayons pleins d'ardeur et d'amour, Nous font respirer l'air d'un agréable jour. Qui de nos sombres nuits dissipez les nuages : Vous, dis-je, en qui L'Europe admire, honoi-e, craijnt, Dans les sacrez encens de ses humbles honnnages, La valeur d'un Héros, ' que la vertu soutient.

Tandis que cent effets de biens et d'abondance, Vous font sur cent autels adorer en cent lieux : Paris, ennorgueilly de l'honneur de vos yeux Trouve en vous et la grâce et l'amour de la France. Dans sa respectueuse et véritable ardeur. Retraçant vostre idée au milieu de son cœur. Plus il vous reconnoist, plus il vous considère ; Et son œil ébloùy de vos divins attraits, Croid voir en vous le Dieu qui pi'éside à la guerre Donner à l'Univers l'olive de la Paix.

Avec empressement cette Ville fameuse.

Fait pour vous éclatter ses acclamations.

Et comme vous régnez sur ses affections

Rien que vostre séjour ne la peut rendre heureuse ,

Son Roij, sur la frontière aymé des bons destins,

Triomphe de l'espoir de ses lâches mutins,

Icy nos cœurs vaincus augmentent vostre gloire :

Et nous entretenant des fruicts de ses guerriers,

Vous disposez nos voix à chanter leur victoire,

Et couronner leurs fronts de superbes lauriers.

Dans les pompeux respects que vous rend nostre Elle met en vos mains le bon-heur de son sort, [Rime, Et s'il est de l'audace en ce hardy transport, C'est l'effet généreux d'un devoir légitime : Ce seroit démentir sa naissance et son rang, Ce seroit oublier ce que Ton doit au Sang Qui couronne nos Roys d'un juste Diadème, Elle espère de vous ce favorable appuy : Car possédant un cœur seul digne de vous-mesme. Nul autre mieux que vous ne le peut aujourd'huy.

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