C. LE PETIT
Muse, puisqu'aujourd'hny tu rime
Pour ce Prélat illnstrissime,
Pour ce Prudent Coadjutevr,
Des Arts libéraux protecteur,
A moins que de passer pour beste,
11 faut solemniser sa Feste,
Que d'un cœur si fort Francisé,
11 a si bien solemnisé
Dans les l'etUes Corih-licrcs ■
Dedans ces pompes singulières
Où j'ay cent fois rêvé depuis,
Il me semble encor que j'y suis ;
Que beaucoup plus heureux que sage
Une foule ouvre le passage,
Et que juché dessus un tronc
Je m'avoisine d'un mitron,
Que je suis là mieux à mon aise
Que si j'estois sur une chaise,
Qui me valut plus d'un ducat,
Que ce murmtire est délicat.
Que de Pausos harmonieuses,
Que de cordes simphonieuses,
Que ce Dessus a de soustien,
Que cette Basse ronfle bien,
Que cette Taille fait merveilles,
Que n'ay-je un million d'oreilles,
Ou du moins que n'en ay-je, hélas I
D'aussi ffrandes que feu Mulas.
Que Cambcrl bat bien la mesure :
Qu'on entonne bien par nature.
Et par f> carre et par h mol,
O ciel, que Vvt, re, mi, fa, sol.
De ce petit Gnsmn de Page
Fait un mélodieux ramaf^e.
Garnier avec son violon,
S'ciccorde bien avecque Don
Que son Teorhiste de frère
Ravit bien tout le Monastère.
Que Des Marais, Blaizeau, Vincent,
De Vai.r, Hier, Froid, d'AUssant,
Pinel, et Lionnois le louche,
Soit de la main, soit de la bouche :
Avec Villemiâ, Coupcrin,
Les Ferons, Pieche, Tonelin,
Font d'extasiantes cadences,
Soit sur hymnes, ou doléances,
Qu'ils font de justes roulemens,
Avec leurs chamieux instrumens,
Qu'agréablement ils entonnent,
Que j'aime ces voix qui fredonnent ;
Et durant ces fredonnemens
Que je passe de doux momens.
C'est icy qu'il faut qu'on admire
La forte vertu de la Lyre ;
Car l'Histoire dit très certé.
Que l'Autheur estoit enchanté
De si belle et bonne manière,
Que quittant pain, pot, plat, vin, bière,
Et toute sorte d'aliment ;
Il fut, au son de l'instrument,
Comme assez d'autres Escouteuses,
Alimenté de viandes creuses ;
Tres-saine alimentation I
Apres : La Prédication,
D'un orateur plein de faconde,
Coustumier h rbarmer le monde.
Le Révérend Père Le Bout,
Fit distiller un miel si doux,
Mesme dans râ,me plus inepte ;
Que par maint éloquent précepte
Zèle en maint cœur il inrulca,
F^ninf-François Panep:yrica ;
Porta le pieux Antidote
Dans l'Ame la plus indevotte,
Et mesme il publia souvent,
T>a gloire de ce saint Convent.
T,e prand Primat de Normandie
Entendit cette mélodie,
LA MUSE r»E LA conn
Fut pareillement auditeur
De cet insipne Serwnveur.
Gens à Pane, gens à gaJoches.
Maintes Sorboniques Caboches.
l-:i maint roturier intellec
Kstoit pareillement illec.
Les noms de tous ces Personnages,
Rempliroient bien toutes mes pages.
Et quelques bourus à l'escart
M'appelleroient Poète musard
Si, dans ma verve Poétique,
Je ne rimois rien qu'en musique ;
C'est ponrquoy dans ma station
N'en pouvant avoir notion,
Je laisse exprès l'espace large
Afin de les mettre à la marge,
On bien ; j'en feray mention
Dans la seconde édition.
Bref la nuict noire et basanée.
En ramoneur de cheminée.
Ayant fait prendre à maint Grison
Le grand chemin de sa maison.
Mon âme encor tonte embaumée,
Tonte charmée et parfumée
Du pieux et superbe éclat
Du grand cœur de ce grand Prélat,
J'ay creù que, durant la journée,
Ayant ma Muse festince,
De ce dévot banquet de sons I
Je devois payer ses chansons.
Et son regale de Musique,
En bonne monnoye Héroïque ;
C'est nourquoy tout devotleux
En dépit de mes envieux.
J'offre encor nnjourd'huy ma Rime
A ce Prrlat ilhistrifisime.
I,e Père Mercier, General ne tout l'Ordre MatiirinoJ, Oui des ottomanes entraves Rachette les Chrestiens Esclaves, Voulant sans lucre et peculat, Rifînaler son Generalat, Et pour ne pas sembler démordre \v noble Institut de son Ordre, T,a Révérence a député T p Prre ïJeron renuté.
Par ses freauens Pèlerinages Dessus les Barbaresaues plages.
Avpf le Père Anvin. le Duc, Plus doux aue l'enti d'un Aqueduc, Rn qualité de Commi<=saires.
D'Envoyez, d'Afrens. d'Emissaires.
On bien tout ce qu'il vous plaira.
Vers Alaer, Tunis et Pera.
Pour délivrer de leurs tortures Ces Catholiaues Créatures, Lesdits Députez Révérends.
De Marseille, vont imnlorans Vos acnoustumances pieuses, Vos pochettes pecunieuses,
Et vostre liberalle ardeur.
Monsieur le Richard, mon Lecteur :
Tu n'ignore pas, mon cher frère, Que dans l'un et l'autre Hémisphère, Voire de l'un à l'autre bout Q'.ie pour de l'argent on fait tout :
Pour haster leur fervente course ; Va t'en chez eux vuider ta bource, Libéral, et libérateur.
Faits charger d'or un crochetteur.
C'est le vray moyen qu'on te loge Dans un coin du Martyrologe, Puisque Dieu dit, que Charité Conduit l'homme à félicité.
Pour moy si j'avois des Pecunes.
Ou largesses <à, faire aucunes, Je jure par mes vieux canifs Que j'en rachepterois Captifs.
Ce serment n'est pas trop vulgaire, Mais je suis contraint de le faire.
Puis que le terme relatif Me tient dans ma rime captif.
C'est un siège tres-incommode Que celuy de Federik ode.
Je ne sçay rien de Kzarncfky.
On demande Gonziefliy,
Chez le grand Duc de Moscovie.
Casimir a pris Cracovtc.
Munster, et les Episcnpav.r Sont par les Estais Généraux, Solicitez (malgré le diable) De terminer h l'amiable.
Par trois Exprès Negotians Pour leur accord officians.
Comme Amis, Arbitres, ou Juges, Généralement tous grabuges, Oui rendent mauvais en Lutins Munster et Métropolitains.
Peut-estre un esprit pacifique.
Calmant le bourgeois colérique.
Tous ceux qui pour son chastiment Marchent Episcopalement ; Qui par force, qui par prières Rengaigneront leurs fourchefières ;
Le Rosne, ce fier compagnon S'est débordé dans Avignon, De si furibonde manière :
Que sur le dos de la Rivière, Dans des Gondolles. des Ratteaux, Des Caramousals, des Vaisseaux, Dessus mainte Barque fragille, Les T'assants trottoient par la Ville.
Et les Capucins affamez, Dans leurs murailles renfermez,
Rosne faisant toujours la beste, Ne pouvant aller à la queste ; Ces Pères, faute d'aliment Eussent pery fatallement.
Comme Federic Barberousse :
Si le pieux de Caderoiisse, Abbé charitable, et vivant Pour le salut de ce Convent, N'eut fait voyturer des pitances Pour ces mourantes Révérences, Et pour tous, les pauvres honteux.
Souffreteux et nécessiteux.
Dont le ventre en ce cataclisme Enduroit un dangereux schisme.
Pour de certains points importans
On attend Monsieur Printemps
Tout bigaré de violette
Pour l'Électorale Diette,
Goûtez bien mon raisonnement.
On agit là très prudemment
Et la politique en est fine.
Car diette estant la famine.
Ce n'est, sur ma foy, que très peu
Qu'on la fait chauffer à son feu.
Un de mes intimes me mande, De la belle Ville de Mande, Episcopaîe, en Langvedoc, Qu'une fille de noble estoc.
De plus, très franche Parpaillotte, Estant à la Vierrje devotte.
D'une sainte propention, Dans sa forte dévotion L'âme, de repentir saisie A fait la nargue à l'Heresie.
C'estoit un petit Angelot • C'est pourquoy certain Parpaillot, Poussé d'une amoureuse flame.
Résolu de l'avoir pour femme.
Fut demander ledit tendron :
A la barbe d'un escadron De rivaux à face poupine.
Dessus .sa belle et bonne mine.
Cette journée il s'e.stoit mis Avecque deux de ses amis :
Le Père à qui c'estoit la fille.
Pour ce gars de bonne Famille, A ce premier demandement Conclut advantasreusement.
Croyant que sa fille huguenote N'auroit pas la teste assez sotte Voyant cet huguenot party De luy donner le dementy.
L'on met l'Amant dedans l.i salle.
On fait descendre la Vestalle, Oui dans un cœur Anfi-Calvin Nourrissoit un brazier divin, D'une civile contenance Le pars luy fait la révérence.
La fille, pour respondre ainsi
Luy fait la révérence aussi • Après, le Gallant complimente.
Sa future Espouse escoutante, Et conclut dans son compliment Assez huguenotiquement :
Vous estes, dit-il, jeune et belle Je suis, dit-il, sage et fidèle.
Vous avez de fripons attraits.
Mon portrait n'en a pas de laids, Vous avez Colombier et chasse.
Je suis Gentilhomme de race ; ' Si vous avez rentes, et rangs.' Des parentes et des parens, J'ay mainte niepce et mainte bmë.
De plus, de bons pignons sur rue : ' Enfin je suis Noble quasi.
Et parpaillot in cramoisy.
Vous estes charmante, beliotte.
Presque en cramoisy parpaillotte ; Si vous voulez, mon petit cœur.
Que je sois vostre .serviteur.
Qu'un Ministre, en son ministère, Oste de nos feux l'adultère.
Nous aurons bien tost en maillot Quelque cramoisy parpaillot :
La Chaste à cette narrative, Sans mot dire, au jardin s'esquive, Se musse sous de vieux ciprès.
Et le Père et l'Amant après, Par sainte Charlotte et saint Charle.
On la conjure qu'elle parle Mot, d'un monvemenr presque fou Elle fuit en loup garou, Court au jardin comme une folle.
Donne k l'Amant mainte bricolle, Lequel tout décontenancé.
Culbuta dedans un fossé.
Le bon père poursuit sa fille.
Par le Jardin sa fille drille.
Et met aussi dessus le eu.
Le bon homme k demy vaincu ; Au bruit tous les voisins accourent, La fuyarde Diane entourent ; Oui dedans ces extremitez.
Voyant voisins de tous costez.
Et ne pouvant gauchir l'ambuche :
Se met la teste, en une ruche ; D'abord guespes en tapinois, Se juchèrent sur son minois, T,a face lui deffifriirèrent.
Moult vivement l'aifruillonnèrent. Et lors que guespe la mangeojf.
La pauvrette Dieu loilanceolt.
Alors estant toute ampoullée, Dechevellée. emmiellée.
T,a fille paroit constamment Devant son Père et son Amant.
Oui convaincus de sn souffrance.
Intimidez de sa constance.
Et férus d'un trait intestin.
Se convertirent au jardin :
LA MISE DK LA COUR
Titus deux se Catholiquisèrent,
Et se déparpiiillotisèrent.
Après cette conversion,
Cette deflpuration
Qui decharmoit cette Pucelle,
La rendit plus cointe, et plus belle,
Son Père la débarbouilla :
F 'Amant la desenimiella :
Et lors eslant débarbouillée,
Et t(^ufe desemmiellée :
Quoy qu'enlaidie en cramoisy,
Il n'y paraissoit plus quasi.
L'Evesque du Lieu, mesme en crosse, Célébra Messe pour la Nopce, I,e Père, sa flUe dolta, L'Amant, lAmante banqueta, Et je laisse à vostre jugeoire Si l'on s'oublia là de boire, Par maints bacbiques cliquetis A la santé des Convertis.
Fnict de bonne réminiscence.
Le jour de Saint Denis en France
A Paris, chez Alexandre Lesselin, rue de la Barillerie, devant le Palais. Ce 10 octobre 1657. Avec Privilège du Roy.
N" 28. — La Muse de la Cour, à son Altesse Monseigneur le duc de Nemours
Celinj de qui la plume élégante et diserte, Rend à ta noble Espouse un hommage fécond ; Par l'effet d'un beau zèle à qui le mien respond, Me présente en sa course une carrière ouverte. M'cnseignant un chemin qu'on n'a jamais battu, Pour rendre dignement à la pure Verta Ce que le plus souvent on deffère aux indignes, Je m'estonne moy-me.sme en un si vaste cours [gnes • Qu entre les plus doux chans de nos plus fameux Ci- 11 ne s'en trouve point pour le grand De Nemours.
Apprenez, Escrivains, nez à la complaisance.
Ce que tout l'Univers est contraint d'avouer ;
Pour vanter son mérite et pour le bien louer.
Qu'il faut estre esclairé de son intelligence.
Si son bras se repose, il a le cœur de Mars,
Son esprit triomphant dans les Temples des Arts,
Par ses heureux progrez a surpassé Minerve,
Et de cent monuments à sa gloire eslevez.
On en peut voir encor dont le burin conserve :
Dans des traits immortels ses Triomphes gravez.
Aujourd'hui, dans Testât d'une autre Destinée, Sa noble flame esclate advantageusement. Ayant soubmis son âme à l'Empire charmant D un digne, vertueux, et céleste Hymenée. Une Héroïne insigne entre nos De'itez, De qui les grâces font les moindres qualitez. Est l'objet glorieux de sa belle deffaite : Et César Empereur, et de Rome l'appuy :
Tout superbe qu'il fut de l'Europe deffaite, Eut appris, la voyant, à céder corrmie luy.
Mon Prince, j'apprendrois à ces Esprits sans gloire, Ce qu'un ingrat silence estouffe indignement, Ce qui fait leur envie et nostre estonnement : Donnant de plus longs traits à ta naissante Histoire. L'Alliance d'un Sang Riche de mille Rois, Porteroit dans les Cieux et leur honte et ma voix, Mais ce seroit sortir de ma lice ordinaire : Daigne, Généreux Duc, mes vœux favoriser ; Car si l'Hostel d'un Prince est un Port salutaire, C'est un célèbre escueil où l'on se peut briser.