Voiart, Eloge historique de Claude Gellée. Nancy
4. Voir sur les vraies relations entre Callot et Deruet : Meaume, Recherches sur Jacques Callot, tome I°r, page 52.
5. Felibien, Vies des peintres, tome II, page 1 53, édition Mariette.
Carmes1, et il croyait, probablement, agir autant clans les intérêts de son élève que dans les siens propres, en le mettant à l'essai. Pendant plus d'un an, Claude travailla donc, sous les ordres de Deruet, à des encadrements d'architecture, exercice dont il s'était cru à jamais affranchi, en sortant de chez Tassi. Un accident arrivé à ses côtés acheva de le dégoûter de son travail. Plusieurs écrivains nous affirment que l'artiste lui-même en fut la victime ; mais ils paraissent avoir mal compris le texte de notre auteur, car Baldinucci nous dit assez clairement que ce ne fut pas Claude, mais un doreur travaillant auprès de lui, qui faillit être précipité du haut de l'échafaudage où ils se trouvaient tous deux ; il ne dut la vie qu'au courage et à la présence d'esprit du peintre.
Plus tard, Claude se vit obligé de surmonter l'impression pénible que lui avait causée cette aventure, en travaillant à Rome, tantôt dans la maison du cardinal Crescenzio, tantôt dans un palais et dans une maisonnette qui appartenaient à la famille des Muti. Mais, pour le moment, il en avait assez. Il se décida donc à quitter Nancy et quoiqu'il gardât toujours un souvenir affectueux à son pays , il n'y retourna jamais. Il avait pris les douces habitudes de la vie italienne; les allures glaciales du nord ne lui convenaient plus. A plusieurs égards, cependant, son voyage, que l'on est tenté de considérer comme stérile, a eu son utilité. S'il n'était pas encore arrivé à la pleine conscience de sa vraie vocation, il s'était, du moins, détourné de la voie académique qu'il avait voulu suivre. Les expériences faites à Nancy ont dû le désenchanter, et il quitta la ville, où trônait Deruet, au moment même où les fêtes magnifiques données par le duc Charles à la belle duchesse de Chevreuse semblaient réclamer le concours de tout ce que la Lorraine comptait d'artistes éminents.
Pour retourner en Italie, Claude prit la route de Lyon et de Marseille. A Marseille, d'après le témoignage de biographies ' qui me semblent tenir un peu du roman, il serait tombé malade de la fièvre.
i. Aujourd'hui détruite. Voir Meaume, Peintre-Graveur français, tome XI. 2. M. Voîart, M. Héquet, etc.