Voir l'Appendice A
Urbain VIII. 11 semble donc que la tradition fasse fausse route en nous représentant le bienheureux Claude au comble du succès aussitôt après son retour à Rome. En admettant toutefois que son neveu Joseph ait dit vrai et que le cardinal Bentivoglio, par ses bons offices auprès du pape Urbain , ait été le premier à le mettre en vue, Claude a dû passer dans la Ville éternelle une dizaine d'années ou environ avant de dompter la fortune et de voir les grands de Rome assiéger son atelier.
Il faut donc accorder, dans la biographie de Claude, une place beaucoup plus grande qu'on ne Ta fait jusqu'ici à la lutte pour l'existence. Avant que la renommée ne vînt couronner ses efforts, l'artiste avait passé par un long apprentissage — une espèce de domesticité — chez Augustin Tassi, à Rome, et chez Goffredi, à Naples ; il avait voyagé, et, selon toute vraisemblance, tenté de s'établir à la cour de Nancy. Attiré, séduit par la facilité de la vie italienne, et ne trouvant pas de travail tel qu'il en souhaitait dans son pays natal, il revint chercher fortune à Rome. Certains indices feraient croire, cependant, qu'à son début le talent de Claude ne trouva, sur les bords du Tibre, d'autre emploi que celui qui l'avait dégoûté du séjour de Nancy. Malgré son aversion pour la peinture décorative, qui l'obligeait à monter sur des échafaudages et à y déployer ses talents d'équilibriste, il fut forcé, dit Baldinucci, de recommencer à diverses reprises ce genre de travail après son établissement définitif à Rome. Le biographe a évidemment en vue le palais du cardinal Pierre-Paul Crescenzio ', sur la place de la Rotonde, le palais des Muti sur la place des Saints-Apotres, et la petite maison possédée par la même famille sur la place de la Trinité des Monts. Il ne donne d'ailleurs aucun détail sur ces travaux, et l'on serait tenté de soupçonner sa véracité si l'on ne trouvait chez Sandrart une description détaillée de l'œuvre considérable confiée à Claude par les Muti.
Claude, dit Sandrart, a exécuté plusieurs peintures remarquables à fresque ; entre autres, il a décoré, chez un certain noble, nommé
i. Revêtu de la pourpre en uni, mort le ig février 1645, à l'âge de soixante-treize ans. (Voyez le recueil de Ciacconio, Vite et res geste pontificum romanorum, tome IV, page 427.)