‹ Claude Lorrain, sa vie et ses uvresChapitre 90 sur 176 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

est de la plus grande beauté. Le paysage y est vraiment grandiose, avec ses contrastes savamment ménagés entre les sombres profondeurs de la forêt et le panorama illimité qui s'étend à gauche, comme une nappe claire, sous le soleil; tandis que les montagnes, aux lignes larges et ondoyantes, forment un contraste saisissant avec la clairière animée par les jeux de lumière les plus ravissants. L'ensemble est d'une gravité, d'une sobriété et d'une simplicité faites pour produire l'impression la plus élevée, mais il manque à la Scène de brigands l'attrait indéfinissable de la poésie. L'exquise sérénité du jour et des lieux y forme un contraste trop violent avec le drame auquel ce paysage enchanteur sert de cadre. Ce drame est d'une prose brutale; cette image de viol et de meurtre nous révolte trop pour nous émouvoir beaucoup. Si l'artiste tenait à un sujet dramatique, que n'en a-t-il choisi un qui fût plus en rapport avec la noblesse et la sérénité du paysage !

Le Campo Vaccino (R.-D., 33; L. V., 10), traduit en peinture dans le tableau exécuté pour M. de Béthune, n'offrait certes pas grande prise au sentiment, mais ce sujet obligea le maître à déployer les connaissances en perspective puisées dans l'atelier de Goffredi. Les petits groupes disséminés sur cette place gigantesque abondent en souvenirs de Callot; ils nous rappellent le retour à Nancy, et les expériences décourageantes faites auprès de Claude Deruet. L'esquisse du Livre de Vérité et le dessin qui fait partie de la collection du Musée Britannique sont tous deux privés de date, mais on sait qu'ils ont dû être exécutés à un moment peu éloigné du retour en Lorraine ' ; ajoutons que les traits essentiels du dessin ont été conservés clans l'eau-forte. Les différentes parties de la gravure nous montrent une pointe maniée avec autant de fermeté que de souplesse : l'animation des groupes, la délicatesse du feuillage qui voile les restes imposants des palais de l'ancienne Rome, la légèreté des nuages qui traversent son ciel bleu, tout est rendu avec un égal bonheur. Si cette estampe offre moins d'attrait que celles où l'impression joue un rôle plus grand, il faut y reconnaître, d'un bout à l'autre, une finesse de combinaison

Page 1