CHAPITRE III G
de peintre et valet de chambre du roi par un brevet du 10 décembre 16491. L'inscription du tableau de lord Methuen doit donc être postérieure à cette date, puisque Nocret y est qualifié de peintre du roi; le Saint Jean au désert appartient probablement à la même époque que les autres paysages en miniature peints sur cuivre par le Lorrain.
Ce fini, cette délicatesse ne pouvaient longtemps suffire aux robustes ambitions d'un homme rompu aux grands travaux. Le Lorrain, on ne saurait trop le répéter, n'aimait pas à se plier aux exigences de la peinture murale, mais il ne supporta pas non plus patiemment les anxiétés énervantes de la miniature. Pour se reposer de ses luttes avec le cuivre argenté, il entreprit une grande toile et brossa le Paysage avec l'arc de Constantin (L. V., 11 5). Entré à Grosvenor House, avec tant d'autres tableaux après la vente de M. Agar, ce paysage, signé et daté, comme le Pas de Su^e, de i65i, a beaucoup perdu avec le temps : les premiers plans ont singulièrement noirci et ce défaut est rendu encore plus sensible par les accumulations de vernis foncé dont la toile a été couverte à satiété. On déplore des accidents encore plus sérieux dans la belle réplique d'un des plus célèbres tableaux du maître, le Déclin de l'Empire romain (L. V., 82) — dans la même salle — qui sert de pendant au Paysage avec l'arc de Constantin. Le tableau original est exposé chez lord Radnor, ainsi que son pendant, la Naissance de l'Empire romain (L. V., 122), dont Grosvenor House possède une réplique en petit. Tous deux sont privés de date, mais nous allons montrer qu'ils furent exécutés pour un amateur de Paris, M. Lebrun.
En effet, les commandes des cardinaux et des princes ne furent jamais assez nombreuses pour empêcher le maître d'accepter les offres faites par des amateurs d'un rang moins distingué. Le grand Paysage avec l'arc de Constantin, que nous venons de rencontrer à Grosvenor House, eut pour acquéreur un anonyme qui n'est désigné dans le Livre de Claude que par les lettres p. n. z., et cela au moment même où le brillant de Loménie commandait ses miniatures sur cuivre argenté. L'année i652, qui voit naître le Parnasse (L. V., 126), tableau, dit Claude, « qu'il faut porter chez le cardinal Panfîl »
1. Mémoires inédits des membres de l'Académie, tome Ier, page 3i2.
à Monte Cavallo, Claude peint pour « M. Laborna » la Route d'Emmaïis (L. V., 1 25). Le Parnasse se trouve aujourd'hui chez le duc de Devonshire, à Holker, avec d'autres tableaux du maître, non moins
beaux.
Un grand paysage de la même année, les Israélites entourant le Veau d'or (L. V., 129), — le plus beau des Claude appartenant au duc de Westminster, — fut aussi commandé jadis par un simple particulier, « il signor Cardello », membre d'une famille alliée à la maison des Mancini, mais qui paraît ne pas avoir eu d'autre titre de noblesse '. M. de Laborna était un personnage très connu, un Français habitant Rome. Nous trouvons , dans l'œuvre de Dominique Barrière, une jolie gravure représentant sa maison, surmontée d'un baldaquin que couronnent les armes de France, et accompagnée d'une dédicace adressée, le ier janvier 1 665, à son célèbre compatriote. Nous manquons absolument de renseignements sur le signor « Carlo Cardello » ; son nom nous est aussi peu familier que celui de plusieurs autres personnages inscrits à sa suite sur les registres de Claude.
Qui pourrait nous dire, par exemple, quel était ce « signor Augostino Bagiano », qui commanda en i652 un Paysage avec l'ange et Agar (L. V., 1 33), ou ce M. Mierette (Mariette?) pour qui Claude exécuta pendant la même année l'un de ses plus beaux paysages, Mercure et Battus (L. V., i3i), entré chez le duc de Devonshire en compagnie du tableau du cardinal Panfil ? Au milieu de tous ces inconnus, le nom du cardinal Giorio, sur le revers d'un projet de tableau (L. V., 53), sonne comme celui d'un ami. La série de tableaux commandée par le bon cardinal commence en 1644 par un Port de mer au coucher du soleil (L. V., 43), aujourd'hui clans la National Gallery ; puis l'Éminence achète, en 1647, le David sacré roi et la belle marine du Débarquement de Cléopàtre ; plus tard ce fut encore une marine, un Port de mer avec le temple de la Sibylle (L. V., 3i), et deux paysages, l'un avec un Repos de la Sainte Famille (L. V., 38) et l'autre (L. V., 53) avec des Pasteurs et leurs troupeaux ; malheureusement aussi Giorio fut assez mal inspiré pour proposer au peintre le
1. Voyez le Père Anselme, les Maisons de France, tome V, page 462.