JEUNE FILLE A L OMBRELLE
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Cet espoir n'aura pas été trompé. .On peut prévoir que la gloire viendra à ces œuvres fortes et charmantes. Sisley a été le poète délicieux des bords des rivières, et de ces petites villes qui épanouissent leur beauté fraîche et tranquille sur les bords de la Seine et du Loing, Saint-Mammès où il habita longlemjjs, Morel, où il est mort. D'une belle journée de promenade passéf avec lui, j'ai gardé les récits, qu'il faisait avec tant de perspicacité ri, d'esprit, de la vie des riverains, des bateliers, et de ceux qui passent, sur leurs lourds bateaux, en nomades et en bohèmes de l'eau. J'ai gardé aussi le vif souvenir de son sentiment de nature, de la manière fine et éloquente dont il célébrait les décors si bien évoqués par ses toiles, non seulement Afore< et Saint-Mammès, mais les merveilleuses toiles de Marly, de la Seine débordée, des Régales
d'Argenteuil (au ^^>^^^^^^S^^-/'i!^M'^^t"'-
Son renom d artiste st î ' * . .; peint, d'une
manière franclie et jolie, forte ci (S^i)^Ue, reiiveloppet»e«l lumineux des choses, les feuillages des rives et des Iles, le^ clialainis amarrés à l'ombre, les maisons dressées au-dessus des berges. Il a été un peintre admirable des eieis, il a su expriinei- la profondeur de l'étlier et faire \<sguer les escadres de nuages hm large de cet infini. II est venu à son tour, avec l'amour de la nature radieuse, dire le charme, la douceur de tant de paysages d'un jour. Un hommage unanime ira vers cette vie probe, fière, désintéressée. L'œuvre restera dans l'histoire de l'art de notre temps.
Vente de la collection Desfossés et de la collection Chocquet
La vente de la collection Desfossés, où il y avait des tableaux de haute importance comme V Atelier de Courbet, la Toilette de Corot, eut lieu en l'hôtel Desfossés, le 26 avril 1899.
Quatre tableaux de Claude Monet y figuraient : La Rivière (1885) ; les Déchargeurs de charbon; la Seine ù Asnières; l'Eglise de Vernon. Le préfacier, Georges Lafenestre, après les éloges tout naturellement acquis à Corot, Delacroix, Courbet, Daumier, indiquait discrètement quelques réserves à propos des peintres nouveaux. Toutefois, il décrivait exactement les toiles de Monet. Il admirait, dans la Seine à Asnières, « les lourdes péniches, pressées le long d'un quai couvert de maisons bariolées », et admirait comment l'intensité et le mouvement des couleurs étaient rendus avec un éclat extraordinaire. Sa description des Déchargeurs de charbon était particulièrement heureuse : « Les silhouettes^ montantes et descendantes, des portefaix marchant sur les longues et minces planches jetées entre les quais et les chalands, prennent un aspect démoniaque et fantastique sur le fond triste du paysage traversé par une arche de fer comme par un pont infernal. »
Parmi les premiers admirateurs des peintres impressionnistes, il y eut M. Chocquet, celui que les artistes devenus ses amis appelaient familièrement le père Chocquet. Il était employé au ministère des Finances, habitait rue de Rivoli, au dernier étage d'une maison d'où il pouvait contempler le jardin des Tuileries. Là, il réunissait toutes ces belles et jolies choses que l'on vit à la vente qui suivit la mort de sa veuve, en juillet 1899 : meubles anciens,
tableaux et dessins, tous d'un goût raffiné. Théodore Duret, qui l'a bien connu aussi, et qui a écrit la préface du catalogue de la vente, le montre, vers 1878, comme un homme maigre et élancé, avec un front découvert, auréolé de cheveux blancs, tel que l'a peint Renoir dans ce charmant portrait aux yeux noirs, à la bouche sinueuse et serrée. Il était, dit aussi Duret, d'une politesse parfaite et d'une grande modestie.
Tout d'abord, il avait voué son admiration et ses économies à Delacroix. Il possédait de lui des toiles : L'Annonciation, Le roi Jean à la bataille de Poitiers, Le naufrage, l'esquisse de la Bataille de Taillebourg, une recherche pour Médée, un portrait présumé de M™'' Villot, la Neige, l'esquisse d'Ovide en exil chez les Scythes, Jésus et le paralytique, les esquisses d'Hercule enchaînant Nérée ei d'Hercule délivrant Hésione, la Vierge des Moissons, esquisse datée de 1819, pour l'église d'Orcemont; l'esquisse de la Muse inspirant Hésiode, une Sainte Famille, un f^aust, un Chemin de forêt, une Ville arabe, V Enfant à la pomme; des études de chevaux; et plus de soixante aquarelles, pastels, lavis, dessins, représentant des études d'animaux, de fleurs, de paysages marins et terrestres, des vues d'Algérie, des personnages costumés.
C'est ce collectionneur d'œuvres de Delacroix, et aussi de Corot, Dehodencq, Courbet, Daumier, Tassaërt, qui devint l'un des partisans les plus convaincus, l'un des défenseurs les plus éloquents, par la parole et par l'action, du groupe des peintres impressionnistes. Il recueillit des œuvres de Manet, Claude Monet, Berthe Morisot, Renoir, Pissarro, Sisley, Cézanne, à une époque où ces artistes étaient flétris par les journaux, dédaignés par les amateurs. Il possédait de Renoir, le Moulin de la Galette, chef-d'œuvre aujourd'hui classé comme l'un des plus représentatifs d'un temps et d'un art; de Cézanne, l'Arlequin et le Pierrot du Mardi Gras; de Berthe Morisot, le Secret du Miroir ; de Manet, les Paveurs de la rue de Berne, et Monet dans son atelier, titre donné par Manet, qui disait « Monet? Son atelier, c'est son bateau ». Cette précieuse toile nous montre le peintre, assis dans sa barque et peignant. Il est vêtu de blanc, chemise à rayures rouges, pantalon de flanelle,
chapeau de paille à ruban rouge. Sur la toile placée devant Claude Monet, le paysage environnant apparaît, vagues de la Seine, maisonnettes de banlieue, arbres de la berge, tuyaux d'usine. Des nuages passent dans le ciel bleu. Monet n'est pas seul. A l'abri du tendelet de la barque, sa femme est paisiblement assise. Tout est lumière et repos. Le regard de Monet est fixé sur les choses. Il est attentif et heureux. Sa compagne est auprès de lui. Son ami, invisible ici, peint non loin. Tous trois, au repos, échangent les propos que leur inspirent la vie qu'ils connaissent et la nature qui les entoure. Heureuse journée d'échange entre deux artistes, et dont il reste ce souA^enir.
Le père Chocquet possédait aussi de Claude Monet dix toiles : la Prairie, où des femmes, des enfants, s'avancent dans l'herbe haute et les fleurs, dans un décor d'arbres et de collines, encore une image de bonheur ; La Meule, de 1885, jour d'été, ciel bleu, peupliers feuillus, meules dans la prairie, femme et enfant au repos à l'ombre; Falaise à Varengeville (1882), une de ces toiles de vision hardie et imprévue, où le coin de terre battu de la mer et du vent surplombe avec son herbe tenace et son abri de vieilles briques, l'abîme maritime tout frémissant du mouvement des marées ; Argenteiiil, où les bateaux à voiles dansent sur la Seine devant les chalets de villégiature; Sloops de pêche, les bateaux amarrés, voiles roulées, entre le ciel gris et l'eau grise; Matinée, la promenade d'un bateau entre les arbres qui bordent les rives ; Femmes et Heurs, un tableau de 1875, deux jeunes femmes parmi les feuillages et les fleurs; Marée haute, de l'eau qui monte, des bateaux qui partent; Pommes et raisins, où la maîtrise de la nature morte s'exprime d'une manière merveilleuse par le panier rempli de grains noirs et blancs, la nappe où roulent les pommes rouges et jaunes; enfin, Méditation, du peintre de figures qui aurait pu être le premier dans l'art du portrait et de l'expression, comme il a été le premier dans la construction colorée et lumineuse du paysage.
L'Exposition centennale de 1900. — Témoignage de Monet POUR RoDiN. — Une critique d'André Mellerio.
Au moment de l'Exposition de 1900, lorsque fut installé au Coursla-Reine le pavillon où furent réunies les œuvres de Rodin, le catalogue fut précédé de préfaces de Carrière, Jean-Paul Laurens, Claude Monet, A. Besnard.
Claude Monet écrivit les simples lignes suivantes :
Giverny, par Vernon (Eure).
Vous me demandez de vous dire, en quelques mots, ce que je pense de Rodin.
Vous le savez ce que j'en pense, mais, pour le bien dire, il me faudrait un talent que je ne possède pas ; écrire nest pas mon métier. Mais ce que je tiens à vous dire, c'est ma grande admiration pour cet homme unique en ce temps et grand parmi les plus grands.
L'exposition de son œuvre sera un événement. Le succès en est certain et sera la consécration définitive du bel artiste.
L'exposition de 1900 aurait dû être l'occasion de montrer réunies les œuvres de ce groupe de peintres qui livraient bataille pour la liberté de leur art depuis 1865. Ils ne furent admis, grâce à la présence de Roger Marx dans le comité de direction, qu'à laCentennale, mais exclus de la Décennale, régie par un jury où dominait l'Institut, malgré les voix de Carrière, Besnard, Cazin, de Fourcaud. On ne vit donc pas les œuvres nées entre 1890 et 1900, telles que les MeuleSy les Peupliers, les Cathédrales, de Monet ; les Baigneuses, les Femmes au piano, de Renoir; les Vues de Rouen
et de Paris, de Pissarro, etc. A la Centennale, André Mellerio, dans sa brochure : L'Exposition de 1900 et l' Impressionnisme (Floury, 1900) protestait contre la place donnée à l'Impressionnisme: « Elle est, disait-il, aussi restreinte qu'incomplète. Quelques anciens paysages de Monet, Pissarro et Sisley . Des figures de Renoir, à peu près toutes (sauf la Loge et la Danseuse/.. De rares Cézanne, très peu de Berthe Morizot, un Guillaumin, des Boudin clairsemés de ci et de là, — et puis c'est tout. A la vue de cette petite salle claire, gaie, emplie de talents, on éprouve une joie, hélas! mitigée, quand on songe, devant la manifestation tronquée, à ce qu'aurait été celle qu'on rêve plus vaste infiniment et plus complète ». Ce qu'il fallait faire, c'était, dit André Mellerio, une exposition générale de tout l'Impressionnisme : « Ainsi pouvait éclater l'apport précis et définitif constitué pour l'Ecole Française à la lin de ce xix^ siècle qui n'a pas été seulement le siècle de la vapeur et de l'électricité, mais aussi un siècle d'art non interrompu, du moins pour la peinture... Bref, parmi tant de palais, il fallait — le palais de l'Impressionnisme. »
La Collection Moreau-Nélaton et la Collection Gamondo au Louvre
Claude Monel est sur le seuil du Louvre avec la Collection Moreau-Nélaton, offerte à l'Élat en 1907, et logée provisoirement aux Tuileries, pavillon de Marsan, dans le musée des Arts décoratifs. C'est tout un ensemble de peintures et de dessins, raccourci de l'art du xix^ siècle, par Prudhon, Géricault, Delacroix, Ingres, Decamps, Corot, Rousseau, Millet, Courbet, Chasseriau, Charlet, Couture, Daumier, Troyon, Diaz, Daubigny, Fromentin, Puvis de Chavannes, Fantin-Latour, Boudin, Jongkind, Constantin Guys, Edouard Manet, Pissarro, Sisley, BertheMorisot, Eugène Carrière.
Musée précieux, où Delacroix, Decamps, Corot, sont admirablement en valeur, où il y a des œuvres capitales, telles que V Hommage à Delacroix, de Fantin-Latour, le Déjeuner sur l'herbe, d'Edouard Manet, r/72/y7î277é, de Carrière. Claude Monety est présent avec neuf tableaux, datés de 1864 à 1873, de l'époque où sa peinture était dédaignée de tous : une Nature morte (1864); la Route du Bas-Bréau {Forêt de Fontainebleau) (1866); Zaandam (Hollande) {IS71); Chasse-marée à l'ancre; Rouen (1871); Carrières Saint-Denis (1872); les Coquelicots (Argenteuil) (1873); le Repos sous les nias (Argenteuil) (1873); le Pont du chemin de fer, à Argenteuil (1873); Grosse mer à Étretat (1873).
Claude Monet est au Louvre par l'entrée au musée de la Collection d'Isaac de Gamondo, en 1914. On dut déroger à l'usage qui n'admet pas au Louvre les artistes vivants ou décédés depuis moins de dix ans. Les œuvres de Claude Monet furent donc admises avec une collection de Delacroix, Corot, Jongkind, Boudin, Manet, Degas, Renoir, Cézanne, Pissarro, Sisley, Puvis de Chavannes, Forain, Van Gogh, Toulouse-Lautrec.
Ces œuvres de Monet, au nombre de quatorze, composent un ensemble remarquable, où les différentes époques de l'art de l'artiste sont représentées. Ce sont, par ordre de dates :
La Charrette, route sous la neige à Honfleur (1865).
Les Barques, régates à Argenteuil (1874).
Le Bassin d' Argenteuil (1875).
La Seine à Vétheuil, effet de soleil après la pluie (1879).
La Seine à Port-Villez, près de Vernon (1883).
La Cathédrale de Rouen. Le portail; temps gris (1894).
La Cathédrale de Rouen. Le portail; soleil matinal (1894).
La Cathédrale de Rouen. Le portail et la tour d'Albane; effet du matin (1894).
La Cathédrale de Rouen. Le portail et la tour d'Albane; plein soleil (1894).
Bras de Seine, près Giverny (1897).
Le Bassin aux Nymphéas; harmonie verte (1899).
Le Bassin aux Nymphéas; harmonie rose (1900).
Vétheuil, soleil couchant (1901).
Londres. Le Parlement. Trouée de soleil dansle brouillard (1904).
De 1902 A 1904
Camille Mauclair et son livre de l' « Impressionnisme »
Du 20 au 28 février 1902, galerie Bernheim, 8, rue Laffille, il y a une exposition d'œuvres récentes, de Camille Pissarro, peintes à Dieppe et à Paris, et d'une nouvelle série de Claude Monet, consacrée à Vétheuil, six tableaux représentant Vétheuil au soleil, par temps gris, par ciel couvert, par temps f)rageux, le matin, et l'aprèsmidi.
Dans son livre de V Impressionnisme, paru l'année suivante, Camille Mauclair, dont la critique d'idées est toujours d'une admirable justesse ou d'une étonnante logique d'imagination, fait partir avec raison le mouvement impressionniste du réalisme, qui fut une réaction, dit-il, contre la peinture classique et romantique. Cette réaction a pu paraître nette au moment de l'apparition des œuvres et des polémiques, mais historiquement, pour le romantisme, elle n'est pas si tranchée. L'examen des œuvres de Millet, de ses scènes rustiques si fortement et paisiblement montées au style; des œuvres de Legros, où le mysticisme des simples s'allie à une philosophie de résignation pessimiste; des œuvres de Fantin-Latour, divisées en sobres évocations du réel et en rêveries colorées issues de la musique, si tout cela s'écarte de l'art de Paul Delaroche et de l'École de Rome, en revanche, avec les différences d'individualités, n'estce pas là une suite et un développement du mouvement de 1830? Reste Courbet, qui suffit à Mauclair pour taxer le réalisme d'antiintellectuel. Courbet ne serait qu'un « magnifique ouvrier », titre en effet difficile à lui contester, mais avec des « idées rudimentaircs ». Il n'y a pas dans son œuvre (* d'émotion autre que celle qui résulte de la maîtrise technique. »