‹ Claude Lorrain, sa vie et ses uvresChapitre 83 sur 176 · IÔ2 CLAUDE LORRAIN · texte numérisé non relu

IÔ2 CLAUDE LORRAIN

geoise (R.-D., 24), où Claude a reproduit un tableau aujourd'hui conservé dans la collection du duc de Westminster, est peut-être la pièce la plus curieuse de son œuvre gravé. M. Seymour Haden m'a fait remarquer que le peintre a essayé de mêler l'eau-forte avec la gravure à la manière noire. Ne dirait-on pas qu'il a pressenti ce mélange de l'eau-forte avec l'aquatinte inventé, deux cents ans plus tard, par Goya? Pour son coup d'essai, le graveur lorrain paraît avoir remplacé le berceau ■ — instrument avec lequel les graveurs obtiennent une surface uniformément dépolie — par la pierre ponce, dont il s'est servi dans le même but, employant le râcloir sur les aspérités ainsi produites, pour en user plus ou moins les saillies, ainsi que l'on procède dans la gravure à la manière noire, pour obtenir des lumières plus ou moins vives. Mais Claude ne persista pas clans son essai; il trouva, semble-t-il, que les épreuves tirées de la planche ainsi préparée ne donnaient pas de résultats satisfaisants; aussi renonça-t-il à ses premières intentions et essaya-t-il en repolissant le cuivre de réduire sa gravure à l'état d'eau-forte. Les épreuves de son second état montrent en effet une sorte de crevasse, formant tache au milieu du fond; ces épreuves, ajoutons-le, sont presque aussi rares que celles du premier tirage, dont on ne connaît que très peu d'exemplaires. Toutes les eaux-fortes de Claude sont, en effet, de la dernière rareté : en réunir une collection complète doit être un rêve irréalisable, même pour les amateurs les plus riches et les plus zélés. Cependant, grâce aux superbes reproductions publiées par M. Amand-Durand ', tout le monde peut aujourd'hui juger par soi-même des pièces les plus rares. Une épreuve du premier état de la Danse villageoise, qui fait partie de la collection de M. Dutuit, a été reproduite dans ce beau recueil, et l'on y voit, tout aussi bien que dans les pièces tirées de la planche originale, le grain minuscule qui provient de l'emploi de la pierre ponce, et qui perce à travers les fermes tailles de la pointe, à travers les coups du brunissoir et les fines barbes de la pointe sèche.

La préface placée par M. Georges Duplessis en tête des repro-

1. Eaux-fortes de Claude le Lorrain, reproduites et publiées par Amand-Durand. Texte par Georges Duplessis. Taris.

Page 1