‹ Claude Lorrain, sa vie et ses uvresChapitre 38 sur 176 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

cienne Via Paolina était, si je ne me trompe, identique à la Via Paola d'aujourd'hui, qui va de la place du Pont Saint-Ange à l'église Saint- Jean-des-Florentins. 11 existe, à la vérité, une seconde Via Paola, qui conduit de la Via Sforza à Santa Maria Maggiore, mais elle semble n'avoir jamais porté le nom de Paolina, et elle est aussi éloignée que l'autre du Pincio. Avant d'habiter la Via Paolina, le Poussin — d'après une tradition encore en vigueur — était installé dans le palais Costao-uti près du Ghetto. 11 m'a été donné dernièrement de voir dans cet édifice — grâce à l'obligeance du marquis Ascanio Costaguti — des paysages peints par le maître, en manière de « sordini », dans deux des principales salles de l'appartement du premier étage. Le Poussin quitta-t-il le Pincio pour la Via Paolina, ou la Via Paolina pour le Pincio? C'est un problème dont je cherche encore la solution. Claude (nous le saurons bientôt par son testament) n'est certainement pas resté dans la Via Paolina, mais, s'il s'est un moment établi sur le Pincio, il a dû changer encore de domicile; il est mort (j'ai tout lieu de le croire) dans la Via del Babuino, car sa maison se trouvait en face de l'Arc -des -Grecs, petite galerie qui forme comme un pont de communication entre le séminaire et l'église Sant' Atanasio dei Greci.

Peut-être ont-ils, tous deux, déménagé en même temps, dégoûtés par les souvenirs qui hantaient la Via Paolina, après la fatale année i656. Mais, pendant cette période néfaste, ils paraissent avoir travaillé tranquillement chez eux, sans s'effrayer des ravages de l'épidémie. Le Poussin était fort occupé par une commande du duc de Créquy, qui avait remplacé M. de Fontenay comme ambassadeur de France à Rome. Claude, de son côté, ne mit pas moins de six tableaux au jour avant la fin de Tannée. D'abord ce fut un Paysage avec des pasteurs près d'une rivière (L. V., 8), dont il a daté le dessin, en ajoutant : « Claudio fecit in U. R. » ; les mêmes mots, sans date, se voient sur les esquisses de deux autres tableaux qui devaient accompagner, je crois, le premier, — ■ une marine et une Etude de montagnes, près de Rome (L. V., 6 et 7). En second lieu, l'artiste a exécuté une nouvelle commande du « Signor Carlo Cardello » , le grand

Paysage avec Jacob, Laban et ses filles (L. V., 134), une des perles de la belle collection de lord Leconfield, à Petworth House. Puis nous le voyons reprendre, pour M. Vinot, un motif qu'il avait déjà traité dans le Paysage avec l'ange et Agar, exécuté pour Agostino Bagiano. La liste des œuvres de cette année féconde se termine par le Mont Thabor (L. V., 1 33), appartenant au duc de Westminster, et par un petit paysage avec Junon, Io et Argus, appartenant à lord Jersey.

On a soutenu jusqu'ici que le Mont Thabor avait été exécuté pour « Monsieur Monpiolre » : c'est encore un nom qui n'en est pas un. En vain j'ai essayé de lui faire prendre une tournure anglaise, française ou italienne, ou même allemande, ce « Monpiolre » était rebelle à tous mes efforts! j'étais encore plus intriguée par la leçon u Pigliene », donnée par M. de Laborde, qui, ayant visité Chatsworth ', avait eu en main le Livre de Vérité et en avait fidèlement copié toutes les notes. Ce n'était plus « Monpiolre », mais quelque chose d'également invraisemblable. Quand le précieux volume me fut confié, à mon tour, je ne m'attendais nullement à découvrir sous ces deux métamorphoses révêque de Montpellier, François Bosquet', qui, nommé à ce poste au mois de juillet 1 655, se rendit à Rome, « ad limina apostolorum », pour s'y faire confirmer par Alexandre VII, le dernier jour de janvier i656. Claude, comme nous le savons, n'écrivait pas sans peine son propre nom ; ceux des autres lui causaient des ennuis infinis; ce ne fut pas sans quelque hésitation, on le comprend aisément, qu'il se tira des deux dernières syllabes de « Montpellier ». Il se reprend, en effet, deux fois, en l'écrivant; d'abord, il commence « fait pour monseigneur de Montpielre », puis, mécontent de ce premier essai, il biffe d'un trait de plume « pielre », et ajoute à côté « piglier », — ce que M. de Laborde a pris pour « pigliene ». Six ans plus tard, le maître fait un nouvel effort, et son ancien patron « Monseigneur de Monpiglier » devient « l'aveque de Monpélier », — correctif qui a dû lui coûter de mûres réflexions.

Joseph Gellée rapporte que l'un des patrons les plus magnifiques

1. Archives de l'art français, première série, tome 1° . page 435.

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