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5o CLAUDE LORRAIN
omission clans la page qui devait l'accompagner. David sacré roi par Samuel (L. Y., 69), tel est le sujet choisi par le cardinal Giorio pour son paysage, qui passa bientôt dans la collection de Louis XIV et, de là, entra au Louvre. Ce tableau a beaucoup souffert d'un nettoyage à fond qui a enlevé la signature, mais on en aperçoit encore — au premier plan, sur un bas-relief à terre — quelques traces avec le mot de « Romas » et la date « 1647 ». C'est le vernis brun, à ce qu'il semble, qui a joué ici un rôle si funeste; le tableau a doublement souffert par sa faute : d'abord, quand on l'a appliqué; ensuite, quand on a voulu l'enlever. En même temps que le vernis on a fait disparaître les glacis, qui sont l'âme même d'une œuvre de Claude; c'en est fait de ces demi-teintes, légères et claires, auxquelles les tableaux du maître doivent leur vie et leur physionomie ; aujourd'hui, la lumière et les ombres se heurtent brusquement, l'ensemble a perdu et sa vigueur et son ton. Le David sacré roi n'a jamais dû être, cependant, un chefd'œuvre. Les premiers plans n'offrent guère d'intérêt ; seul le fond est agréable, l'œil suit avec plaisir les sinuosités de la rivière qui, emprisonnée entre des côtes escarpées, baigne le pied des montagnes qui ferment l'horizon.
Les ondulations de cours d'eau cherchant leur chemin à travers un terrain accidenté ont toujours eu un attrait particulier pour le peintre. L'année même où il exécutait le David du cardinal Giorio, c'est encore une rivière serpentant dans une vaste plaine qui forme le sujet, et constitue le principal attrait du Paysage avec animaux (L. V., 112) peint « pour il Signor Angelino », — la même personne qui lui commanda le Sacrifice à Apollon (L. V., 107), aujourd'hui à Leigh Court1, et qui ne porte malheureusement ni date ni signature.
Le célèbre duc de Bouillon, qui devint plus tard l'âme de la Fronde, était alors à Rome. Toujours brouillé avec la cour de France, il commandait pour le moment les troupes du pape C'est lui qui succéda au « Signor Angelino » dans l'atelier de Claude; en 1648, deux années avant son retour à Paris, il vint demander une marine et
1. Ce tableau vient d'être vendu, avec toute la collection de Sir Philip Miles, à l'amateur américain, M. Vanderbilt.