Voir, sur la villa de Claude à Munich : Appendice F
qui seraient fort curieux, s'ils n'étaient absolument faux. En arrivant à Rome, Claude fut d'abord employé, dit M. Payne, chez un Flamand qui donna un grand dîner à ses confrères. A la fin du repas, où les pâtés du cuisinier attirèrent l'attention des convives , Augustin Tassi, qui était comme on sait un bon vivant de premier ordre, fit à Claude de belles propositions et le décida à quitter le service de son maître. « Ainsi, continue M. Payne, à trente-six ans Claude grilla des côtelettes, et dix ans plus tard, il fut l'ami intime du puissant cardinal Bentivoglio. » Mais le puissant cardinal était mort longtemps avant l'époque assignée par M. Payne à son intimité avec Claude, et il faut croire que les autres détails de cette petite histoire sont tous également puisés dans l'imagination de son auteur.
En France, au contraire, presque tous ceux qui se sont occupés dans les derniers temps de la biographie de Claude ont opté pour le château et supprimé la pratique de la pâtisserie comme incompatible avec les aspirations d'un grand artiste. « Il n'est donc pas vrai, « selon « Baldinucci » , dit Charles Blanc , « que Claude ait été placé en apprentissage chez un pâtissier, comme l'ont répété tant de biographes qui ont négligé de recourir à la source, et il n'est pas exact qu'il ait montré dans les premières années de sa jeunesse cette ineptie dont on s'est plu à faire le contraste de sa grandeur1. »
Mais pourquoi faut-il traiter Baldinucci de « source » et rejeter comme indigne de foi le témoignage de Joachim de Sandrart ? Baldinucci qui écrivait en 1684 ne paraît pas avoir connu intimement le vieux peintre. Il dit seulement que Claude lui avait fait voir son Livre de Vérité lors de son séjour à Rome; il connaissait aussi sa famille, ou du moins un des neveux, ce Joseph Gellée, étudiant en théologie, qui lui fournit un résumé de ce qu'il appelait « les qualités capitales » du talent de son oncle.
Baldinucci était donc surtout en relations avec les neveux, tandis que Sandrart était intimement lié avec l'oncle ; Joseph Gellée ne fournissait que des renseignements de seconde main à Baldinucci, mais c'est Claude lui-même qui racontait ses aventures à Sandrart ; ils