‹ Claude Lorrain, sa vie et ses uvresChapitre 69 sur 176 · S CLAUDE LORRAIN · texte numérisé non relu

S CLAUDE LORRAIN

de travailler de Claude, n'ait dû son existence qu'à une sorte d'accident fortuit? Le marquis de Laborde a déjà exprimé des doutes là-dessus et, à mon avis, il n'a pas eu tort.

Ce fut en i85i-i852 que M. de Laborde visita Chatsworth et releva, avec autant de soin que le permettait le temps limité dont il disposait, les inscriptions tracées au revers des dessins du Livre de Vérité. Il publia ses notes dans les Archives de l'art français (tome Ier, pages 435, 436), et c'est avec son travail en main que j'ai, à mon tour, examiné le fameux recueil. Je croyais, de prime abord, qu'il n'y avait pas lieu, ainsi que l'avait affirmé M. Georges Duplessis, « de revenir sur ce travail ». Aussi fus- je à la fois surprise et ravie de voir qu'il restait encore beaucoup à glaner après mon prédécesseur. Je quittai le château, après y avoir travaillé plusieurs jours, avec les meilleurs souvenirs de l'obligeance extrême du bibliothécaire Sir James Lacaita; grâce à lui, j'ai pu examiner le Livre de Vérité dans le plus grand détail et emporter avec moi de nombreuses notes, — dates nouvelles et noms nouveaux, — à ajouter à celles qu'avait déjà prises M. de Laborde.

Ce n'est pas sans une vive émotion que j'ai touché ce recueil célèbre, dont l'histoire est presque un roman. Légué d'abord à la fille adoptive du peintre, à son Agnès bien-aimée, le Livre de Vérité passa ensuite aux héritiers légitimes de Claude, mais il leur était interdit de s'en défaire, et ils se virent obligés de refuser les offres magnifiques que leur fit le grand roi par l'entremise du cardinal d'Estrées. Ce fut à Rome, chez la nièce du peintre, que d'Argenville nous dit avoir vu le Livre pour la première fois; après la mort de cette dame on put enfin vendre le legs sacré, et l'historien des arts le retrouva à Paris chez un joaillier; de Paris, le volume passa en Hollande, où il fut acheté par le duc de Devonshire1. Avec l'entrée du Livre de Vérité dans la bibliothèque de Chatsworth, on croit voir arriver la fin de son odyssée. Point. Dans ces derniers jours encore un souverain est venu renouveler, mais sans succès, auprès du seigneur de Chatsworth, les instances jadis faites par Louis XIV auprès

i. Abrégé de la vie des plus fameux peintres, tome IV, pages 5g et ôo.

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