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PREMIÈRES ORIENTATIONS

Si Monet ne prit point de part au Salon des Refusés en 1863, cette manifestation qui, loin de faire périr sous les huées certains artistes originaux, leur donna la mesure de leurs forces résistantes (1), était de nature à l'encourager à l'indépendance.

De même, pour avoir rompu avec l'enseignement routinier, non pas dans le dessein de faire un éclat, mais parce que cet enseignement répugnait nettement à leurs fraîches aspirations, contredisait leurs sensations non oblitérées par une discipline d'atelier, notre transfuge et ses compagnons ne devaient guère tarder à choisir leurs vrais maîtres et modèles. Maîtres que l'on n'a pas besoin d'approcher, à qui l'on oserait à peine parler, modèles dont on s'inspire en admirant leur esprit sans copier leur manière. / ..

Corot, encore incompris et combattu en 1863, avait depuis longtemps ému ces jeunes artistes par la simplicité et l'harmonie. Boudin, dans sa mesure, n'était pas sans conserver une persuasion d'exemple. Enfin, un événement capital, ou du moins qui s'affirme plus décisif à distance qu'il n'apparaissait aux contemporains, se produisait en cette même année. Manet exposait quelques peintures à la galerie Martinet, et la franchise, la force, la distinction magistrale qui émanaient de ces œuvres, tranchant sur les joliesses conventionnelles, les froideurs prétendues classiques, les romantismes attardés et affaiblis, produisaient sur Claude Monet et ses camarades une impression décisive. C'était pour eux sinon la révélation, du moins la confirmation de ce qu'ils espéraient pouvoir faire de puissant et de neuf avec une vision directe et une interprétation sincère comme l'avaient été celles des grands devanciers, et sans prétendre eux-mêmes à rien changer ni bouleverser.

Edouard Manet, avec la plus parfaite bonne foi, pensait continuer les maîtres qu'il avait admirés en Espagne et au Louvre, et ne songeait nullement au puéril amusement de partir en guerre contre les soi-disant maîtres qui trônaient aux Salons. Monet ne se proposait pas davantage de courir coûte que coûte à une originalité arti-

(1 1 De ce nombre étaient de purs classiques, tels que Fantin-Latour et Legros.

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ficiellement combinée. Il voulait, comme tout artiste sincère, marquer sa place par son effort, dire de bonne foi ce qu'il voyait, et comme il le sentait, par les moyens les plus justes et les plus appropriés. Il n'était pas, comme on le jugea dès qu'il attira l'attention par cette simplicité et cette justesse elles-mêmes tranchant sur l'accumulation du factice, un insurgé.

Nous en voyons la preuve dès les premières œuvres de lui que nous connaissons et particulièrement celles qu'il destine aux Salons, et que le jury accepte ou refuse, mais qui ne sont faites ni pour forcer la médaille suivant les formules propitiatoires, ni pour braver les préjugés du jury.

A partir de ce moment et jusqu'au bout de sa carrière l'œuvre de Claude Monet aura été d'une merveilleuse unité. Ce qu'il annonçait, il l'a tenu; ce qu'il cherchait, il l'a réalisé dès l'abord et il l'a enrichi et perfectionné avec une suite et une logique qui ne se sont pas démenties un seul instant.

Les ouvrages de sa première manière contiennent, quant à la netteté et à la force de la plantation, les mêmes vertus de construction, la même façon de voir simple et grand, que ceux qui, avec un dessin aussi fermement établi, mais plus souple et plus insaisissable, passeront peu à peu aux recherches les plus aiguës, aux analyses de couleur les plus subtiles.

Ce dessin, très accusé, mais nullement sec ni surchargé d'indications inutiles, est ce qu'on pourrait appeler le dessin essentiel. Il allie la franchise, la rapidité et la sûreté, au début. Ensuite il se libère et s'élargit. Mais il demeure à la fois cursif et solide. Puis encore, dans la maturité, il s'incorpore pour ainsi dire à la lumière, et dans la dernière partie de l'œuvre, il se fait sentir, comme nous le verrons, même dans des effets de pure atmosphère et d'eau, qui, bien que ne commençant ni ne finissant proprement nulle part, procurent pourtant à nos yeux et à notre esprit une notion d'équilibre aussi sûre, aussi rythmée, qu'une architecture.

Mais sans anticiper sur cette progression, que nous devions toutefois indiquer pour montrer dès le principe, que loin d'être, comme le public allait bientôt le croire, un démolisseur, un improvisateur hasardeux, renversant à plaisir les colonnes du temple, nous avons affaire au contraire à un constructeur réfléchi dans la conception, s'il est parfois impétueux dans l'exécution; à un homme qui a méprisé les recettes et qui s'est appuyé, non sur l'expérience des autres, mais sur la sienne propre. Ce tout jeune homme de vingt-deux ans a devant la nature toute la foi d'un lyrique et tout le sangfroid d'un positiviste. Il est positiviste par la perception directe, et lyrique par la joie de la notation.

Aussi, pour toutes ces raisons, nous est-il impossible de considérer Claude Monet autrement que comme un parfait classique.

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