I.A MUSE DE LA COUll
Item, la fleur des Gentishommes, Dedans la Province des pommes.
Chamboy, dans son propre Chastean, N'a pu s'échaper du tombeau.
Après cent veilles assidues, Autant d'assistances rendues Après les effets glorieux De cent Conseils victorieux.
D'Avau(jnur, ce mortel si prave.
Nostre ambassadeur près Gustave Ce renommé Prince du Nort, llriii, <iedans Lubck est mort.
Comme il fut par les advantages Qu'ont les plus fameux personnages, Par sa force et par son grand cœur, Par sa vertu, par sa valeur.
Par son infaillible prudence.
Et par le rang de sa Naissance, Qui luy faisoit mille jaloux :
Egallemeni aymé de tous, Ainsi dans la perte Publique Qu'on fait de ce grand Pnliliqiie, François, Wandallcs, Polonais, Cosaques, Tartarcs, Danois, Sont touchez d'une égalle atteinte, D'ennuy, de douleur et de crainte.
Sa vie eut un cours glorieux.
Sa vertu, mille Envieux ; La gent Bretonne l'a veu naistre ; Et servant bien le lioy son Maistre, Tout l'Univers l'a veu fleurir, Enfin les Gots l'on veu mourir.
itrm a moins que d'estre Tigre :
On pleure Madame (VAUgre .- Oui deceda dans sa maison.
En recitant mainte Oraison, En recitant mainte Antienne, Comme une très bonne Chrestieniie, Le vingt-cinquième du courant.
Item, on dit en soupirant.
Qu'on vient de coucher au sépulcre Celuy qui n'aimoit point le lucre.
Le noble Marquis d'Asscrar.
Enfin la Mort, met tout à sac.
Elle cros'ie. Crosses et Mitres, Brise et déchire ordres et titres, Malgré pot, cuirace et plastron, T,e crenereux, et le poltron.
Malgré Sceptre, Houllette, Tonsure Et Robe, et Noblesse, et Roture, On voit dessous d'esgalles Loix, Pastrex, Princes, Esclaves, Rois, Giini.r, Millovrs, Dorteurs, Asves,
\Cuistres.
Mnqistrats, bourgeois et Ministres .
Mais Muse, comme vous jasez.
Teste-non, vous moralisez.
Nous n'avons pas pris l'Epitaphe Pour l'ornement de ce paraphe ; Laissons-là ces discours moraux, Quittons ces sujets de tombeaux, Ce n'est pas dedans ces riniailles Qu'il faut parler de funérailles.
Qu'il faut parler de monuments !
C'est trop parler d'enterremens, De morts, de mortes, et de bières.
De Prestres et de Cimetières ; Tous ces discours sepulcraliers Ne sont bons que pour Maniuillirrs, iNe sont bons que pour gens à cures ; Trêve donc là de sépultures.
Et Muse aux articles suivans .Ne parlons plus que des vivans.
Par la ferveur particulière.
D'une piété singulière, Le jour de la Sainct Augustin.
(Si c'est le soir ou le matin, Je pense qu'assez peu m'importe, A tout hazard je m'en rapporte A l'opinion du Lecteur).
Le grand Pontife avec sa Sœur, .accompagné de mainte Altesse.
De maint Prince, et mainte Princesse, Dans le Couvent du mesme nom, De très respectueux Renom, Fut oùir Messe ; où la Musique, Encor qu'elle fut Italique, Toujours Italiennement, Fai.=oit vm Concert très charmant, SI j'en peus croire ma nouvelle, La simphonie en estoit belle.
Du moins dans ses accords pieux Musiciens faisoient de leur mieux :
Après quoy, maint Révérend Père De ce superbe Monastère, .\yant en toute humilité Complimenté Sa Sainteté :
Les susdits Reverendissimes, Par des Eloges légitimes.
Faits en forme de compliment, Le furent réciproquement ; Puis en suitte le trcs-saint Père liBur tesmoigna l'amour sincère Qu'il a voit pour leur grand Patron, Puisqu'en or, argent ou leton Il en vouloit voir la graveure.
Toujours pendue à sa ceinture, Et qu'il avoit conséquemment [ment.
Tout l'Ordre, en grand commande- Dans un estât triste et célèbre, On a fait la Pompe funèbre Du preux Black, homme à redouter.
Dans le chasteau de Westminster.
Tous les Officiers de l'armée.
Tambour battant, mesche allumée.
Piques traînantes, et drappeaux.
2 OCTOBHE 1657
De longs crêpes à leurs chappeaux, Dans cent barques de noir vestùes, Avec grand nombre de Statues, De Banderolles, d'E^cussons, Chanlans de lugubres chansons, Entonnans maints chants mortuaires, Eu présence de tous leurs Maires, De maint pecunieux Milour, De Gréenmich, jusqu'à la Tour, Fut conduit ledit corps de lUakque Vivant, Marin Démoniaque, Qui mesme alloit intimidant Dans sa Mer, le Dieu du Trident F-"ourré d'une robe d'ecailles ; Pour terminer fcs funérailles Tous les Ibernois Regimens Peu mandez aux enterremens, De leurs salves, et leurs fanfares Firent de tristes tintamares.
Et la Tamise, et son Echo, In co liirUt publico.
Répétant les accens lugubres De ces langages peu salubres Sembloient dire aux barques du Port Vostre grand Admirai est mort.
La glorieuse Cour Royale Attend la saison hiémale Tousjours dans la ville de Metz.
Nos preux ont toujours leurs armets Et battent le fer fort et ferme Devant que l'Hyver les enferme.
C'est toujours à bon chat bon rat Dans le Pais du Montferrat.
On a taillé force besogne.
Aussi dedans la Catalogne,
On jaze, que Mortare est frit
Par Dom Joseph de Marqiterit,
Et que grâce au grand de Caudale
On a flambé sa Capitale,
Ce n'est pas là trop mal rimé
Si le Courier l'a confirmé,
Dieu veille que ma Mvse infirme
.\u premier jour vous le confirme.
Enfin, Monsieur le Duc ATAhenf, .Après avoir mangé maint œuf.
Maint sirop, juleps. médecine.
Mainte succulente galine.
Après avoir bien bouillonné.
Est, dit-on, pavlvlum sané.
.J'attends avec impatience Cette heureuse convalescence, Afin de l'en féliciter Dès qu'on le pourra visiter.
En rencontrant dedans ses rimes.
Quelques latines sinonimes,
I/idiome romanizé,
Maint vers françois latinizé.
Mots chevillez, prônons, adverbes ;
Que Phœ bu s sangle les vertcrbes.
Dira le critique mutin.
Li.sant ces trijies de Latin
A l'Autheur de ces Museries,
Avecque ses Latineries :
Mais, tout beau, fulminant Lecteur,
Cher anti-latinisateur.
Calme ta furibonde mine ;
Ma Muse curieuse et fine.
Qui met toujours son nez partcjut.
Pour pousser .son caprice à bout :
Ilior fout au soir, encor alerte.
Rencontrant la Sorbonnc ouverte.
Dans tant de doctes manuscrits
Elle a tant de Latin apris.
Que le semant dans ses passages
Il en est tombé dans ces pages.
Roupie au nez, et. froid aux doits.
Le deuxième du pvpwier mois Que l'on pend au. croc VArquebitsr .- J'ay donné l'estre à cette Muse.
Mais, diantre, qu'elle est longue, enfin
N'en verai-je jamais la fin ;
Ça, Clion, ma petite fille.
Tu n'as jamais fait d'Apostille,
Le public s'en dùt-il railler :
Je te veux faire apostiller.
APOSTIIT.E
Parisiens, Parisiennes, Lectrices àe ces Muses mieimes.
Ou bien Lecteurs de ces vers miens, Si mes deprosez entretiens, Donftoutes les huit ou ncufvaines Je vous donne deux formes pleines.
Vous plaisent : ô chers Parisiens.
Ne les faut pas jetter aux chiens, Ny moins, en rencontres certaines I-es placer en places vilaines ; Car n'en déplaise aux .Anciens, Ce ne sont pas là les movens De rendre courtoises et siennes Les Nymphes Heliconiennes.
Pour porter leurs Historiens Sur les sommets Parnassiens.
En changeant la rime pristine En la suivante Masculine, Venez visiter Lesselin Très-bon compagnon masculin.
Venez de vos maisons lointaines .Achetter Muses à centaines.
Et d'un mouvement non vilain Apportez de l'onde au moulin.
Alors vous verrez les fontaines Des Permesses des Hypocrenes,
LA MfSB DE LA COVR
Rendre l'Auteur, à rire enclin, Plus goguenard que Trivelin, Egaller les meilleures veines.
Rencontrer des pointes soudaines.
Sans blesser d'aucun vers malin, Ny la veufve, ny l'orphelin, Ny les prochains, ny les prochaines.
Sans exciter noises, ny haines.
Entre Prestre. ny Chapelain.
Portier. Concierge, ou Chastelain.
Ains dessus de communes plaines, Faire des rimes cent douzaines ; Dire contes de Patelin Sur Michaut Croupière et Colin,
Et pour dissiper les Migraines Aller chercher les neuf Germaines Et Momus au nez aquilin. Jusques dans le Ciel Cristallin.
Enfin, n'pspargnez pas vos peines.
Elles ne vous seront pas veines.
Car vous aurez pour un Strelin Ma Muse couverte en velin.
C'est dedans son Intprimerie Rue de la Barillerie.
Devant la porte du Palais, Où Lecteur, et Lectrice envo>-Tont. s'il [leur plaist.
Kxtrait du Privilège du Roy (comme au n' 2'2 du 1" septembre 1657). A Paris, chez Alexandre Lesselin, rue de la Barillerie, devant le Palais. Ce 2 octobre 1657.
IV° '27. — La Musc de la Cour, à Monseigneur lillustrissime et révérendissime Coadjuteur de Sarbonne
C'est n'avoir pas assez l'âme au devoir instruite
Pour immortaliser tes soucis généreux ;
Quoy qu'avec tous les traits d'un pinceau vigoureux.
De donner trente vers à ton fameux mente.
Ce seroit dérober à la Postérité
Les fruits de tes travaux et de son espérance,
Joignant l'ingratitude avec la lâcheté
Cacher l'honneur du jour dans la nuit du silence :
C'est pourquoy. Grand Foucquet, dedans ces présents
Je te veux satisfaire avec tout l'L^nivers. [vers
Je veux qu'on voye encor aux dernières années Les feux de mes Parfums brusler sur tes Autels ; Et que l'estonnement et l'amour des Mortels Prolonge de cent vœux tes hautes Destinées ; Je veux que ton grand cœur qui ne broncha jamais Soit respecté des coups de la plus noire Envie, Et que contre soy-mesme eslançant tous ses traits. Et donnant aux vivans l'exemple de ta vie ; Chez les siècles futurs par un fatal effort. One l'honneur languissant expire après ta mort
Que les beaux Arts perdus soient à leur agonie. Qu'au lieu de ravissans et de justes Concerts, Rien que gémissements n'espouventent les airs. Que l'on ne parle plus de Vers, ny d'harmonie, Que le pauvre soupire après son bien-faicteur,
Que l'Eglise ait perdu sa plus vive lumière, L'innocent le support d'un juste Protecteur : Et que du Dieu des jours la course coutumière Contre l'ordre du sort, faisant naistre les nuits, Enfin preste main forte à nos communs ennuits.
Mais insensiblement, Grand Prélat, que j'honore, La Muse de la Cour arreste icy mon cours ; Permets-moy, (ju'en t'offrant mes veilles et mes jours, Que je fasse esclater l'ardeur qui me dévore. Le bon-heur de te voir establit tout le mien, L'honneur de te servir fait ma plus noble envie ; Prester au Mal-heureux un généreux soustien, Vaincre cet ennemy qui l'attaque en sa vie, C'est la seule vertu qui manque aux plus parfaits, Et Foucquet de la tienne un des moindres effets.