‹ Claude LorrainChapitre 2 sur 7 · LE SOLEIL ALLUME DANS LE CIEL DE I. MIT · texte numérisé non relu

LE SOLEIL ALLUME DANS LE CIEL DE I. MIT

a II esl clair <|u<'. pendant deux siècles, nous n avons eu en fiance qu'un seul paysagiste, Claude Lorrain. Très français, quoique 1res Romain, 1res poêle, mais avec ce clair lion sens qui longtemps a fait douter que nous Fussions une race de poêles, assez bonhomme au fond-, quoique solennel, ce très grand peintre est, avec plus de naturel et moins de portée, le pendant, dans son genre, de Poussin dans la peinture d'histoire. Sa peinture esl un art i|in représente à merveille la valeur de noire esprit, les aptitudes de noire d'il, qui nous honore et ipn devait, un jour ou l'autre, passer dans les ails classiques. On le

consulte, on l'admire, on ne s en serl pas, surtoul <>n ne si 'ii l ici il pas là. su ri fini mi n \ revienl plus, pas plus qu on ne revienl à I art il Esther el de Bérénice Est-ce tant pis'? est-ce tanl mieux? C'est accompli, donc c'était inévitable... i)

Ainsi parlail l'analyste des Maîtres d autrefois, il \ n près de trente ans. Et, sans outrager la délicatesse de Fromentin, nous voudrions l'aire senlirla légèrelé de son arrêt. L histoire esl plus exigeante. Oui, Claude esl un paysagiste français, ri l'un «1rs premiers, sinon le seul : niais quelle place précise tient-il dans noire école de peinture? Oserait-on le rattacher à l'école italienne, parce que sa vie cl son œuvre oui élu le ciel italien pour cadre ? Il esl vrai que, depuis I annexion «le I Alsace-Lorraine à 1 Empire allemand, certains musées d'Italie rangenl notre Lorrain dans I école allemande ! -- El quelle cimaise a-t-il mérité dans cel idéal Musée </// Paysage qui n'existe encore que dans le vœu constant de nos rêves ? Que reçoil sa personnalité de la tradition? Qu'apporte son regarda I évolution ?

Dédaigné par les Anciens, entrevu parles Primitifs, relégué dans les tonds par les maîtres figuristes de la Renaissance, émancipé soudain par les coloristes de Venise el par les décadents de Bologne, l'art du paysage esl redevable au Lorrain de ce rayon que son ancêtre flamand Paul Prit ne soupçonnait ii'iière el que son disciple français Corot prolongera plus lard : avec lui, C esl le jour qui se lève; sans lui, la palette champêtre restai! dénuée

dame el chargée d'ombre; el comme la jeunesse du paysage coïncide étrangement; mais fatalement, avec la vieillesse de la peinture, le genre. à ses débuts, semblail condamné, dans l'atelier des Bolonais, à toutes les lourdeurs iln clair-obscur; mais Claude ouvre la porte de la prison. Claude n'esl donc pas seulement un maître classique, une sorte de Racine, ou de Raphaël, ou de Mozart du paysage : c est un novateur . et c est un précurseur. Il offre une nouvelle preuve que la religion de la nal nie cl la curiosité de la lumière ne sont pas deux invenlioiis ilu siècle i|in vient de finir. En plein wir siècle. Idin de I Académie, loin de Versailles, avanl Le Nôtre, à côté de Poussin sublime, en regard de RuysdaeJ et de Rembrandt, comme lui peintres-graveurs, et dont la " chambre noue » idéalise toute la mélancolique intimité ilu .Nord, le Lorrain demande an Midi l'inspiration, el le Midi commente son génie. Qu il découvre il infinies perspectives baignées dans l'air diaphane des crépuscules ou des aubes, qu il projette dans une haie d'émeraude I image des voiliers majestueux ou des palais de marbre, i|u il enveloppe le galbe élancé d'un beau feuillage dans un bain d'or, qu il réalise enfin sur ses toiles, dans ses eauxfortes, en ses dessins mêmes, l'hymen étincelant de l'arabesque el du jour en réconciliant dans un accord inédit, mais souverain, le ciel et la mer. le Lorrain chante un poème méridional : et c'est le meilleur poêle français du siècle de Louis XIV. comme La Lonlaine en est le plus rustique paysagiste. Coloriste, au souvenir d un effet de la

C LA U DU LOItRAIN.

nature dont il interprète la lumière el balance 1rs contours, il s évade de la nuit des temps, il suri de I ombre et laisse harmonieusement une trace lumineuse dont un reflet s'est perpétué jtis<|ii à nous.

Grouper les quelques faits < j 1 1 1 permettent il entrevoir sa vie sons son œuvre, analyser l'aurore de la llamme divine en disposant l'amoureux d'art à deviner l'homme el l'artiste, telle esl la double et redoutable mission de ce petit livre, écrit à la clarté il un génie français qui, selon l'heureuse expression iln meilleur de ses biographes, alluma pour la première lois le soleil dans le ciel de I art.

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