PRÉFACE DE L AUTEUR III
Delacroix. Et dans la salle du XVIIP siècle, Watleau. Sur une question de Clemenceau : « Quel tableau choisiriez -vous ici, Monet? » — « L'Embarquement pour Cythère, » dit Monet.
Telles sont les admirations de Vartiste.
La réponse à Monet, attestant les grands génies de la peinture, est que son œuvre, en effet, ne ressemble à aucune de celles qui se déploient au cours de l'histoire de l'art. Il aurait pu, s'il avait continué son étude des figures, laisser une évocation du monde moderne, des êtres et des spectacles. Il a quitté cela pour une représentation, de plus en plus complexe, magique et évoquée, des aspects de la nature révélés par la lumière. Il n'y a pas de point de comparaison entre un paysage de Monet et la Ronde de Nuit de Rembrandt, ou les Noces de Gana de Véronèse, si l'on voit surtout en ces œuvres les admirables réunions de types humains. Mais Monet garde sa valeur complète, avec son œuvre qui est une révélation et un poème, qui montre un univers que personne n'avait vu avant lui.
C'est la démonstration de ce rôle et de cette vérité que j'ai tentée. Elle a pris une forme admirative que je crois légitime. Comme d'autres, comme Monet lui-même, j'aurais pu distinguer, établir des catégories, affirmer des préférences. Devant l'ensemble, je crois cette annotation fastidieuse. Je ne tiens pour mauvaises, et encore! que les toiles détruites par Monet. Quand le génie de l'expression picturale s'affirme, du commencement à la fin d'une œuvre, avec cette force d'évolution et cette plénitude de maîtrise, V examen doit aboutir à V admiration. La critique, devant la grandeur d'une œuvre, ne doit pas amoindrir sa vision, raturer son enthousiasme.
Si, dans révolution en désordre de Vheure actuelle, fart de Monet, parvenu à un point de puissance qui est pour lui un point d'arrivée, et qui serait difficilement pour d'autres un point de départ, si cet art reste dans un isolement splendide, c'est une raison de plus, pour moi, de le célébrer et de le désigner comme