‹ Claude Lorrain, sa vie et ses uvresChapitre 47 sur 176 · CHAPITRE IV (ji · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV (ji

à ses exécuteurs de dépenser plus de cinquante écus tant pour la sépulture que pour les messes ; ils doivent mettre une pierre avec inscription sur sa tombe, mais il ne faut pas cependant qu'elle coûte plus de soixante écus.

Trois témoins assistaient à la rédaction de l'acte; d'abord Dominique Barrière, le graveur bien connu, qui, né à Marseille en 1622, se fixa de bonne heure à Rome, où il publia une masse d'estampes, des paysages, des portraits, des vues, des tableaux d'histoire, les uns d'après les grands maîtres de l'école italienne, les autres d'après ses propres compositions, A côté de Barrière figuraient deux autres Français : Claude Bellin, Bourguignon, et François du Jardin, du diocèse de Lorraine. Tous deux paraissent avoir été des personnages aussi obscurs ' que le bon tailleur maître André, le « compère » du malade.

Le testament fut déposé chez Marinus Franciscus Vannius, « in curia capitolina notarius ». Mais le testateur n'était pas sur le point de laisser s'ouvrir la succession. Depuis plus de vingt ans Claude endurait de vives souffrances occasionnées par la goutte, sans s'être jamais laissé détourner par elles de ses travaux; nous allons le voir remplir une vingtaine d'années encore de son inépuisable activité. Il a dû avoir été un travailleur heureux, ne connaissant ni les fièvres ni les découragements propres aux tempéraments nerveux. La crise passée, il se remettait vite et en un clin d'œil reprenait, tranquille comme auparavant, le tableau laissé sur le chevalet.

Une troisième commande pour « Anvers », un Paysage avec Mercure et Battus (L. V., 159), appartenant aujourd'hui au duc de Devonshire, à Chatsworth, fut terminé le 26 mai 1 663 . Cet ouvrage a souffert comme presque tous ceux de Claude : les glacis du fond ont été enlevés par un nettoyage trop rigoureux, mais il reste toujours au tableau quelque chose de son charme primitif, qui fait dire au premier abord : « Voilà un vrai Claude. » Les détails du premier plan et même ceux du second sont enveloppés par les ombres du temps ; mais la lumière, d'un ton fin et argenté, marque encore les suaves contours

1. Il ne saurait être question ici de Claude Bellin, l'orfèvre de Louis XIV, ni de son fils, car tous deux étaient nés à Paris.

de la charmante composition, et nous fait rêver à tout ce que nous ne voyons plus.

Après Mercure et Battus (i 663), l'artiste reprend le sujet de Tobie et l'Ange (L. V., 160), également destiné à un amateur d'Anvers, c'est-à-dire, d'après les notes de Claude, à un « M. Dalmahaye ». L'esquisse originale se trouve au Musée Britannique ' ; mais le tableau, après avoir passé par Cassel, est allé échouer définitivement dans la galerie de l'Ermitage.

L'année suivante, en 1664, Claude termina un second tableau pour le connétable Colonna, — le charmant paysage avec la figure de Psyché (L. V., 162), qui devint la propriété, vers la fin du siècle dernier, d'un Anglais, M. Chauncey, et fut gravé par Woollett en 1782, sous le nom de Château enchanté. (11 se trouve aujourd'hui chez lord Overstone.) Claude était en veine et Monseigneur de Bourlemont, qui arriva à Rome au mois d'octobre, pour se faire confirmer dans son archevêché de Toulouse2, conquit le grand et très beau paysage : Moïse devant le buisson ardent (L. V., 161). La collection du duc de Devonshire, à Chatsworth, renferme les deux esquisses de ce tableau3; toutes deux offrent des différences assez sensibles avec le dessin du Livre, surtout dans la position de la figure de Moïse, qui se trouve à chaque remaniement de plus en plus rapproché du buisson ardent, jusqu'à ce qu'il soit tout à fait à genoux devant lui ; le futur législateur semble écouter avec recueillement la voix céleste, tout comme dans le tableau appartenant à lord Ellesmere.

Vers cette époque Claude confia au graveur Dominique Barrière la reproduction de la marine peinte pour le duc de Liancourt. J'ai toujours pensé que Barrière n'avait pas les tableaux devant lui quand il en représentait les motifs, mais que Claude lui prêtait à cette fin les dessins formant son Livre de Vérité. On aperçoit, en effet, des mots presque illisibles écrits à travers le ciel dans l'esquisse de la marine de M. de Liancourt; ce n'est qu'à grand'peine qu'on parvient à en

1. Voir Appendice : Dessins du Musée Britannique, n° Ff. 2 — 161.

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