SANDRART ET HM.IHM CCI
Les deux maîtres français ilu wir siècle oui trouvé chacun deux biographes qui purent les approcher dans leur séjour en Italie : pour le Normand .Nicolas Poussin, c'est Félibien et Bellori, Jeux sources contemporaines où toul le monde, ensuite, a puisé : pour le Lorrain Claude Gellée. c'est Sandrart et Baldinucci, qui nous disenl toul -- ou plutôt le peu que nous saxons de sa personne sans faste el île sa vie sans aventures. En désaccord sur de grands poinls. ils se complètent souvent : très différents, toutefois, de caractère et de situai ion. nos deux biographes n inspirent pas une confiance égale. A première vue, I Allemand Sandrart, en homme du Nord, paraît enclin à dire la vérité
CLAUDE LORHAIN.
seule à peindre uniquemenl d'après nature, selon l'esthétique toute germanique d AI lie il Diirer, son ha ni ancêtre ; el I Italien Baldinucci, en méridional, aimera la fahle el l'ornement; à la vérité stricte il doil préférer les lie Iles ordonnances, selon la poétique même du paysage historique où la nature très arrangée serl décadré à quelque fiction : c'était le goûl de son temps; disert, il parle d'abondance, ore rotundo, comme les anciens : el c esl I instincl de sa race.. .
Ces apparences ne sonl nullement contredites par la réalité îles faits. Peintre-graveur el peintre-écrivain, l'Allemand Joachim de Sandrarl n esl pas seulemenl I ami de Claude el son portraitiste (un ami loyal mu n'a guère Malle sou modèle) : ilès 1675, il publiait, à Nuremberg, les deux premiers volumes «le sa Teutsche Académie [Académie allemande de peinture . de sculpture et d'architecture), traduite en latin, lunl ans plus lard, par Christian Rhodius : milices, accompagnées de portraits gravés, sur les principaux artistes que Sandrarl a pratiqués; des " ('Indes d'après nature », dirions-nous, en remarquanl l'ancienneté 1res imprévue de cette méthode de critique d ail ! L'auteur exprime naïvement ses souvenirs de jeunesse. I heureux temps de son séjour à Rome : né en 1606 à Francfort-sur-le-Mein, seigneur de Stokau, conseiller de Guillaume-Henri prince palatin de Neubourg, élève de Gérard Honthorsl el de (lillis Sadeler, l'artiste allemand s étail acheminé par l'Angleterre vers celle Italie bienheureuse où tous aspiraient, même I .al loi ! Le marquis
Giustiniani l'appelait à graver sa riche collection depuis dispersée : pendanl près de Imil ;ms (de \i'i'2H à |li.'{."> ou 1636), Sandrarl habite Rome; il y connaîl Claude, qui vieni il y rentrer après deux ans de séjour à Nancy. Les deux jeunes peintres sonl deux .unis bientôt : belles amitiés d'artistes, en dépii des guerres prolongées uni divisaient leurs pays! .Mais leur vraie patrie, n'est-ce pas ce beau ciel serein.' Volontiers, on cause en travaillant; Sandrarl a hul parler Claude, il s'esl documenté, dirionsnous, en dessinant à côté de lui d après nature, à I ombre fraîche du Campo Vaccino matinal ou près îles cascatelles païennes de Tibur : groupe familier sous le ciel ardent, ces deux libres dessinateurs aux feutres hardis, animanl la solitude ou copiant des ruines! Le Lorrain dit à sou ami d'Allemagne sa jeunesse première; ets'ilsetail complètement sur son récenl retour au pays natal, c esl qu il n a guère à s en louer! l'eu de détails biographiques, au demeurant, dans Sandrarl c est l'art qui préoccupe surtout l'artiste; mais il a retenu l'essentiel sur la physionomie de son compagnon, sur ses débuts difficiles, sur son caractère pacifique, sur les procédés ou les résultats de son art : en effet, Sandrarl a vu Claude à l'œuvre; de tels bonheurs ne s oublient point! C'est le témoin véridique : Allemand lourd, mais sur. il estime l'homme et l'artiste; et s'il paraît fier d'avoir donné dans sa jeunesse un conseil capital à notre Claude, d ne doit pas se vanter.
Postérieur à Sandrarl, le Florentin Filippo Baldinucci ( 1624-1696) consacre à noire a ri i sic une de ses nom-
breuses notices [Notizie de professori del disegno, <i vol. in-i° ; Florence, IliNi el 1728), contemporaines de sa valable Histoire de la ijraenre. el qui s'étendent non moins ambitieusement à quatre siècles d'art. En l(>8i, Claude esl mort depuis deux ans. El son biograpbe écrit d'imagination soixante ans après la jeunesse du maître qu'il raconte, après les faits qu'il ne détaille que par ouïdire. A Rome, sans doute, après 1680, il entrevoit Claude : mais le vieux maître est octogénaire, et sa mémoire est obscurcie connue sou inspiration : sans doute, Baldinucci se rappelle avoir aperçu dans ses mains tremblantes son fameux Livre, ce mystérieux testamenl de son génie que le biographe baptise pompeusement, à l'italienne, Libro d'invenzioni, ocrera Libro di Verità : mais celle heureuse fortune ne l'empêchera guère, même sur ce point, d'être vague, convaincu d'erreur ou sujet à caution! Il écrit donc après la nioil de Claude, d'après les bavardages vaniteux de ses proches parents, et surtout, de son propre aveu, d'après le récil de son petit neveu, labbé Josepb Gellée, ou plutôt le théologien tout jeune encore et depuis fort peu de temps à Rome afin d'y couronner ses études (Giuseppe Gellee suo nepote. giovane costumatissimo, ed al présente applicato a studj diTeologia in Rama). Sans doute, Baldinucci nous donne plus de détails queSandrart, mais tous avantageux, pour ainsi dire tendancieux... Il nous prévient, d'ailleurs, qu'il insistera sur les « qualités capitales ». Tour à tour, il amplifie ou supprime : en cela, docile au témoignage du neveu qui se fait sur les médiocres débuts de
eo
son glorieux oncle, après fortune faite... Après tout, sa jeunesse ignore peut-être que son immortel parenl a débuté dans la pâtisserie... Pas un mol de ces origines sans prestige, de ces longues années <l apprentissage, de domesticité plutôt, chez un peintre italien ! Comme la gloire vienl vite, avec autanl d'empressemenl que d invraisemblance !
Donc, malgré sa concision, la vraie source biographique csl Sandrart. Elle esl même la seule, an poinl de vue de l'art : l'ami de Claude parle peinture en peintre. Sur I homme cl l'artiste, voilà le seul document sérieux, jusi|n ici l rop négligé. Dans sou Histoire des peintres, < îharles Diane, très baldiiuiecien cependant, rend hommage à la « précision » des quelques détails donnés par Sandrart. Mais, après Sandrarl el Baldinucci, Ions les biographes oui amalgamé leurs versions sans critique : ils les mil rabâchées de confiance, au hasard de la plume, à satiété, dans [exiTsAùi'éoés delà I le des plus fameux peintres i I ). non sans v mêler des résidus de la tradition orale longtemps vivace dans la famille de Claude el recueillie à Home, encore en 1815, par le graveur Lodovico Caracciolo dans la préface de ses quelques reproductions du Livre de \ évité. Le soleil du Lorrain n a poinl dissipé les
(I) Roger de Piles (1699-1715), Félibien, Descamps, d'Argenville |174.'»- 62), Mariette, Vivant-Denon : el Landon 1 1805), Lecarpentier 1817), Deperthes (1818 el 1822), 1rs premiers liistoriens du paysage ou |ilut('il des paysagistes, etc. — Cf. la préface, en anglais, du Liber Verltatis (Londres, 1777 H Caracciolo, /</. (Rome, 1815). — Sur le Tassi, maître de Claude, consulter Passeri ; sur Sandrart, Florent le Comte.
ombres de sa vie (1); sa biographie devint un roman il aventures, avec bistoire de brigands cl tempête obligée :
Certains onl prolongé sa misère, assurant qu'à trente-six ans. il faisa.il encore griller «les côtelettes (sic), sans se rappeler qu'à cel âge, le peintre de la Lumière étail déjà le protégé des grands el signail I une de ses plus suggestives eaux-fortes ! Sun caractère n'a pas été mieux pénétré que son œuvre (2). En 1851-52, le marquis Léon de Laborde passail toul un jour à relever les noies manuscrites du Livre de Vérité, dans la bibliothèque du duc de Devonshire, à Chatsworth, ei relatail son travail dans le tome Ier des Archives <lc l Art français (pages 435 el suiv.i : niais, en avril L855, dans la notice du Catalogue des tableaux de I Ecole française un Musée du Louvre (1™ édition), Frédéric \ illol suivail Baldinucci pas à pas... Il faut redescendre le cours des ans jusqu'à la brochure (Nancy, IN71) de M. Meaume, déjà connu par ses travaux sur ses coin pal ri oies lorrains, de Uucl cl Cal loi . pour I rou-
II) La fantaisie s'esl donné carrière avec Payne, Nagler, M. Voïarl (Nancy, 1839 etCharles Héquel (Nancy, 1863 et 1886), ce dernier citanl deux milles notices publiées a Paris (Eugène Tourneux, 1841 ri M. -A do Lacazc, 1837).
(2) Le Catalogue de Smith (1837-42) es1 très imparfait, commeles répertoires de Waagen (1834-57) el deDussieux [Les Artistes français h Vétranr/er, 1876). — Mais la préface < I o Georges Duplessis aux Eaux-fortes reproduites par , [mand-Durand (1879) esl remarquable. — A retenir ci non', depuis li' livre ea pilai île .Mme l'allisim, les articles de MM. Emile Michel [Revue des Deux Mondes, IS janvier 1884), Virgile Josz [Mercure de France, janvier 1900), Edmond Bour [Bulletin des Sociétés artistiques de l'Est, 1902) el Ch. de Meixmoron de Donibasle [Académie de Stanislas, de Nancy, 1902-03).
ver un pas intelligent vers la discussion. En 1879, àSaint- Dié, feu Arthur Benoîl donnail la première traduction française du texte allemand de Sandrart. La critique avail nus le temps à se ressaisir !
Enfin voici nuire Claude interrogé dignement; mais I liommage lui vienl <l une ferveur étrangère: une Anglaise connue par ses travaux approfondis sur la Renaissance en h' ranci' on sur nos maîtres oubliés du xvinc siècle, .M nie Mark Pattison (depuis lady Dilke), donl nous avons appris la morl en novembre; dernier, publiai! en français, au début de 1884, un forl volume in-î" de -\\'l pages, depuis longtemps épuisé: Claude Lorrain, sa Vie et ses Œuvres, d'après des documents inédits, suivis d'un catalogue des œuvres de Claude Lorrain conservées dans /es musées et les collections particulières de l'Europe il'aris. Librairie de l'Art). L'érudition de l'auteur ne se contentail poinl de reproduire m extenso les textes de Sandrarl el île Baldinucci relatifs à Claude, de dresser mi catalogue descriptif el raisonné de I œuvre i Livre de Vérité, tableaux, dessins, eaux-fortes), d en esquisser nue table chronologique avec les notes dn Livre de Vérité revu minutieusemenl sur l'original, en yrelevanl les erreurs oulesomissions de Léon de Laborde; mais elle produisait un document capital, tiré de YArchivio Capitol ino de Home, en L881, par M. Bertolnllisiir les indications d'Eugène .Mi'nil/. : le Testament de Claude, du 28 février L663, avec les codicilles du 'l'.\ juin IliTn el iln I .'! février IHN2. el la déclaration ilu notaire Yannius le jour iiieine de la mort du maître, le
li.'i novembre suivant. Autre inédit, une déposition fin Tassi, datée de 1619. contredisail Baldinucci en démontrant, à cette date, la présence de Claude auprès du peintre italien. En dehors il inévitables erreurs de dates el «le noms — el de quelques inadvertances plus graves (par exemple, la paix de I Église, de 1668, sous Clémenl l\. confondue avec la paix d'Aix-la-Chapelle, de 1648, sous [nnocenl X), — le monumenl de .Mme Pattison esl solide : deux cents ans après Baldinucci, il s'élevail lard, mais à point. El <|iie d'obscurités encore!
('.el essai de bibliographie chronologique a défini l'étal île la question. Confrontons, maintenant, Sandrarl el Baldinucci, pressons-les dans leurs réponses contradictoires, serrons de plus près leurs témoignages concordants, les seules lumières, d'ailleurs, qui nous soieni parvenues ! La légende même doit cacherdu vrai : muet, el pour cause. sur l'enfance du Lorrain. Baldinucci nous apporte des détails qu on ne saurail taire el qu'il faul discuter en les racontanl .
A.NNÉES H VPPBENTISSAGE ET DE VOYAGE
Claude Gellée naquil en 1600 : dale fournie par replia plie latine de 1 082 qui lui donne quatre-vingt-deux ans. Il naquil à Chamagne (ou Chaînage) sur la rive droite de la Moselle dans le diocèse de Tnul. Charles II élanl duc de Lorraine: ceux qui le fonl naître dans un château se
trompe! il sur le sens du un il castello {di Loretta), qui, dans l'italien de Baldinucci, veul dire un bourg (nous disons, de même, que Masaccio naquil en I W\. près de Florence, au castello de S; m Giovanni). Claude étail le troisième des cinq Mis de Jean Gellée el d'Anne Padose (ou Padoue); sou grand-père s'appelait Jean, — ce prénom se trouvanl réservé, dans celle famille paysanne, à l'aîné : — les deux aînés de Claude s'appelaient Jean et Dominique, el ses deux cadets Denys el Michel. Onignorela profession deces petits villageois. Orphelin à douze ans. le jeune Claude sérail allé retrouver l'aîné de ses frères, habile graveur sur bois à Fribourg-en-Brisgau (mais le Livre des Ordonnances de la petite cité germanique ne mentionne aucun artisan du nom de Gellée...). Après une année studieuse, un marchand de dentelles de Mirecourl {mercante di meretti), son parent, l'emmène à Rome el \ oici le jeune ornemaniste en pleine Ville Eternelle, bientôt libre et seul, logé près de la Rotonde ! Mais le terrible conflil qui sera la guerre de Trente ans {le crudelissime guerre delh Svezzesï) lui coupe
soudain tout envoi des siens... Or, celte guerre n'éclate
qu'en IlilS: qu'a-t-il fail dans l'intervalle ? Encore un mystère! Alors. Claude sans ressources descendrai! à Naples, il v resterai! deux ans. apprenanl l'architecture, la perspective, el le paysage enfin, dans I atelier lumineux d'un inconnu que Baldinucci d abord, [mis d Argenville, au beau milieu seulemenl du x vin0 siècle, nommenl Goffredo (ou Goffredi, Goffridi...). Ces biographes routiniers, qui voient, dans ce Goffredo, Godefroi ou Geoffroy \\ ails
JS
CLAUDE LOliRAIN.
(Waels. Wals (m Walss...), t'ii luiil un peintre originaire de Cologne, el cela sur la toi d un certain commentateur de Sandrart. en I77i : « ein geborner Kôlner » ; mais rien de plus douteux « 1 1 n • cri le idenl il ici il khi. courante pourtant ! Voir Naples sans en mourir: ce n'était pas une chance médiocre à cette époque d'intrigues empoisonnées.. .
Ce n'esl qu'à sa rentrée dans Rome, el seulement aux environs de sa vingt-cinquième année, que noire Claude sérail entré o chez le 1res digne élève de l'aul Uni ». le paysagiste-décorateur Agostino Tassi, donl la prompte amitié I héberge en lui prodiguant d excellents conseils... En tout cas. il n v serait pas resté longtemps, puisqu' « à la lin d'avril 1625 », Baldinucci nous le montre s'achemina ni vers les toits aimés de Chamagne par Corel le. Venise. le Tyrol et la Bavière, où les amateurs de brigands s'en donnent à cœur-joie ! Un récit plus attachant serait celui di's impressions de Claude : mais ce panorama déroulé sous les yeux d un peintre ne paraît guère les avoir émus. Pourquoi ce retour .' Autre mystère. C infortune, sans doute... C'esl ici que les romanciers donnent connue preuve d un séjour de Claude dans une villa de Bavière deux tableaux de sa main d après les environs île Munich et conservés ii la Pinacothèque : sans s'apercevoir qu ils confondent (avec Charles Blanc, trompé par Voïarl | ces deux soi-disant tableaux <le jeunesse avec deux toiles très italiennes, de la lin de sa carrière, peintes après IliTU pour le baron de Mayer, conseiller ilu Prince-Electeur, el décrites par San-
GLAUDK M Ut H A IX.
drarl ! Voilà comme on écrit l'histoiro dos maîtres. Un parent du Lorrain le présente à Claude de Ruot, peintre cl directeur des fêtes du duc Henri de Lorraine, el qui, selon Félihien, revenail glorieux de In capitale du royaume de France : c esl Claude de Ruet, soleil provincial, nue les copistes de Badinucci on) Ions appelé Charles Dervent ! Le catalogue du Louvre souligne encore ce dernier nom comme un de ceux « donl le Musée ne possède point d ouvrages »... A Nancy, de Ruot emploie Claude à sa décora- Lion de la voûte, dans l'église des Carmes déchaussés, édifiée, en 1615, sur l'ordre auguste de Jean des Porcelets de Maillane, maréchal de Lorraine el baron du Saint-Empire : comme 1rs figures académiques ne sonl pas son affaire, en dépit de sonséjour en Italie, on le relègue dans les frises. C est à Nancy que notre futur peintre-graveur a pu connaître son grand aîné dans I ail lorrain. Jacques Callot, (ju'il na certainement pu voir à Rome avant 1614 (année du départ du grand fantaisiste). Est-ce la querelle entre de Ruel el Callot pour la direction des fêtes en I honneur de Charles l\. le nouveau duc, ipn va décider ce lunule à s'expatrier de nouveau ? La légende, plus prosaïque, veut que la chute mortelle d un doreur <|iii partageait son échafaudage I ait dégoûté de la fresque...
Après deux années à peine, sa résolution change encore; : el le désir le prend de retourner en ttalie. Moins patriote que les frères Le Nain, il ne reverra pins jamais sa pairie — i(ii il n'a jamais peinte! Mais son souvenir lui sera fidèle, affirmé par son testament. Est-ce l'intérêt qui remet
en marche ce lils de paysans, ou L'amour de l'arl el le regrel il un paradis perdu? Sa vocation radieuse a-t-elle illuminé son être ? Le voyage d'Italie, c'esl l'espoir, alors, cl le pèlerinage de toul artiste : revoir Rome, rerum />///r/ie/'rima Romaï revoir ce ciel, cette lumière ! celle Italie, seconde nature, seconde mère el seconde patrie! Poussin, plus lard, en exil à Paris, s'écriera : « llè/as ! nous sommes ici trop loin <l ii soleil pour 1/ pouvoir rencontrer quelque chose de délectable... » A Rome. Poussin demeure depuis trois ans; et Claude v retourne. Mais les anecdotiers sonl muets sur la genèse de ces instincts divins.
Le revoici donc sur la grand l'oule. passaiil par Lvoil. par Marseille, où la lièvre I aurail saisi : les amplificateurs de Baldinucci I évoquent longtemps convalescent, brossant deux toiles pour acquitter l'auberge, après avoir jeté follement o sa dernière pistole » dans un médianoche aux chandelles tableau plus digne du Valentin que de Claude! I n croquis à la plume nie la collection anglaise de M. Koupclli esi plus véridique; el le vieux Port de Marseille esi reconnaissable : c est le plus ancien de ses dessins connus. Depuis .Marseille. Claude voyage en compagnie du Nantais Charles Errard, le futur directeur de I Académie de France à Rome, alors pensionne par le surintendant M. Sublel des Noyers; son père el son frère l'accompagnent, ajoute Baldinucci : mais il se trompe encore et confond ce retour d Errard avec un précédent voyage fait en famille. Une tempête jette le navire au lazaret de Civita-Vecchia que d'aucuns s'imaginent recon-
naître! en deux croquis... Enfin, notre Claude arrive à Rome le jour de la Saint -Luc fête des peintres, c'est-à-dire le 18 octobre I(i27. el — détail que nous ne saurions exiger de I imagination de Kaldinucci — deux siècles avanl les premiers |>as de noire Corot, son héritier, sur cette terre promise !