‹ Claude Le Petit et la Muse de la courChapitre 29 sur 37 · L.'i leurs charmantes symphonies · texte numérisé non relu

L.'i leurs charmantes symphonies

Font de si justes harmonies.

Font des accords si délicats,

Que j'ay de bons certificats

Do très-bonnes et seures dattes.

Des oreilles plus délicates.

Que, depuis maint tour de soleil.

On n'a rien oiiy de pareil.

A ces belles voix charmeresses, Maintes cordes enchanteresses De mains enchanteurs instrumens, Donnent de si doux ornemens Par leur miguarde mélodie :

Que le dévot qui Psalmodie Trouve un apas qui le ravit Dedans les Psoa unies de David, Laissant surprendre ses oreilles A ces surprenantes merveilles.

De toutes paris, de tous costés.

Les plus beaux esprits enchantés.

Et des Madames bien coiffées Viennent entendre ces Orphées, Et ne s'en retournent jamais, Les cœurs à demy satisfaits.

Certes, cette Illustre Personne, Le Coadjuteur de Narbonne, Ce juste et généreux Prélat, Immortalise avec éclat L'ardeur d'une âme toute pleine.

D'une charité tres-chrestienne, Et signale sans vanité Sa liberalle piété.

De plus, si je ne me meconte.

Le sieur de l'ifineranda ; comte.

Enfant de très-bonne maison.

Ambassadeur de la Toison Vers les Electrices puissances :

Fait des Espagnolles finances, De superbes préparatifs.

Selon les contes relatifs.

Pour mettre son train en tel ordre Que personne n'y puisse mordre.

Et faire voir aux Franrforkois Le faste orgueilleux de ses Itois ; Mais superbe et fanfaron Comte Plgneraiida, tu te méconte.

Fais venir tout l'or des Perous, Jusques à ses moindres bijous, Jusqu'à ses moindres plumes peintes, Topases, Grenats, Yacintes :

Quelque grand que soit l'apareil De ton vaste train sans pareil.

Jamais il n'aura la justesse, La grandeur et la politesse, Les charmes et les agrémens. Et les differens ornemens Des magnificences françoises.

Pleurez Botirgeois, pleurez Rourgeoi Pleurez Courtisans et Plumets, [ses Pleurez, et ne riez jamais.

Pleurez Paris, la grande Ville, Par une charité civile.

Pleurez, chers Aiifiuslins reclus, Le petit Père André n'est plus.

Il est dans le céleste Dôme Ce Religiosissime homme.

Comme 11 s'est toujours attaché

A suivre ce qu'il a presché :

Ha ! mémorable Evangeliste, Que ta mort l'Eglise contriste, Et la contriste justement, Ha ! cher hoste du monument !

Honneur de la sainte Closture, A présent des vers la pasture ; Combien aux âges à venir, Dans l'agréable souvenir De cette metliode subtille Dont tu nous preschois VEvangUle .- Pleurera maint Galand poudré La mort du Petit Père André ; Ha ! pour le salut de la Terre, Que tu devois bien, Petit Père, Vivre encor dix lustres, ou plus :

Mais tous ces ha sont superflus.

En vain ma Muse se lamente.

Cette Puissance indépendante.

Qui sur ton funeste cerciieil Fait soupirer Vlîglise en deuil.

Qui vient d'éteindre sa Lumière En te couchant dedans la bière Ne t'en relèvera jamais ; Ainsi pâtit qui n'en peut mais.

Ainsi tes saintes Comédies Deviennent pour toy Tragédies, Comme pour tout cet Univers, Qui te donne aujourd'hui ces Vers.

Que quelque passant Calcographe Gravera pour ton Epitaphe.

EPITAPHE du R. P. André Boulangei.

Pauvre Philosophe crotté Ne cherche plus la vérité Dedans Je Puis de Democrite ; [ras. Je te veux enseigner uù tu la cherche- Le Petit Père André git dans ce triste Cherche bien, tu l'y trouveras ! fgiste.

J'ay bien des choses à vous dire, Primo, que je ne sçay qu'écrire.

Si dans cette stérilité Je ne dis ce qu'on a chanté.

On a dit dans cent apostilles.

Dans des Gazettes plus de milles, Et dans des vers plus de cinq cens, Que les Génois sont impuissans D'appaiser de l'Eternel l'ire.

Que l'air infecté devient pire.

Et qu'il n'est point d'asiles seurs Dedans l'enceinte de leurs murs, Contre ladite Pestilence ; Qu'on a ravitaillé Valence, Qu'elle a des balles, des boulots, [lets. Veaux, moutons, bœufs, poules, pou- Pain, poudre, plomb, bon vin, froina- Pour près d'un an, ou d'avantage ; [ge, Que nos Vainqueurs ennorgueillis

De leurs victoires sur la Lys, Amis de la victoire aislée, Prennent Chasteaux à la voilée, Mesme depuis deux jours ou trois Ont subjugué La Mothe-au-bois ; [vre.

Qu'un certain fuyard, comme un liè- Tremble dans A averti de la fièvre ; Que depuis quinze ou vingt matins.

Les Coasiantinopolitains Ont très grand besoin de rubarbe, Qu'ils s'arachent cheveux et barbe.

De l'affront fait à leur party, A celle de leur grand Mufthy, Qui, dit-on, est un traître sire.

Tout ce que je vous viens de dire.

Dans le paragraphe susdit, A déjà cent fois esté dit :

C'est pourquoy dans nostre mémoire Cherchons quelque nouvelle histoire.

Ou quelque incident renommé, Sur lequel on n'ait point rimé :

Mais, foin ! quel manuscrit sterille.

Pas une nouvelle de ville.

Pas une nouvelle des champs.

Contes aucuns, bons ny meschans ; Ha ! je déteste, comment faire Pour bien Lenselin satisfaire.

Déjà la Muse de la Cour Est plus paresseuse d'un jour ; Che rchons, bien souvent on s'abuse Mais c'est en vain que je m'amuse ; On ne dit rien des Polonais, Des Wandalles ny des Danois, On ne dit rien de Moscovie, On ne dit rien de Warsovie, On ne dit rien du Luxembourg, De l'Electeur de Brandebourg, Du Protecteur ny de sa flotte.

De Munster, qui frotte et qu'on frotte Enfin de l'un à l'autre bout Mon papier ne dit rien du tout !

Si faut-il pourtant ; pauvre Poëtte Que tu rachève ta Gazette.

Ha ! Nouvellistes, en mon courons Si je tenois quelqu'un de vous !

Toutefois, on ouvre ma porte, Voicy des escrits qu'on m'apporte.

Lisons, c'est des nouvelles, bon.

Le fameux Louis de Bourbon, Ou, pour faire une rime rare.

Le Boy de France et de Navarre, Dans Mets fait toujours son séjour Avec sa triomphante Cour.

Là, cent objets remplis de gloire Ne parlent rien que de victoire.

Et le Ciel, pour luy, fortuné.

Se voit sans cesse importuné De cette Princesse pieuse De sa prospérité soigneuse,

LA MUSU UB LA COUR

La Beyne, qui dedans ses vœux, El dans ses transports vertueux, Attire cent faveurs célestes, Et mille grâces manifestes Dessus ce charmant Potentat :

(juant à la Base de Vi'slat, Cette ferme et forte colonne Sur qui s'affermit sa Cuuronnc, •Son digne et renonnné Parain, Le grand Cardiiuil Mazarin, Il est (oûjoui-s infatigable.

Et monstre qu'il n'est pas capable, D'avoir de plus justes souhaits.

Que ceux de nous donner la Paix ; Pour le iirenuer Monsieur de France, I.e Dur (l.l)ijuit, grand d'espérance.

Qui fait lire dedans ses yeux, Un destin des plus glorieux, (Dont Dieu détourne tous desastres) C'est le Soleil de ces beaux Astres, Esclattans d'un lustre plus beau Que ceux du céleste flambeau ; Il captive leui's bien veillances.

Par ses belles magnifleences.

Et trioujphe des libériez De ces terrestres Deïtez.

Une maladie incommode Met, dans son dernier période, Monsieur d'Elhenf sur ses vieux jours : Et les Destins paroissent sourds.

Solicitez par Dame Envie, De prolonger sa belle vie.

Quoy qu'on ait dit du grand Magnva Il n'a pas dit son In jnanua.

Et nostre Muse s'est trompée Par de faux manuscrips dupée :

C'est pourquoy dans ces presens vers Je le redonne à l'Univers.

De Nevers, on dit que Christine Devers Lutèce s'achemine.

Il faut que dedans ces huict Vers, Je parle du Sang de Nevers .• On dit, de Belle Isle sur Seine Que cette illustre Souveraine,

De ses beaux yeux, de tous chéris, Vient encor honorer Paris ; Si je n'avois remply ma page.

Je vous en dirois d'avantage.

On me demande je ne sçay d'où, Qu'un certain Bourg faisant le fou, .\uprès d'une petite Ville, Ladite \ille, dans sa bile.

Ne pouvant soufrir ce coquin, Qui soutenu de maint faquin.

Jurant saint Jean et sainte Barbe, S'emancipoit trop a sa barbe, Couroit dessus ses grands chemins, Faisoit tout passer par ses mains, Emi)eschoit ses droits et péages.

Ses Privilèges et barages.

Tous ses liabitans detroussoit.

De leurs faits, cent poiiilles disoit ; Et ce bourg trancliant de l'Altesse Se m(»cquoit de sa petitesse ; Un jour s'estant mise en estât De corriger cet apostat (Car tout Bourg en cette hérésie En bon Français apostasie) Sans employer le feu grégeois De ses Pagnottes de bourgeois.

Sans employer leur sauve-garde.

Javelots, piques, halebardes.

Pour chnstipr ret entendu Qui se battoit comme un perdu Dedans sa quinteuse boutade :

D'un revers de mousquetonade.

Elle assène un souflet si sec Dessus son sale groin ou bec.

Que de cette dite plamuse.

Le mauvais Bourg devenu buse.

Comme relaps, et rebellé.

Fut sur le champ démantelé :

Voyla ce qu'en dit mon mémoire.

Quiconque n'en voudra rien croire, Iceluy le charbonnera, .\dieu Lecteur, etc.

De nostre Chambre mvsifique.

Vers la fni du reqne hnchiqne Ou pour mieux le quadrin qnndrer I.e vinqt et cinq de September.

A Paris, chez Alexandre Lesselin, rue de la Barillerie, devant le Palais. Le 25 septembre 1657. Avec Privilège du Roy.

N° 26. — La Muse de la (oiir, à Monseigneur C Illustrissime et Révérendissinie Coadjuteur de Aarbonne

Au glorieux éclat d'une vertu féconde

Joindre la modestie à la sincérité,

Avoir malgré le temps et le siècle gasté,

Une âme haute et prompte au bien de tout le monde,

Conserver les secrets de la Religion,

Exciter par exemple à la dévotion,

Et tenir au dedans ses lumières empreintes,

Garder un zèle pur au milieu de la Cour,

C'est ce qu'on fait jadis les Ames les plus sainctcs.

Et c'est ce qu'avec fruit, vous faites chaque jour.

D'un noble mouvement vous porter à la gloire, Relever des beaux Arts les autels abbatus. Vous parer de l'éclat des plus rares vertus. Ce seront les sujets de vostre belle Histoire ; Vous ne tenez en rien de Vos braves Aveux. Que cette noble ardeur que vous avez pris d'eux Et dont vous vous servez à combattre les vices : Protéger l'innocent, soulager l'oppressé, Ce sont de vostre cœur les plus chères délices, Où vostre zèle enfin ne s'est jamais lassé.

Prélat : que le respect rend à tous vénérable,

Sage Coadjuteur, admirable Foncqxiet,

J'ose vous présenter de mes fleurs un Boucquet,

Plaise au Ciel qu'à vos yeux il puisse estre agréable.

Pendant qu'une autre Terre a de leurs Majestez,

Et de toute la Cour les brillantes clartez :

Qui peut avoir que vous ces offrandes nouvelles :

Je vous le? offre donc, ô plus grand des Prélats,

Veuillez les agréer avecque ces Nouvelles.

Je seray satisfait si vous en faites cas.

Vous allez voir de belles marques De Mesdemoiselles les Parques Car, par nescio rjun fato, Clothn, Lachefih, Alerta, Ces trois camardes Filandières Qui logent dans les Cimetières, Pnnr balayer le ÎMonde au net.

Leurs trois testes dans un bonet, S'entendent comme jriieux en foire Voicy ce qu'en dit mon mémoire.

Vingt Chalonois publiquement, Jeudy, potentiellement, (Bon mot dérivé de potence) Furent secouez d'importance ; Autant en pend à tous Mutins.

Après cette proye. ô destins !

Quoy ne devicz-vous pas faire alto.

Monsieur le grand Maistre de Malthe.

A trouvé, bien différemment Dedans son lit, son Monnnient :

Il n'est point d'immme qui n'ex.dto Ce deffunt nrnmi Mnistre de Malthe .

Dedans cette exaltation Dieu luy face remission.

De plus. Monsieur de la Chainm/r Par une nouvelle trop vraye.

Poiu' le rappeller du trépas.

A suhito passé le pas.

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