‹ Claude Lorrain, sa vie et ses uvresChapitre 86 sur 176 · CHAPITRE VII i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII i

Il serait à souhaiter que Ton essayât un classement des eaux-fortes de Claude, en tenant plus de compte de Tordre chronologique que ne Ta fait M. Robert-Dumesnil, dans son catalogue accepté aujourd'hui par tout le monde. En effet, dans le Peintre-Graveur français, on voit des pièces datant de 1634 et de i633 précéder la Tempête (R.-D., 5), qui porte la date de i63o; le Chevrier, qui est daté de 1 663, est suivi d'autres estampes gravées en 1654 et 1 656. Ce n'est qu'au prix d'un certain effort que l'on parvient à rétablir l'ordre chronologique, si singulièrement troublé, et à apprécier le développement progressif du talent de l'artiste en tant que graveur.

Les débuts de Claude comme aquafortiste doivent remonter à 1628 ou environ, quelque temps après son retour à Rome et un peu avant l'exécution de la Tempête — la première eau-forte portant une date. Pendant son séjour à Nancy, ainsi que je l'ai déjà dit, Claude a dû voir Jacques Callot, qui était lié avec Claude Deruet, sous les ordres duquel notre peintre travailla dans l'église des Carmes. Or, c'est précisément au même moment, en 1626 ', que Callot grava ses planches du Siège de Bréda. Selon toute probabilité, la vue de ce travail gigantesque aura inspiré à Claude le désir de manier à son tour la pointe et ce désir a dû se renouveler, après son retour en Italie, par sa liaison avec Joachim de Sandrart. Ce fut en effet la brillante réputation de Sandrart comme graveur qui fixa sur lui l'attention du marquis Giustiniani, lequel au dire de Florent le Comte-, « l'attira chez lui à Rome, par ses manières honnêtes, et lui confia la pleine direction pour faire graver les statues de sa gallerie ». Le Vatican, le musée de Berlin et la Galerie Torlonia ont hérité des tableaux et des statues de Vincenzo Giustiniani, mais le travail de Sandrart reste comme le plus beau témoignage de la magnificence de ses goûts. Si l'envie de manier la pointe avait pu être éveillée chez Claude par les succès éclatants du « divin Callot3 », nul doute que la fréquentation de Sandrart, l'élève du

1. Meaume, Recherches sur Jacques Callot, tome Ie'', page 43. Paris, 1860.

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