‹ Claude Lorrain, sa vie et ses uvresChapitre 72 sur 176 · CHAPITRE VI i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI i

papier blanc aussi bien que sur du papier bleu. Peut-être l'emploi de l'un ou de l'autre n'est-il qu'une question de date; il semble en effet que le peintre ait fait usage du papier blanc bien plus souvent au commencement de ses études, tandis que, au contraire, quand il s'agit de ses dessins d'après nature, nous verrons que ceux qui sont faits sur papier gris ou bleu appartiennent presque tous à une époque avancée de sa carrière.

Dans les inscriptions tracées sur le revers de presque tous les dessins du Livre de Vérité on peut facilement distinguer l'écriture de trois personnes différentes. Quelquefois, il y a aussi sur le recto des dessins des dates et des mots ayant trait au sujet, mais ces notes, sauf une seule exception, sont toujours de la main du peintre. Un griffonnage dans lequel on ne peut déchiffrer que le mot « incidare », et qui se trouve sur le ciel de deux des sujets gravés à Teau-forte par Dominique Barrière, doit être de lui, mais toutes les autres inscriptions, — telles que Sepurtur Santa Sabina, qu'on devine plus qu'on ne la lit, au premier plan de l'un des tableaux peints pour le roi d'Espagne, — sont de la main même de Claude ; son écriture est bien facile à distinguer de toutes les autres ! Essayez d'en lire seulement quelques lignes et vous ne l'oublierez pas de votre vie! De temps en temps, il ne met que quelques lettres hiéroglyphiques au lieu d'un mot : « pour monsieur p. n. z. » (L. V., il 5); « pour Anvers p. mbcz », ce qui ne rend pas notre tâche plus facile. On peut juger du reste par soi-même, d'après les fac-similés donnés dans le texte, des difficultés qu'une telle écriture doit présenter, surtout compliquée comme elle l'est par la fantaisie exceptionnelle de l'orthographe de Claude.

A côté de l'écriture du maître, s'en trouve une autre que je crois être celle de l'un de ses neveux; c'est une écriture qui n'est pas sans un certain air de parenté avec la sienne, mais qui se distingue par sa correction et sa régularité, et qui semble trahir une personne se croyant en droit de corriger ou d'amplifier à sa guise les notes du peintre. On reconnaît cette main dans le « Claudio fecit in V. R. », très nettement écrit sur plusieurs douzaines des dessins, en commençant par le n° 19. Elle paraît aussi dans l'inscription : « quadro fait pour monsieur

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Fontenay », et clans plusieurs notes analogues tracées sur d'autres études. J'ai aussi rencontré la même écriture sur un dessin du palais Albani, à l'Albertina de Vienne, toujours un peu serrée, bien égale et dominée par des initiales élancées. En somme, cette écriture présente des particularités qui la distinguent également de celle de Claude luimême et de celle d'une troisième personne qui parait dans les noms français de « Lebrun » et de « Robert Gayer », dans la première partie de l'inscription et de la date (1648) écrite sur le n° 116, et, à ce que je crois, dans la seconde des deux séries de numéros qui figurent sur le revers de tous les dessins. Cette troisième écriture est très large et très fine, elle ressemble à une écriture française du siècle dernier et pourrait être celle du bijoutier chez qui d'Argenville nous dit avoir vu le Livre de Vérité avant qu'il ait été vendu au duc de Devonshire.

Des deux séries de numéros, la seconde n'est certainement pas du temps de Claude : jusqu'au n° 5o, on la voit suivre exactement l'ordre de la première; puis on dirait que le dessin 60 a été perdu, car l'ancien n° 61 devient le n° 60 et cette substitution d'un numéro à celui qui l'avait précédé continue régulièrement jusqu'à la fin du volume. Peut-être le Livre a-t-il été relié par les soins du bijoutier pendant son séjour à Paris, et le déplacement du n° 60 a-t-il occasionné cette modification.

Si nous examinons le Livre dans son état actuel, nous découvrons que plusieurs cahiers ont été cousus ensemble pour former un volume. Sur le feuillet i85 on lit : « J'ay fini ce présent livre ce jourdhuy 25 du mois de... 1675 à Roma »; mais cinq ans plus tard, sur le revers d'un dessin fait en 1677, Claude écrit : « Ce présent livre aupartien a moy que je fait durant ma vie Claudio Gillée dit le Lorane a Roma ce 23 -avril 1680 ». D'après la seconde de ces deux inscriptions, il est clair que c'est le peintre lui-même qui a réuni toute la collection vers la fin de sa vie, et il est évident aussi que, s'il essaya de placer les divers fascicules dont elle se compose selon leur ordre chronologique, on n'a pas trop respecté son arrangement. La reliure, comme l'a déjà remarqué le marquis de Laborde, quoique ancienne, n'est certainement

ETUDE D APRES NATURE, lavée d'encre de Chine et de sépia. (British Muséum. \

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