BRAS DE SEINE PRÈS GIVERNY
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Le peintre renonça vile à celle publicité, qu'il avait essayé de < onquérir, comme tous les artistes de son âge. <;*s! au catalogue du Salon de 1868, que l'on trou ui* la demi» ' ;s. trace
d'un envoi de Claude Monet: Nux rhmldesjd Havre.
Il n'avait obtenu que quelques mot« d'enrcowragement .K' Paul Mantz, de Thoré, de Castagnïiry. 11 rcnonv« donc. Les han«ll<^K ne furent plus livrées que six ans après dans ks .saîh^s d'exint^i lions privées. Là, les efforts de ce courageux furent rr^rf^sentés comme un travail de mystification. Les plaisantins des journaux riaient, la foule moutonnière riait. Les choses se passent encore de la même façon,, en 1880, devant les tableaux exposés dans la galerie de la Vie Moderne; en 1883, dans les salons du boulevard de la Madeleine; en 1886, dans la giilerie de la ruedeSèze, L'acceptation del'arJ de Monet fut exfréuKvuH'îîl Uirdivc. 11 y a fallu près de vingt
ans de luttes et de V^^\mmé}Mm'^kM''k m^-^ *^« ^« première c'Hcalmie entre 1887 et 1889.
(ve8t)
Peintre de visages et de personnages, et peintre des flots,
DES rivages, des BORDS DE RIVIÈRES ET DES FOULES
On aurait dû commencer à voir, pourtant, que Claude Monet serait classé, en France, au moins comme un des paysagistes qui ont su analyser avec le plus de sagacité l'état de l'atmosphère et la qualité de la lumière. Il n'y avait qu'à passer devant ses tableaux pour s'en convaincre. Tout le monde reconnaît aujourd'hui que ces premiers tableaux, ces œuvres de hardi jeune homme se mesurant avec la nature, révélaient la justesse de la vision, la force de l'exécution. Il n'en était pas de même à l'époque où il concevait le Déjeuner sur l' herbe avec ses douze personnages rassemblés dans une clairière, sous les feuillages striés de soleil, autour de la nappe, du pâté, des fruits, des bouteilles, précieuse image de la vie rustique des artistes de ce temps-là et de leurs élégantes compagnes en robes claires, en modes du second Empire. C'est la même année où s'érige le portrait de Camille, la Dame à la robe verte. Monet est à ce moment aussi bien sollicité par l'apparition des personnages que par le décor des paysages, et il les réunit par une toile telle que la Terrasse au bord de la mer, peinte au Havre, encore en 1866 : messieurs en chapeau de paille ou en chapeau haut-de-forme, dames vêtues de blanc, porteuses d'ombrelles, jardin fleuri, fauteuils cannés, drapeaux arborés au haut des mâts et claquant à la brise, porte à claire-voie ouverte sur l'horizon de la mer où pullulent les navires et les barques, voiles blanches et fumées noires parmi les flots verts.
Les personnages sont des passants dans les tableaux de Paris où Monet s'affirme paysagiste de ville : une Vue prise du Louvre, où passe la Seine enjambée par le Pont-Neuf, où le Panthéon s'élance en plein ciel, entre le collège Henri IV et le Val-de-Grâce, au-dessus
des maisons de la Place Daiiphine et du Quai des Grands-Augustins; une autre vue du même aspect rétréci en hauteur, avec le Jardin de l'Infante au premier plan, un beau carré de gazon encadré de plates-bandes; un aspect de Saint-Germain ÏAuxerrois, avec le terre-plein ombragé d'arbres et entouré de fiacres. Observez, dans ces trois tableaux, les physionomies particulières, individuelles, des maisons si solidement construites, leurs toits, leurs cheminées, leurs fenêtres, tout mis en place d'une simplicité de touche et d'une solidité d'ensemble effarantes, en même temps que rien ne se perd du caractère spécial de leur architecture, et dites si Monet n'est pas l'égal, avec des moyens tout différents, des artistes hollandais constructeurs de places, de maisons, d'édifices municipaux et religieux. Observez encore comment les passants vont et viennent, traversent les chaussées, d'un mouvement si exactement saisi qu'il semble se continuer, comment les voitures, les omnibus surgissent, les chevaux allant au pas ou au trot. Et sur cette vie surprise, le ciel et la lumière de Paris, les nuées grises traversées de rayons qui révèlent les détails, délimitent les masses éclairées et les parties d'ombres avec une décision si robuste, un sens de l'harmonie si impeccable.
Le goût inné du peintre, né à Paris, mais élevé au Havre, s'en va volontiers vers la mer devant laquelle, sous l'œil bienveillant de Boudin, il a commencé ses études. En 1867, une Vue de Sainte- Adresse, profilée sur l'horizon par ses maisons, ses chalets, son clocher, a pour vaste premier plan une entrée de mer où voguent des barques, un rivage où des canots sont retirés, un groupe de marins causant, un couple de citadins assis à la limite du sable et de l'eau, et au-dessus, le vaste ciel où montent les nuées. Au retour à Paris et aux environs, la Grenouillère célèbre est peinte avec sa plate-forme d'où les baigneurs s'élancent, son ponton où les spectateurs se tiennent, son fonds de verdure, son eau qui danse sous les rayons, ses images reflétées qui se déforment, ses brisures de lumière qui scintillent, et tout ce monde cocasse en maillots et en crinolines, en pantalons blancs et en chapeaux haut-de-forme.
De l'agitée Grenouillère au paisible et immobile Canal en Hollande, il y a l'espace de deux années. Ici, dans ce beau tableau, acquis par Daubigny, puis par Duret, c'est un large canal sur lequel
vogue puissamment un lourd bateau à voiles auprès d'une barque à rames. A droite et à gauche, des maisons basses, et une quantité de moulins dont les ailes semblent tourner dans le vent qui fait monter les nuées au vaste ciel.
Au cours des années suivantes, 1872 à 1875, Monet est encore installé à Argenteuil, dans la maison et le jardin où il a peint en 1867 son tableau des Femmes au jardin. Voici la Maison et Je Jardin de Claude Monet, en une toile datée de 1873, blanche façade, toits de tuiles, cheminées de briques, retraite charmante environnée de peupliers, de buissons de roses écroulées, de parterres fleuris. A quelques pas de cette retraite d'artiste, c'est la Seine, son pont de fer, ses Déchargeurs de charbon qui vont et viennent par les passerelles, entre les bateaux et la berge, noires silhouettes exactement observées et fixées par leur mouvement alternant d'aller et de retour. De l'autre côté du pont, c'est le délice de l'été, l'eau qui clapote, le bateau à voile qui file, le canot qui danse, la rive aux maisons riantes dans la verdure. Ces images où se délecte le peintre ne l'empêchent pas de courir sur Paris et d'en emporter des aspects fantasmagoriques, tel que celui du Boulevard des Capucines au carnaval, où tout est exprimé, les hautes et massives maisons, les arbres sans feuillage, la chaussée cahotante de voitures, les trottoirs encombrés de cafés, une foule pressée et vivante, et cette agitation enrubannée de serpentins multicolores, poudrée de confetti, le mouvement exaspéré et harmonieux d'un jour de carnaval en 1873. Ce Boulevard a longtemps servi aux objections contre la peinture de Claude Monet. On n'en était pas à comprendre qu'autre chose est de fixer une foule que de faire le portrait d'un homme. Le travail serré qui peut être de mise pour reproduire les traits d'un modèle, le caractère individuel d'une physionomie, n'a que faire ici, où il s'agit de maisons qui se présentent par blocs, de voitures qui se croisent, de piétons qui circulent : on n'a pas le temps de voir un homme, une voiture, et le peintre qui s'attardera aux détails ne réussira pas à saisir la confusion de mouvements et la multiplicité de taches qui constituent l'ensemble. Claude Monet n'est pas tombé dans une semblable erreur : sa toile est vivante, agitée comme le Paris qui l'inspira.
Le Monel de cette époque a été représenté par ses amis. Edouard Manet l'a peint dans sa barque, sous le titre de V Atelier de Monet. Renoir l'a représenté lisant, fumant sa pipe, et aussi la palette et les brosses aux mains. Il est fort et barbu, les cheveux longs et bouclés, et coiffé d'un invariable petit chapeau.
Il est toujours peintre de figures, en même temps qu'il est peintre de paysages, et le tableau intitulé Méditation, qui fait partie de la collection Koechlin, après la collection Ghocquet, a sans doute été peint chez Monet, avec une délicatesse infinie, des nuances particulières, dans cette force équilibrée qui est la faculté maîtresse de l'artiste. Une jeune femme est assise demi-étendue, sur un canapé. Simplement coiffée, simplement vêtue, depuis le petit col blanc rabattu sur une cravate rouge foncé, jusqu'aux souliers à boucles, la robe de soie noire rayée de vert, elle respire et pense dans une atmosphère de simplicité bourgeoise et artiste, fenêtre aux rideaux de velours bleu, cheminée de marbre blanc, canapé gris à fleurs roses. Elle tient de ses deux mains fines un livre fermé, son visage est pensif, ses yeux semblent regarder sans voir. Elle peut songer à sa lecture, ou être en proie à une pensée qui scrute le présent et attend l'avenir. Elle est toute en lumière, une fenêtre en face d'elle éclaire le canapé; la muraille, l'angle de la cheminée, la robe, les souliers à boucles, et le visage de femme ou il y a encore de la jeunesse enfantine, avec le doux profil, la chevelure simplement séparée et tordue, le petit col blanc. C'est, avec Camille, une des vivantes figures de femmes de l'art contemporain. C'est d'ailleurs « Camille », la Dame à la robe verte d'apparat, mais avec une toute autre expression, non plus faite pour la muraille d'un Salon de peinture, mais surprise chez elle, dans le tous les jours de la vie, sage et doux portrait, sourire muet d'une œuvre, rêverie pour toujours fixée, souvenir immortalisé.
De la même époque (1874) est l'Intérieur après dîner, réunion bourgeoise qui prend un aspect fantastique par les plus simples moyens, le feu dans la cheminée, la table éclairée par une lampe à suspension de cuivre contourné. Mais les deux femmes qui cousent paisiblement sont dominées par le personnage d'air méphistophélique accoudé à la cheminée, l'autre bras contourné, la main appuyée