Sic, pour « pistori
sième fois, en célébrant son extrême ardeur au travail et l'acharnement qu'il mettait à tout observer, à tout noter sur-le-champ — même le moindre changement de température. « En tout », disait Sandrart, « il fut élève de la nature, ne connaissant pas les règles de l'art, se fiant à son propre sentiment pour le choix des sites et des sujets de ses tableaux. Du reste, il était excessivement ignorant et ce n'était qu'avec la plus grande peine qu'il parvenait même à signer son nom. »
Sandrart pouvait-il parler de la sorte, et pendant la vie même de celui dont il écrivait la biographie, sans être absolument sûr de son fait ? Je n'hésite pas à me prononcer pour la négative et mon opinion est confirmée par le testament de i663, ce témoin irrécusable. Claude possédait plusieurs patentes de « lieux de mont1 », mais dans chacune, son nom de famille avait été écrit si diversement qu'il fut forcé de faire une déclaration spéciale à cet égard : « Ici, c'est Gillet, là c'est Gillier, plus loin Gillée, et puis encore Gillier. » Le peintre rétablit donc son nom, invoque l'usage suivi par ses frères, « qui », dit-il, « l'ont toujours écrit Gellée », et avoue que « le tout est de sa faute ».
Pour ceux qui ont vu et étudié eux-mêmes les signatures ou les notes que Claude mettait assez souvent au bas ou au revers de ses dessins; pour ceux qui connaissent cette grosse écriture dont les lettres sont tracées une à une, irrégulières et sans aucun lien commun; pour ceux qui ont essayé de déchiffrer des phrases où des mots moitié français moitié italiens sont mélangés et même fondus ensemble avec une parfaite insouciance, il est impossible de ne pas donner raison à Sandrart. Le grand paysagiste français, celui qui a été le premier à mettre le soleil dans le ciel de l'art, le père de l'école moderne était en « toutes choses fort ignorant », mais, si les connaissances humaines lui faisaient défaut, il savait par cœur les secrets de Dieu. Les leçons qu'il recevait des hommes ne lui profitaient guère, mais les leçons qui lui venaient de la nature, il se les assimilait avec une rare souplesse;
i. C'était un genre de placement assez commode et fort en vogue depuis la tin du xvi* siècle. « Lieux de mont », dit Duclos dans ses Considérations sur l'Italie, « sorte d'établissement de crédit fondé parle pape Sixte V. Sixte V créa les lieux de mont, qui répondent à nos rentes sur la ville; ils étaient d'abord à cinq pour cent, mais le coup décisif de Sixte V fut qu'au lieu de payer les intérêts en espèces, on ne les paya qu'en papier qui avait et qui continua d'avoir cours comme monnaie, que l'État reçoit et donne en payement. »