CHAPITRE VI i3g
pas contemporaine du volume. Les feuillets ont été dérangés. Quand un dessin ne porte pas de date, on ne peut pas déterminer l'époque de son exécution ni tirer aucune induction de l'endroit où il a trouvé place dans le Livre de Vérité. Les dates, du reste, ne sont pas nombreuses ; sur les deux cents dessins, plus de la moitié est restée sans mention aucune. Les notes qui les accompagnent ne donnent presque toujours que les noms des amateurs pour qui Claude a exécuté les tableaux correspondants ' ; considérées en elles-mêmes, ces notes autoriseraient à croire que les dessins n'ont été faits que dans le but de former un registre de l'œuvre du peintre.
Si Ton veut arriver à connaître la vérité entière, je crois cependant qu'il faut rapprocher les dessins du Livre de Vérité, non seulement des tableaux de Claude, mais aussi des études d'après nature qu'il produisit en si grand nombre dans sa jeunesse et vers le milieu de sa carrière. Nous verrons alors que les dessins placés dans le Livre présentent presque toujours des variantes, quelquefois légères, mais parfois aussi assez considérables pour nous avertir qu'il ne faut pas les regarder comme de simples croquis d'après des tableaux originaux. Ils doivent être plutôt des adaptations de ses études d'après nature, développées dans le sens de ce qu'il appelait lui-même sa « pensée ». Ainsi, nous trouvons chez M. Seymour Haden, à Londres, une étude pour le célèbre tableau du Moulin qui, selon l'inscription du revers, avait été envoyé par Claude à M. Passart, de Paris, un Français probablement identique au maître des comptes qui fit, nous dit Félibien, de si nombreuses commandes au Poussin2. C'est un dessin à la plume et au bistre qui n'a très certainement pas été exécuté d'après nature, mais qui offre une parfaite ressemblance avec ceux du Livre; Claude le décrit lui-même comme le « dessine et pancé du taubleau du prince Panfille », phrase qui, à ce qu'il me semble, indique assez clairement qu'il faut y voir le projet du tableau et non pas un dessin fait après coup pour en enregistrer la propriété.
i. Baldinucci dit que les prix des tableaux s'y trouvaient consignés avec les noms des acheteurs, mais il se trompe.