PEINTURE «GRISE». ANNÉES SOMRRES
On peut, pour simplifier, et avant d'entrer dans le détail des déplacements de Monet entre Paris et le Havre, appeler d'une manière générale la période de Fontainebleau, celle qui s'étend de 1862 à 1870. C'est à cette époque que Monet, Renoir, Sisley et Bazille mènent en forêt cette vie fraternelle que nous avons décrite et se stimulent réciproquement dans la recherche de nouvelles ressources picturales.
Cette recherche, il faut ici le redire, part de l'exemple même de Corot et des recherches que précisément les connaisseurs d'alors blâmaient dans le peintre poëte : l'observation des effets les plus délicats, la sincère notation en présence directe de la nature, de tout ce qu'elle prodigue de féeries. Seulement Corot — et nous verrons plus tard que cela devait être entre le révélateur et son admirateur inconnu, Monet, une cause de graves malentendus, — Corot ne voulait pas se borner à ce rôle principalement réceptif. Il lui fut donné non seulement de noter des spectacles poétiques, mais encore d'en recréer par la composition, alors que de plus en plus Claude Monet va se prouver lyrique dans le positivisme seul. Mais cela demande à être expliqué et cette marche illustrée par des exemples.
Un spécimen vraiment magistral de ce point de départ dans le sens strictement pictural de Corot est le Pavé de Chailly, vue d'une grandiose avenue en forêt qui fit partie de la collection Henri Rouart. Rien dans la couleur n'indique encore un acheminement vers les tonalités si vives qui devaient plus tard sembler si révolutionnaires, et qui, en effet, devaient tout au moins « révolutionner » les ateliers. Les tons généraux sont ceux que la plupart des yeux sont habitués à croire ceux de la nature : les arbres verts, leurs ombres noires, leurs troncs bruns, la terre d'un gris jaunâtre, — et non ces reflets multiples, différant selon la façon dont les frappe la lumière, ces ombres tour à tour chaudes ou froides, suivant les saisons et les heures et par conséquent
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