‹ Claude MonetChapitre 28 sur 30 · MINUTE DE RECUEILLEMENT · texte numérisé non relu

MINUTE DE RECUEILLEMENT

Après toutes les réflexions générales que nous ont suggérées chacune des phases de cette admirable carrière, aurons-nous besoin de résumer, dans des conclusions en règle, la portée de l'œuvre, l'enseignement du caractère et de la vie ? A quoi bon ? Les faits et les travaux parlent d'eux-mêmes. La vie de Monet, claire d'un bout à l'autre, est une leçon d'énergie, d'indépendance, de hautaine probité. L'on ne peut pas dire qu'il refuse de faire des concessions aux préjugés, aux ambitions, aux goûts moyens de son temps, car il n'y songe même pas. C'est tout naturellement, et parce qu'il est payé par des satisfactions plus certaines et plus hautes, qu'il refuse, sans affectation, les honneurs, généralement recherchés, qui viennent parfois à sa porte, plutôt en solliciteurs qu'en protecteurs, comme il est d'usage. Comment se tourmenterait-il pour des sanctions aussi vaines, quand elles ont attendu, pour se proposer, que le succès de son effort les ait dépassées? Cet effort, ainsi que les doutes âpres et féconds qu'il entraîne, constitue avec les deuils inévitables ressentis si vivement par tout homme de cœur, la rançon de ce succès considérable, universel. Quant aux récompenses, c'est la réussite même des œuvres qui nous les révèle. Tels tableaux puissants et délicats, où l'air circule et colore, où l'eau et le ciel forment une si pénétrante harmonie, où la végétation luxuriante évoque les promesses, les caresses ou les bienfaits de la terre, nous font, comme si nous nous trouvions à ses côtés, assister et participer aux bonheurs qu'il eut d'entendre et de traduire l'immense poëme naturel.

Et c'est en cela que l'œuvre de Claude Monet, comme celle de Corot, qu'il continua en s'écartant profondément de lui, l'égale aux grands maîtres français et dépasse l'apport d'un ordinaire paysagiste. Certes, il est beau, il demeurera toujours beau, de peindre d'imagination les actes des héros et des dieux, et même la simple vie humaine, dans ses douleurs, dans ses joies, et jusque dans la monotonie de son cours. Ce n'est pas nous, qui, dans notre admiration pour Monet, renierons les

croyances, les conceptions, les fictions, les caprices même qui ont inspiré les maîtres que nous vénérons, et qui inspireront toujours ceux qui doivent un jour leur succéder. Mais il n'est pas nécessaire, et l'œuvre de Monet le prouve, que les dieux, les héros et les hommes, soient présents dans une image, pour que cette image prenne rang à côté de celles qui les figurent. Il suffit qu'elle éveille des sentiments humains, héroïques ou divins. Tout l'eff^ort de l'humanité peut être évoqué dans une représentation de la mer qu'une voile sillonne et brave, ou d'un champ qui porte, amassé en la massive architecture de la meule, le grain qui atteste et répare le labeur. Un sentiment divin peut être éveillé en nous par un nuage qui se reflète sur l'eau, et la parole liturgique : « Cœli enarrant gloriam dei » pourrait être la devise du peintre qui ressent avec vivacité, avec profondeur, et qui jette sur sa toile, avec toute la science que lui a donnée sa joie, et toute la joie que lui a donnée sa science, comme un chant, les plus vivantes richesses de sa palette.

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