‹ Claude MonetChapitre 30 sur 39 · SANTA MARIA DELLA SALUTE · texte numérisé non relu

SANTA MARIA DELLA SALUTE

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loinne, et pendant tout râulonine, et ai* commencement de l'hiver.

Les meules n'auraient pas été enlevées, qu'il aurait pu continuer, faire le tour de l'année, renouin* les s;-" ntrer les infinis

changements du temps sur réU'riifiif fati ,. if^e.

Ces meules^ dans ce champ désert, ce soni «t is passagers

où viennent se marquer, comme à la surface rt'wn miroir, les influences environnantes, les états de l'atmosphère, les souffles errants, les lueurs suhites. L'omhre et la clarté trouvent en elles leur centre d'action, le soleil et l'omhre tournent autour d'elles en une poursuite régulière : elles réfléchissent les chaleurs finales, les derniers rayons, elles s'enveloppent de brume, sont mouillées de pluie, glacées de neige, elles sont en harmonie avec les lointains, avec le sol, avec le ciel.

Elles a- -entd'ab- . . ; - belles après-midi,

leurs boi .s des j w ; i^^'^^"^ ; prenant des appa-

rences d'heureuses aiujAa AJjaa aiham at/ia3 villages verts, des coteaux mamelonnés d'arbres. ifill<^ se dressoiit nettement au-dessus du sol clair, dans une almospîiere limpide. Aux mêmes jours, le soir plus proche, la descente du coteau bleuie, le sol diaprô. leur paille se violacé, leur contour est sillonné d'une ligne incandescente. Puis, ce sontles fêles colorées, somptueuses et mélancoliques, de l'automne. Par les jours voilés, les arbres et les maisons se tiennent à distance comme des fantômes. Par les temps très clairs, des ombres bleues, déjà froides, s'allongent sur le sol rose. Aux fins des journées de tiédeur, après des soleils obstinés qui s'en vont à regret, qui laissent une poudre d'or dans la campagne, les meules resplendissent dans la confusion du soir comme des amas de joyaux sombres. Leurs flancs se crevassent et s'allument, laissent entrevoir des escarboucles et des saphirs, des améthystes et des cliry-v^olithes, 7— les flammes éparses dans l'air se condensent en feux violents, en flammes légères de pierres précieuses, -— 1 ombre de ces meules rougeoyantes s'allonge criblée d'émeraud<s. Plus tard encore, sous le ciel orangé et rouge, les meules s'assombrissent et scintillent comme des foyers brûlants. Des voiles tragiques, d'un rouge de sang et d'un violet de deuil, traînent autour d'elles, sur le sol, au-dessus du sol, dans l'atmosphère. Et c'est enfin l'hiver,

la neige éclairée de rose, les ombres bleues et pures, la menace du ciel, le blanc silence de l'espace.

De toutes ces physionomies du même lieu, il s'exhale des expressions qui sont pareilles à des sourires, à de lents assombrissements, à des gravités et à des stupeurs muettes, à des certitudes de force et de passion, à de violents enivrements.

L'enchantement mystérieux qui sort de la nature murmure et chante dans ces incantations par les formes et par les couleurs. Une vision s'affine et s'exalte, une pensée est errante dans ces reflets de couleur qui se multiplient les uns par les autres, dans cette matière illuminée d'étincelles, de pointes bleuâtres de flammes, des soufres et des phosphores épars qui sont la fantasmagorie de la campagne. Le rêve inquiet du bonheur s'élabore dans cette douceur rose des fins de jour, monte avec les fumées colorées de l'atmosphère, s'harmonise avec le passage du ciel sur les choses.

Ce même langage que parle la lumière dans les paysages des meules, la lumière le parle encore dans ces quelques toiles qui furent ajoutées par Claude Monet à cette série significative. Soit qu'il étende devant nous la prairie fleurie de rouge, la prairie fleurie de mauve, le champ des légères avoines, — soit qu'il enferme en un cadre ce bloc de terre, ce massif sommet de colline, — soit qu'il dresse en sveltes ascensions, dans la dorure du soleil et la marche des nuages, ces figures de jeunes filles aériennes et rythmiques, — il est toujours l'incomparable peintre de la terre et de l'air, préoccupé des fugitives influences lumineuses sur le fond permanent de l'univers. Il donne la sensation de l'instant éphémère, qui vient de naître, qui meurt, et qui ne reviendra plus, — et en même temps, par la densité, par le poids, par la force qui vient du dedans au dehors, il évoque sans cesse, dans chacune de ses toiles, la courbe de l'horizon, la rondeur du globe, la course de la terre dans l'espace. Il dévoile les portraits changeants, les visages des paysages, les apparences de joie et de désespoir, de mystère et de fatalité, dont nous revêtons, à notre image, tout ce qui nous entoure. Il est l'anxieux observateur des difl'érences des minutes, — et il est l'artiste qui résume en synthèses les météores

et les éléments. Il raconte les matins, les midis, les crépuscules, la pluie, la neige, le froid, le soleil, il entend les voix du soir et il nous les fait entendre, — et il construit sur ses toiles des morceaux de la planète. C'est un peintre subtil et fort, instinctif et nuancé, — et c'est un grand poète panthéiste.

Les Peuplieus

Par la série de toiles des « Meules », montrées en mai 1891, par la série des « Peupliers », de mars 1892, fut rendue plus visible l'image des formes de notre univers, fut développée en une suite la preuve réelle du parcours et de l'influence de la lumière.

Les Meules racontaient des moments tout au long de l'année, à des heures diverses. Les Peupliers refaisaient l'expérience presque sur un seul point.

C'est l'étude du même paysage pendant les saisons douces, aux différentes heures du jour. Un sol de prairie, — un tournant de mince rivière, — trois arbres en avant, — et la continuation, en arrière, de la frêle colonnade sinueuse de ces peupliers couronnés de leur mouvant chapiteau de verdure, — c'est le sujet choisi par le paysagiste pour dire un poème nouveau à la gloire de la terre et de la lumière.

Dans les troncs effilés et oscillants monte la sève alimentée au sol humide, — autour de l'écorce, à travers les feuilles, sur la surface de l'eau, s'épand, se masse ou se vaporise, l'atmosphère bleuâtre, dorée, dense ou légère. La pure clarté matinale allume, brûle, dissout en cendre rose les tendres cimes. Midi sonne visiblement en notes lumineuses au-dessus du paysage épanoui sous la chaleur. La nuit vient, endeuille l'espace, change les massifs de feuillages en rideaux de guipures, apaise les reflets sur l'eau, neutralise les couleurs.

Ainsi se développe ce poème changeant et harmonieux, aux phases nuancées, si étroitement suivies et unies que l'on a la sensation, par ces quinze toiles, d'une seule œuvre aux parties inséparables.

Il n'y a plus, aujourd'hui, à défendre l'œuvre admirable qui était

hier encore, méconnue. Les détracteurs se sont tus, devant ces pages de force et de grâce, en attendant de crier des éloges avec afTectation. Maintenant, on a le droit de dire, sans provoquer des clameurs, qu'il a été donné, aux gens de ce temps-ci, d'assister à un magnifique phénomène d'évolution artistique, par la succession d'œuvres élaborées avec une telle logique. Il n'y a guère eu de vision aussi directe, aussi naturelle des choses. Sans préoccupations de musées, sans acceptation d'enseignement, Monet s'est mis en contact avec les spectacles qui enchantaient son regard et exaltaient sa sensitivité.

Chez lui, le procédé est ce qu'il doit être : secondaire, subordonné à son désir de représenter les aspects qui l'émeuvent. Il n'a jamais en vue que le résultat, le total de sensations, l'expression souveraine qu'il veut fixer. Sa prodigieuse certitude de métier se trouve être instinctive, subie, forcée. Sûrement, il a pour son compte réinventé la peinture, découvrant à chaque fois, devant chaque nouvel aspect, les coordinations de lignes et les harmonies lumineuses. Le don avec lequel il est né s'est manifesté dès les premiers tâtonnements des essais, s'est développé avec une logique secrète, et il est apparu, violent et superbe, il continue de régner sur les œuvres dernières, comme il régnait sur les précédentes, avec des réalisations toujours poussées plus avant, dans le même sens, avec le désir toujours plus ardent de figurer par une arabesque le visage de l'univers, de réunir toutes choses dans la pure incandescence de la clarté solaire.

Dans les tableaux des Peupliers, cette présence réelle des formes et leur subtile évaporation sont exprimées avec une noblesse et un charme véritablement exquis et émouvants. Les hautes tiges sont en même temps des lueurs. Les feuillages qui dessinent le bord sinueux de la rivière tournent comme une ronde ailée. En retrait de la première plantation d'arbres, l'ellipse des arbres du fond s'avance, s'allonge, presque triangulaire, à la façon d'un vol d'oiseaux migrateurs conduits par un chef. Ce grand dessin des choses que toujours Monet a voulu et exprimé, par les crêtes de massives falaises, par les arrivées concentriques de lames, par les circuits de rivières et les mamelonnements de collines, il le trace dans l'air,

gracieux, souple, par le frisson léger des feuilles, et il le répète et symétrise encore par le reflet dans l'eau tremblante de cette couronne suspendue dans l'air fluide.

C'est un repos et une émotion devant ces poèmes évocateurs de l'espace, de la solitude, de la joie et de la mélancolie des heures, de la grâce des choses, de la rêverie de l'homme. Quelle douceur et quelle pureté de lumière ! quelle heureuse vision de la permanence changeante de l'univers, de la vie d'un instant, qui succède et qui annonce !

Dans ces paysages solitaires brille un art très hautain, très pur, épris de l'infinie matière, si énigmatique et si expressive. C'est un rêve admiratif de la beauté qui est transcrit par ces synthèses de lignes, par ces éclosions, ces évanouissements, ces assombrissements des couleurs, par cette volonté fiévreuse, acharnée à posséder la sérénité de la lumière, à en exprimer l'émanation visible.

Jamais encore le poème panthéiste n'avait été écrit de manière si forte et émouvante. L'heure évanouie est fixée, le charme de la vie passagère fleurit encore. L'éternelle nature rayonne, les états inorganiques surgissent en leurs essences véridiques, les êtres passent comme des lueurs, — et tout est entrevu à travers les transparences de l'atmosphère, à travers les phénomènes rapides des météores, tout est illuminé et frissonnant sous les ondes de lumière propagées dans l'espace.

La Cathédrale de Rouen

Les mots et les drapeaux, qui sont utiles aux époques de recherche et de bataille, prennent une signification historique lorsque le grand ouvrier d'une telle œuvre se présente après une période de travail acharné, et donne à contempler à tous son art, sa vie et sa pensée. Pendant plus d'un demi-siècle, Monet aura poursuivi son admirable labeur de peinture, n'aura cessé de regarder, d'acquérir, de comprendre, se sera acharné à vouloir enfermer entre les quatre lignes d'un cadre le résumé de l'espace empli de lumière. A chaque étape nouvelle accomplie, à chaque résultat rapporté du grand voyage de son esprit à travers l'atmosphère, les admirations ont grandi, proclamant la réussite de la glorieuse entreprise. Monet seul est toujours resté pensif et inquiet, hochant la tête, semblant mesurer de ses yeux expressifs un chemin sans fin, perdu dans l'infini de l'art et de la vie.

De fait, chaque fois qu'il est revenu avec une moisson d'œuvres, il a fait un pas en avant, conquis une parcelle de nature. Ses magnifiques campagnes sont marquées par des noms de victoires : les Falaises de Normandie, les Rues de Paris, Belîe-Ile-en-Mer, Antihes, la Creuse, les Meules, les Peupliers.

Avec les vues, ou plutôt les visions de la Cathédrale de Rouen, ce grand artiste consciencieux et ambitieux a plus que jamais tenté et réussi l'impossible. Je n'ai jamais mieux compris ce qu'il cherche, et avec quelle volonté il veut le trouver. Cette fois, il semble que l'obstacle matériel a disparu. Toute idée de peinture, de moyens employés, de couleurs mélangées, s'en va. Une mystérieuse opération s'est faite. L'art de Monet épuré, dépouillé, purifié, pourrait-on dire, de tout alliage visible, conquiert un espace inconnu de lumière, et une vérité plus grande resplendit. Je ne crois pas que l'on ose

réduire, devant ces toiles, l'impressionnisme de Monet à l'observation d'un accident. Je crois que ses œuvres achèveront la démonstration, donneront à tous la même sensation de l'éternelle beauté de la vie, présente à toutes les heures, à tous les moments de la lumière.

Le réel est présent, et il se transfigure. Ces clochetons, ces porches, ces contreforts, ces sculptures de Rouen, toute cette pierre vue à toute heure du jour, dans la douceur du matin, dans l'illumination de midi, vue par tous les aspects d'atmosphère, sous la caresse du soleil, à travers l'opacité du brouillard ou l'air chargé de pluie, c'est partout la réalité à la fois immuable et changeante. La matière est là, soumise à la fantasmagorie lumineuse. Ce que Monet peint, c'est l'espace qui existe entre lui et les choses. C'est son rêve de clarté qu'il fait se dresser devant lui par ces pierres de Rouen où il fixe toutes les poésies errantes résumées en ces ombres verdâtres, en ces lueurs phosphorescentes, en ces braisillements roses et ces pures flammes d'or.

La cathédrale de Rouen, sa grande forme dressée sur le sol, se perdant, s'évaporant dans le brouillard bleuâtre du matin, — le détail des sculptures, des anfractuosités, des creux et des reliefs, se précisant aux heures du jour, — le portail creusé comme une grotte marine, la pierre usée par le temps, dorée et verdie par le soleil, les mousses et les lichens, — la haute façade envahie d'ombre à sa base, le faîte éclairé par le soleil couchant, illuminé de la mourante lueur rose, — c'est le prodigieux poème de l'espace fixé aux aspects de la vieille église, une rencontre et une pénétration de la force naturelle et de l'œuvre humaine. L'artiste, toujours en travail et en recherche, accomplit là une étape décisive, formula d'une manière neuve la loi d'unité qui régit les manifestations de la vie. Sa conception des choses, forte et subtile, se trouve davantage certifiée par une telle réalisation. Désormais, quelle que soit l'heure, représentée sur la toile, un accord suprême se fera entre toutes les parties du sujet : l'eau, le ciel, les nuées, les feuillages réunis par l'atmosphère, formeront un tout d'une irréprochable homogénéité, une image grandiose et charmante de l'harmonie naturelle.

Voyage en Norvège. — Retour en Normandie Le bras de la Seine. — La côte de Dieppe et de Pourville

Ce même accord se retrouve dans les tableaux de neige rapportés de Norvège, malgré le dépaysement visible, la surprise de se trouver devant une nature différente de la nôtre, aux contours plus nets, aperçus distinctement à travers une atmosphère glacée et transparente. Au village de Sandviken, au flanc neigeux de la montagne de Kolsaas, dans cet espace frigide hanté pour nous de la pensée d'Ibsen, au bord du fjord, près de Christiania, Monet a peint des images imprévues, dont quelques-unes ont toutefois une parenté avec les nettes découpures des estampes japonaises, relèvent de la convention géométrique par laquelle l'étendue se trouve représentée en quelques lignes bien inscrites.

Notre surprise est la même que celle éprouvée par Monet devant ce pays de Septentrion que l'on rêverait presque invisible, enfoui dans la brume opaque, sous une ouate atmosphérique, et que l'on découvre éclairé par une lumière nette, avec un accord pur et froid du blanc de la neige et du bleu de l'eau. Il y eut pourtant des jours où la nature eut cet aspect pressenti au village de Sandviken, qui nous apparaît alors dans une atmosphère grise, couvert d'une carapace de glace et de neige, les maisons à demi disparues, la solitude, le silence, la mort d'un hiver qui semble éternel.

Revenu chez lui, en son village paisible, en sa maison fleurie, parmi les champs familiers, aux bords du fleuve et de la rivière, Monet erre parmi les prairies, sous l'ombre légère des peupliers. 11 monte et descend le courant en bateau, côtoie les îles, cherche avec une lenteur et un soin infinis l'aspect de nature propice par son

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