CHAPITRE II
Muti, les quatre parois d'une grande salle. Sur la première, on voit, ajoute-t-il, les ruines d'un palais, à la lisière d'une grande forêt. La diversité des essences d'arbres était nettement accusée. Chacune, et Sandrart est sur le point de crier au miracle, montrait l'écorce, les feuilles, la couleur qui lui étaient propres. Cette vérité dans le détail n'empêcha pas le peintre de donner de l'unité à son travail , qui avait un tel air de réalité qu'on croyait entendre le vent siffler à travers les branches. Les arbustes et les autres motifs figurés au premier plan étaient arrangés de façon à conduire insensiblement l'œil aux rochers et aux cascades qui se trouvaient à côté ; de même on arrivait aux montagnes dominant la mer qui décorait la troisième paroi. Là, on voyait des bateaux emportés par un vent furieux qui agitait les eaux d'un petit port, et la violence de cette tempête formait un heureux contraste avec l'atmosphère sereine du paysage qui complétait la série et qu'animaient de belles statues et des ruines élégantes.
Les Muti-Papazurri n'habitent plus leur palais au nord de la place des Saints-Apôtres. La façade, telle qu'on la voit aujourd'hui, a été construite en 1644, probablement lors d'un remaniement, sinon d'une reconstruction totale du palais, par le marquis Jean-Baptiste. On est donc tenté de croire que les fresques de Claude sont postérieures à cette époque, mais puisque Sandrart les décrit avec tant de détails, c'est qu'il les a vues, et puisqu'il les a vues, c'est qu'elles ont été exécutées entre i63o et 1 635, pendant le séjour du peintre allemand à Rome. Or, justement, à ce moment, se trouvait chez les Muti un compatriote de Claude, Charles Mellin, dit Charles le Lorrain, élève distingué de Simon Vouet, le peintre préféré de Louis XIII. Mellin était alors à l'apogée de son crédit : logé dans le palais Muti l, il me paraît très probable qu'il a attiré l'attention de son noble patron, « grand protecteur et amateur de notre art », sur son confrère et compatriote, et qu'il a ainsi procuré à Claude une belle occasion de se faire remarquer.
En dépit de toutes les restaurations, la salle décorée par Claude existe, je crois, encore. Je n'ai pas pu la voir moi-même, mais je tiens