S CLAUDE LORRAIN
cardinal Giorio avait élevé les neveux du pape, et reçu, lui aussi, le chapeau rouge en récompense de ses soins. C'était un honnête homme : « vir quidem probus », dit Guarnacci, « profuit quibus potuit, nocuit nemini ' ». Néanmoins, après la mort d'Urbain, il lui sembla prudent de se tenir à l'écart : « Remotus a curis Janiculum collem cui aer purus est ac tenuis fere semper post Urbani obitum incoluit. » Dans son isolement, il demanda des consolations aux arts et commanda d'abord à Claude, — qui peignit en tout huit tableaux pour lui, — une marine, le Débarquement de Cléopàtre (L. V., 63), où l'on voit le peintre renouveler avec bonheur toute la mise en scène de sa Sainte Ursule.
Ce n'est pas à la clarté virginale de l'aurore que la belle reine d'Egypte se présente à Tarse. Le soleil descend vers l'horizon et se reflète dans les eaux sur lesquelles se balancent des galères superbes. Une douce chaleur accompagne la chute du jour, et c'est à peine si une brise légère, avant-coureur de la nuit, agate les banderoles fixées aux mâts des navires amarrés près du palais. Comme épuisés par les ardeurs de la journée qui est sur son déclin, les matelots portant les trésors de la reine se traînent lentement vers le quai. Ces figures sont, je crois, de Philippe Lauri ; elles cadrent mieux avec le tableau, et sont d'une touche plus libre que celles dont Jean Miel a orné le Port de nier, destiné à Urbain VIII. Peut-être le Débarquement de Cléopàtre marque-t-il le moment où Lauri commença à travailler avec Claude. L'œuvre est pleine de feu, d'une exécution jeune et énergique. Le palais de marbre blanc, que l'on aperçoit derrière le portique du premier plan, produit un effet magique sans que la poésie de l'impression ait été obtenue aux dépens de la vérité. J'admire surtout le rendu des barques qui abordent au quai : rien n'est plus saisissant. Ajoutons que, parmi les tableaux de Claude conservés au musée du Louvre, il en est peu d'aussi bien conservés que le Débarquement de Cléopàtre .
Il n'y a ni date ni inscription sur ce beau tableau, mais nous connaissons approximativement l'époque de son exécution, car si le peintre n'a pas signé le Débarquement de Cléopàtre, il a réparé cette
i. Gyarnacci, Vitee et res gestce pontificum romanorum, tome I1' , page o3o.
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