‹ Claude Le Petit et la Muse de la courChapitre 32 sur 37 · C. LE PETIT · texte numérisé non relu

C. LE PETIT

Alexandre VIL grand pontife.

Fait faire mainte hyerogliphe Sur maints Palais et bastimens, Pour estre les grands monumens ; Qui feront subsister la gloire De sa triomphante mémoire ; Filles, femmes, hommes, garçons, Tailleurs de pierres, et maçons, Aydes, architectes, manœuvres.

Dans ces Pais porte-couleuvres :

Foisonnent, dit-on, à milliers.

On y trouve de longs plUlers, De riches carrières de marbre.

Mainte colonne, et maint grand arbre, De beaux et de superbes pins Dedans ces climats Transalpins.

Et pourveu que le Papal coffre.

Toujours aux maçons ducats offre, Les maçons, qui maçonneront, Feront Palais, qui dureront Plus que les pierres les plus dures Des plus fortes manufactures ; Où l'on verra plus d'un demain.

Le grand nom de ce grand Romain.

Malgré les Campagnards d'Espagne.

Nos Preux coirimenccnl la Campagne (Ce qui devroit Bellonne honnir) Par où chacun la doit finir.

Tandis que le Tndesque hiverne Dans le réduit d'une taverne.

Nos infatigables soudards Font voltiger leurs estendards ; Tandis que les autres rengaignent.

Très valeureusement dep:aignent, Et cultivent les Fleurs-dP-T.ys, Aux bords de la Col me, et Du r,?/.'?. C'en est une marque assez ample, Amy Lecteur, que cet exemple.

Car un dépit des cruautez De l'Antipode des Estez, Nonobstant faim, froid, fort, feu.

Turenne fait à la fatigue,

dl- [gue.

General, generallement Estimé de tous dignement ; Malgré le détroit des passages, La stérilité des fourages.

Ses Rodomons de Concurrents, La débandade des torrens, La nature ferrée à glace ; Moissonnant mainte forte place ; Fait rimer à maint branlant bourg.

Victorieusement Bourbourg.

Et non content de cette prise Faite à la barbe de la Bise, Et des Aquillons journaliers.

Après de grands coups de belliers, De javelots, traits, hallebardes.

De pistolets, et de bombardes.

D'hoyau, de pioche, et de pic.

Il vient de prendre encor Mardik.

Ha ! si ce Brave continue, Je lis vostre déconvenue, Dame Bruxelles, et Dame Anvers, Devant une couple d'hyvers.

Le Régent de ladite Ville Tire vers Madrid, ou Seville, Il sent bien la decolaison :

Car le Maistre de la Toison, A ce qu'on dit, pour sa vaillance, Luy prépare la recompense Du Gouverneur de saint Venant, Du Montmedien Lieutenant, Et de maint autre, dont la teste A signalé nostre conqueste.

Ce Prince est des plus oMigeans.

Il rémunère bien se:^ p-'ns :

Laissons faire la Politique Du bon Monarque Catholiqur .

Ce sont droits qui luy sont pemus.

Puis, plus de morf,s, moins d'ennemis

La Princesse de Crarovir.

De Varsovie, et Moldavie, ne maintes Villes et Hameaux Des pais Septenlrionnaux

La muse ue la coun

Escrivit de sa main Huyalle Hier une Lettre sans egalle, (Où l'on voit l'elitte. et le choix Dans ses complimens Polonois De la Guttique politesse) Pour la Palatine Princesse ; Qui vante et soleiinise fort Celte Reine où Reigne le Nurt, Et certes, cette Sœur charmante Est bien digne que l'on la vante.

La Mort, qui mord les Médecins, Les plus convalescens et sains, Cette fureur à dent de scie.

Qui desarme la Pharmacie, Qui met à la raison les maux Des raisonnables animaux, Frondant l'Hypocratique Temple, En a délogé Monsieur Stemple.

Il connaissoit tous les ressorts, Et les organes de nos corps, Jusques à ses moindres parties, Ses humeurs et ses simpathies.

Il fut en renom singulier.

Dans Paris, et dans Montpellier, Ces Escoles Medecinalles :

Et de leurs Altesse-Royalles, Et VEsculape, et le Chiron Avoit du Deati quorum, (Car tout homme trotant sur MuUe.

Lingots (dit l'Adage) accumule) Je n'en sçay rien de plus, hormis Qu'il touchoit un de mes amis.

(Habitant de la double roche) De consanguinité très proche :

C'est pourquoy triste et desplorant Le trépas de son bon parent ; Pour Hécatombe et sacrifice Je luy rends ce dernier office.

Monsieur de Ranty, dans Arras, Faute de luy couper le bras, De luy tronquer ce pourj* membre, Contaminé depuis Septembre, Ayant esté très mal traitté Quoy que très-bien solicité ; En recitant sa Patenostre Est allé de ce monde en l'autre.

Il estoit moult chevalureux ; Et nos Paladins et nos Preux, Vivans tableaux de vaiUantises :

Tant imbarbes, qu'à barbes grises.

De sa mort, et férus et poinds.

S'en sont battus à coups de poings, Le Drille, en est devenu blesche ; La Victoire, un peu plus revesche, Et Mars, en a juré Corbieu.

Lofjls par la grâce de Dieu, Ou bien sa Majesté Gauloise, Avec toute sa Cour courtoise.

Est encor, je n'y prends, n'y mets ;

Dans la forte Cilta de Mets.

Et (luit, selon l'accoutumance

De tous les Monarques de France,

Soit pot en leste, ou sans haubert,

.Aller faire la Saint Hubert

Dans les Chualunnoises brossailles,

Ferfax a fait les accordailles, Dedans la Province d'I'or/c (Pais natal de maint gros pork) De sa fille, unique héritière ; Avec un Grand de la Jartiére ; Le riche Duc de Boukinkam.

On dit que l'amiral Op-dam, Sur cent barques recalfeutrées.

Pour les Portugaises contrées.

Qui sont de ce monde nouveau :

Doit embarquer au renouveau .

On a fait assigner les Nobles, Qui tiennent en France vignobles, Fiefs, Chasse, Pesche, Coulombiers, Plaids, Houbreaux, Kstan.gs, Viviers, Et des justices subalternes, A tous Intaillables Modernes, A ce que tous, incessamment.

Après ledit adjournement (Fait en prose et non pas en mettres) Ils apportent icy vours Lettres, Soit en esluy, coffre ou coffin, Il n'importe comment, afin.

Qu'en la Chambre pour ce fondée La roture en soit dégradée.

Seize Conseillers annoblis, Pour en juger sont establis.

Gentilshommes à fausse enseigne 7 Où roture tient comme teigne :

Gens à Noblesse de trois jours ?

Seigneurs de pouliers, et de bourgs.

Gare pour vostre friperie.

Mince et hautaine Seigneurie, Plus roturière qu'un pâlot ; Car le Président Amelot, Présidant dans cette Assemblée, Fera par sa vertu comblée Honnorant le noble party.

An roturier mauvais party, O Ciel ! Que de Princes sans pages.

Que de tyranneaux de villages.

Que de Braves mortifiez, Sans raison nobilifiez :

Dont la vaine et sotte nature S'érigeoit en Marqulsature, Que de Courtisans éclipsez, Que de fourbes, rustres censez, Et que dedans ces justes causes On verra de Métamorphoses.

Aussi les Nobles de vertu.

Si rares en ce temps tortu.

Ceux qui sur leurs espaules larges, Susportent les plus lourdes Charges Honnorablement de l'Estat, Les exceptez du Tiers-Estat :

Par leur Sang, et par leur Naissance, Par Judicature et Finance, Par un glorieux jugement, Triompheront illustrement.

Il faut pour remplir cette forme Que je vous conte un conte énorme.

Un homme devoit de l'argent, Au petit Fils d'un grand Sergent, Ce petit fils, trouve cet homme.

Le somme de payer sa somme, Ou bien la main sur le collet Le coffrer dans le Chastelet ; L'homme le prie en tributaire Tres-humblement de n'en rien faire ; Je vous feray justicier Luy réplique le créancier.

Si vous ne payez ma pistole ; Moy, dit l'autre, sur ma paroUe Jamais pistolle en bonne foy, N'eut intelligence avec moy :

Vous estes de très-mauvais compte.

Vous voulez que je vous affronte, Viste, payez-moy mon argent.

Insiste le fils du Sergent.

Je suis bien le serviteur vostre.

Mais vous me prenez pour un autrç.

Jamais je ne vous ay deub plus (Dit le Fourbe) qu'un carolus, Un carolus, réplique en rage Le fils du sergent de village, Avecque plus de viginti.

Celuy-cy vous avez menti, L'autre d'un soufflet lui réplique.

Le Courtaut sort de si boutique.

Le soufletté crie au voleur.

Et tapotte le Soufletenr ; Un escroc de Judicalui^e Qui cherchoit à faire capture, Suivy de quinze ou vingt recors Intervient pour le prendre au corps.

Le battu, d'une jambe isnelle, S'eschappe de cette séquelle De son soufleteur importun.

Et trouve un azile oporfun En courant, par bonne fortune.

Tout proche de Sainte Oportiine.

C'estoit un délabré poullier D'un citadin particulier.

Les massons dejeunoient pom- l'heure Dans cette imparfaite demeure, Et voyant tous leurs appentis Si nombreusement investis Epars, qui ça, qui là, s'enfuient Et quelques coups fourrez essuyent.

Laissant avec son bon destin L'inconnu, fier comme un Lutin, [de.

Qui, quoi qu'archer, caillous lui dar-

Se met des mieux dessus sa garde.

Larcle soliveaux en travers :

Et de cent instrumens divers

De maint muid, tonneau, pierre, plan-

Se gabionne et se retranche, [che,

Et dedans son retranchement

Joint chaux, sable, gravier, ciment

Le drosle donne et reçoit, tappe,

Anichile, accravante, frappe.

Crève œil, casse teste, rompt cou,

Fait bosse, egratigneure, trou ;

11 estramaçonne. on le frotte,

Il porte mainte rude botte,

En frère Jean de liabelais.

D'un levier, d'un caillou, d'un ais.

D'une lanterne, d'une esquere.

D'une p«lle à remuer terre,

D'un compas, d'un plomb, d'un sizeau.

D'un vilebrequin, d'un marteau.

Pendant que pour sa deffensive

Il met en joue poutre et solive.

Les Assiégeants enragez

Par le Sergent encouragez.

Honteux de voir en cette chance

L'ecornement de leur vaillance.

Animez des cris du Courtaut,

Viennent, pierre en main, à l'assaut.

Et par une forte ruade

Enfoncent tous la barricade ;

Chacun prend, en particulier.

Sa part des coups de l'attelier.

Et la fureur lors rengaignée.

Criant vivat, ville gagnée ;

La voûte d'un caveau certain.

Par un invincible destin

Se mit enfin de la partie :

Elle estoit fraîchement baslie.

Et pour ce violent effort.

N'ayant pas le dos assez fort :

Se devouta sans crier gare ;

Et par un tonnant tintamare.

Qui maint accident engendra :

Avec sa charge elle effondra.

Je ne diray rien du meslange.

Que cette catastrophe estrange

Fit dans ce cafarnaon noir.

Ains seulement dans mon devoir.

Pour mettre fin à cette Histoire

En Autheur de bonne niemoire.

Je vous diray que mon Hvran

Estant tombé dessus le dos.

Par les eschelons d'une grue

Se guinda sans mal dans la nië.

\vecque tout son attirail

Par le conduit d'un sou|iirail.

Les massons après sa reiraitte.

Voyant tant de besogne faite.

Leurs outils. c!\, Ifi. dispercez.

Leur moilons, tout boulleversez.

Se mirent si fort on furie,

92 LA MUSB DK LA COUn

Que. n'entendant point raillerie, En ont payé les pots cassez :

Ils tirent sur nos encavez Et mon Hcros en galant homme

Voltif,vi" plus de cent pavez ; S'en garantit tout ainsi comme.

Et d'une anleur opiniâtre.

Prodiguant et mortier et piastre, J'ay rimé cccy pour mon Duc

On dit que les plus mal chaussez, Deux jours après Monsieur S. Luc.

I A Paris, clicz Alexandre Lesselin, rue de la Barillerie, devant le Palais,

\ à la Fontaine des Pastoureaux. Ce 20 octobre KiôT. Avec Privilège du Roy.

N* 29. — fM Muse de la Cour, à Monseigneur A/nelof, Premii r Président de la Cour des Aydes, etc.

Timides mouveniens qui partagez mon âme, Transports irrésolus, doutes, craintes, respects : Ennemis incertains, vous m'estes trop suspects, Laissez agir sans force et mon zèle et ma flame : Muse il faut rompre enfin cette timidité ; Cette muette ardeur tient de la lascheté ; C'est crime de garder plus long-temps le silence, Quoy que son œil festonne et t'aille intimidant, Que son Nom soit plus grand que n'est ton impuis- II faut offrir ta Rime à ce Grand Président, [sance,

Sa Charge glorieuse et son rai'e mérite,

T'engagent puissamment à ce juste soucy.

Et quand ces deux njotifs n'auroient point place icy,

Ton devoir légitime assez t'en sollicite.

Sa générosité semble prester la main

A ce reconunandal)le et vertueux dessein ;

Sa bonté signalée en grâces singulières,

T'authorise, et présente un généreux appuy :

Mais pour bien animer ces vivantes matières.

Il faudroit estre, Muse, aussi disert que luy.

Ses Ordres sont des Lois, ses Arrests des Oracles,

Dedans tous ses Emplois sa vertu le suivit.

Il charm^ s'il Esciit ; s'il Harangue, il ravit,

Et sa main ne fait rien, ou bien fait des miracles

Ornant une Maison dont il est l'ornement,

Travaillant pour l'Estat incorruptiblement,

Et pour le bien Public sacrifiant ses peines ;

Sa gloire après .sa mort triomphera tousjour

Et nous verrons un jour dans nos Cours Souveraines,

Son digne Successeur suivre le mesme cours.

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