‹ Claude Lorrain, sa vie et ses uvresChapitre 15 sur 176 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

et s'arrêta quelque temps à Venise pour y étudier les œuvres du Titien. Il visita aussi Bologne et Florence, — où l'on voit encore son portrait dans la salle des peintres, — avant de se rendre aux instances du marquis Vincenzio Giustiniani et de se fixer à Rome. Le cardinal François Barberini revenait à ce moment de sa légation en France et en Espagne ; chargé par le souverain de cette dernière contrée de lui procurer douze tableaux des meilleurs peintres, il inscrivit le nom de Sandrart sur une liste qu'il rouvrit plus tard afin d'y ajouter le nom de Claude le Lorrain. Vers cette époque, Claude et Sandrart se lièrent, et leur liaison paraît avoir duré jusqu'en 1 635, époque à laquelle le peintre allemand reprit le chemin de son pays. Rentré dans ses pénates, il eut à lutter contre la mauvaise fortune; enfin, il s'établit à Nuremberg, où il mit au jour plusieurs ouvrages sur l'art, plus appréciés aujourd'hui que ses peintures. Sa Teutsche Académie, dont nous avons déjà parlé, est un recueil très curieux des vies des peintres anciens et modernes; l'auteur y donne une foule de détails recueillis de visu sur ceux de ses confrères qu'il a eu l'occasion d'approcher.

Dans les pages intimes qu'il nous a laissées sur Claude, on sent percer, à travers son lourd langage allemand, un sentiment de respectueuse et sympathique amitié, qui inspire tous ses souvenirs, et qui nous fait croire qu'il ne se vante pas, même quand il attache quelque importance à l'influence qu'il a exercée sur son ami. Les premiers tableaux du paysagiste lorrain ressemblaient fort à ceux de son maître, Augustin Tassi ; on peut même s'y tromper quelquefois et attribuer au Tassi des œuvres de son élève. C'est en interrogeant la nature ellemême, en luttant avec elle, en cherchant à lui dérober ses secrets, le crayon à la main, que Claude a su trouver l'inspiration qui lui fut propre. Or, Sandrart nous dit que ce fut lui qui eut le bonheur de pousser son ami clans cette voie féconde. Ils se rencontrèrent un jour aux environs de Tivoli; Sandrart y dessinait et y peignait, choisissant les rochers les plus abrupts, ne se fiant pas, dit-il, à la force de son imagination, mais essayant de traduire tout ce qu'il avait devant les yeux. Claude s'enthousiasma pour ce que Sandrart appelle « sa méthode », et bientôt il dépassa l'attente de son ami, qui loue sans arrière-pensée

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son talent extraordinaire, et se plaît à rappeler que, par son industrie infatigable et son invincible obstination « in imitanda », Claude parvint à une telle perfection que ses dessins d'après nature (subdialia ejus) ne tardèrent pas à se vendre au poids de l'or.

L'admiration de l'auteur allemand pour le talent de l'artiste a pour pendant une affection non moins sincère pour les qualités de l'homme. Le côté héroïque de la vie du Lorrain, ce côté que ses neveux, si je ne me trompe, auraient volontiers passé sous silence, Sandrart s'est appliqué à le mettre en lumière ; nous devons ainsi à son bon cœur et à sa sympathie intelligente une esquisse que rien ne saurait remplacer, et qui nous donne une haute idée du caractère digne et simple, des mœurs austères et de la bonté naturelle de celui qui ne vivait que pour cultiver son art, et que pour faire du bien à tous ceux qui l'entouraient.

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