LA PLAGE DE VILLERS
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l'appétit des curieux, et ça a donné à Wolf l'occasion en défenseur à 'des et d. luthanaires. Mais
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Si tu changes, n'oublie pas de me
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A toi.
Renoir.
P. S. — Dernières nouvelles, Durand-Ruel a cédé à un couturier pour dames le 9 du boulevard de la Madeleine. R.
Tu dois crever de chaleur, ici beau temps aujourd'hui et chaleur jeudi.
Deux lettres à trois jours d'intervalle à propos de la décoration que Renoir accepta en 1900 :
Mon cher ami,
Je me suis laissé décorer, crois bien que je ne t'en fais pas part pour me dire si j'ai tort ou raison. Mais bien pour que ce bout de ruban ne se mette pas en travers de notre vieille amitié. Dis-moi donc des sottises, les mots les plus désagréables, cela me sera égal, mais pas de blague, que j'aie fait une sottise ou non, je tiens à ton amitié. Tant qu'aux autres je m'en fiche.
A toi.
Renoir.
Louveciennes, 20 août 1900.
Monet reçut mélancoliquement la nouvelle. . . Mais voici la seconde
lettre :
Jeudi 23 août 1900.
Cher ami,
Je m'aperçois aujourd'hui et même avant que je t'ai écrit une lettre stupide. J'étais souffrant, nerveux, tiraillé, on ne devrait jamais écrire dans ces moments-là. Je me demande un peu ce que cela peut te faire que je sois décoré ou non. Tu as, toi, une ligne de conduite admirable, moi je n'ai jamais pu arriver a savoir la veille ce que je ferais le lendemain. Tu dois bien me connaître mieux que moi, puisque je le connais mieux que toi très probablement... N'en parlons plus, et vive l'amour.
A toi.
Renoir.
Une dernière lettre, datée de Gagnes, où Renoir donne son avis sur les monuments de peintre en général, et sur celui de Cézanne en particulier :
Gagnes, (i décembre 09.
Cher Ami,
Je crois que ce monument Cézanne est dans de bien mauvaises mains. Maurice Denis m'a écrit pour une vente, je lui ai répondu immédiatement que pour moi je n'en voulais à aucun prix. Ce n'est pas d'ici que je pourrais m'occuper d'une vente, ce qui est toujours très grave.
Ce monument avait commencé par un buste, maintenant c'est une femme nue. Je n'y comprends rien — qu'ils se débrouillent.
Au commencement de cette affaire j'avais proposé ceci : un buste de Cézanne dans une salle du musée (le musée d'Aix est très joli) et un tableau surtout. C'était honorable et ne dérangeait personne, on n'a pas voulu de ma proposition.
Je trouve qu'un peintre doit être représenté par sa peinture. Je ne vois pas bien une grande femme nue et pas de tableau.
Renoih.
Souvenirs de Caillebotte
Il m'a été donné, au lendemain de la mort de Gustave Caillebotte, de faire avec Monet, le rapide voyage d'Argenteuil, d'entrer dans cette maison où tout disait encore la présence vivante de la veille, à croire que le maître du logis allait rentrer, parcourir les pièces, s'asseoir, causer, reprendre ce livre à la page de la lecture commencée, travailler à cette toile encore fraîche sur le chevalet.
Ce n'est que l'illusion tenace et mensongère de la vie continuée. La mort silencieuse et invisible a fait son œuvre, a arrêté subitement les pas, la voix, le geste, clos l'existence de l'homme. Tout est aujourd'hui semblable à ce qui était hier, hormis que l'habitant n'est plus là. Il est entré, il est sorti, et rien n'est changé du décor de son existence. La maison a la même gaieté, entre les champs et la Seine, en face d'Argenteuil. Les bateaux se balancent sur l'eau soyeuse. Tout est doré par le soleil du nouveau printemps. Dans le jardin, au long des plates-bandes, dans les clairières du bois minuscule, dans les interstices des pierres qui forment un piédestal rocheux à la serre, partout, la verdure déplie ses bourgeons, les fleurettes brillent comme des yeux enfantins, des pousses vivaces trouent la terre. Tout ce petit monde végétal étiqueté, choyé, adoré par Caillebotte, est exact au rendez-vous qui lui avait été donné. « Vous verrez mon jardin au printemps », disait-il à ses amis, au dernier dîner des Impressionnistes. Le printemps est venu, le jardin se pare pour l'éternelle fête. Un chien triste parcourt les allées.
C'est la monotone et banale histoire de l'homme. « Quand la maison est bâtie, la Mort entre », dit le proverbe arabe. L'homme qui regarde cela et constate la loi du sort, peut prendre la mesure
exacte de ses préoccupations, de ses ambitions, de sa frénésie de succès, de sa course à la fortune ou à la gloire. Voilà le but : tous le connaissent et sont sûrs de le toucher. Si cette certitude, au inoins, pouvait nous apprendre à tous à bien vivre.
Caillebotle a bien vécu.
Il a aimé l'eau qui passe et qui bruit, les voiles blanches qui s'envolent aux tournants des rivières, qui palpitent sur la mer.
Il a aimé les fleurs qui colorent et parfument l'atmosphère, il a été le sage amateur de jardins. Relisez le discours de Lamartine aux jardiniers, le poète parcourant les théogonies, les religions, la fable, l'histoire, cherchant quelle idée l'homme a pu se faire du bonheur et trouvant « que l'imagination humaine n'a pu rêver, dans tous les paradis qu'elle s'est créée, quelque chose de mieux qu'un jardin terrestre ou céleste, des eaux, des ombrages, des fleurs, des fruits, des gazons, des arbres, un ciel propice, des astres sereins, une terre fertile, une intelligence secrète, une amitié réciproque, pour ainsi parler, entre l'homme et le sol... » Gaillebotte avait en lui cette sympathie pour la vie universelle, et c'est un des traits du groupe d'artistes auquel il appartenait.
Enfin, il a aimé l'art, qui concentre les sensations de l'homme, qui crée une durée pour notre vie fugitive, qui perpétue notre joie de vision, l'enivrement de notre esprit.
D'abord, par son apport personnel, — des paysages, des observations de mouvements humains, tels que le travail des Raboteurs de parquets, la flânerie, finement, joliment mise en œuvre, des Peintres en bâtiment, Gaillebotte avait marqué sa place de chroniqueur pictural de l'existence moderne. Parmi ces hommes ardents, animés de foi artiste, qui avaient constitué un groupement indépendant, il s'inscrivit, manifesta ses sympathies, se mit au travail avec une patience que rien ne lassait. On se souvient de ses débuts, de ces Raboteurs de parquets, qui excitèrent les railleries par leur perspective osée et exacte, mais où il fallut bien reconnaître les qualités d'un observateur dans le modelé des torses et la vérité des mouvements. Depuis, Gaillebotte s'était appliqué à l'étude des mêmes perspectives dans des intérieurs de chambres, et il avait obtenu de curieux et parfois bizarres effets de raccourcis
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et de proportions. Seulement, où l'on croyait à une tactique et à un désir d'étonner, il y avait ingénuité et désir de vrai.
Pour moi, le sens dans lequel le peintre a le mieux marqué son effort, c'est dans la série de paysages des rues de Paris, parfois vus d'un balcon : des avenues larges, des voies droites, de hautes maisons alignées, des maisons qui forment caps aux carrefours et qui ont vraiment, dans l'atmosphère de la ville, la beauté massive de hautes falaises. Là, il y eut non seulement recherche, mais trouvaille et originalité, et le commencement de quelque chose qui pourrait bien être continué.
Ce ne fut pas la seule manière, pour Gaillebotte, de participer à ces belles luttes. Il vint aider, de tout le secours de son activité et de sa bonne humeur, ceux qui étaient alors fort maltraités, comme l'on sait. Il fut, pour ces contestés, celui qui réunit, qui réconforte, qui aide. Louer des salles, organiser les expositions, les ventes, donner sans cesse de sa personne et de sa bourse, ce fut le rôle qu'il prit et que nul de ses amis n'a oublié. Le témoignage que tous lui rendirent, c'est qu'il fut un compagnon vraiment rare, d'une abnégation absolue, pensant aux autres avant de penser à lui, — s'il pensait à lui. Sans cesse, il fut tel qu'il était aux dîners mensuels impressionnistes : la cordialité môme, avec une verve rustique, et des emballements d'honnête homme.
Et il est arrivé que sa mort est venue affirmer pour tous la tendresse de son affection, la véracité de son témoignage, par ce testament qui a rendu sa collection publique, qui donne à tous les toiles réunies par le généreux artiste.
Ces dispositions testamentaires de Gaillebotte étaient nettes, sans phrases, comme il fut lui-même. Libellées en 187G, à l'époque de bataille ardente, aux jours difficiles, elles prévoyaient un mauvais accueil et spécifiaient bien que ces toiles n'étaient pas pour être roulées, mises dans les greniers des musées nationaux ou dispersées en province : si le don n'était pas reçu comme il devait l'être, il n'y avait qu'à attendre des jours meilleurs. Ces dispositions sont restées les mêmes, affirmées dans un codicille. Mais le temps de 1876 était passé, l'art injurié a été mis en honneur, le legs de Caillebotte a donné au Luxembourg ce qui lui manquait, il a inscrit aux
murailles mal pourvues du musée un sérieux commencement d'histoire, et fait succéder logiquement la période nouvelle à la période de 1830 à 1860.
Il paraît (pie cette idée si simple et si légitime était une idée violente et offensante, car elle raviva des ignorances et déchaîna des colères. Le legs ne fut pas refusé, parce que le conservateur du musée du Luxembourg et quelques membres du comité consultatif des musées nationaux savaient, par bonheur, que nul ne pourra supprimer de l'histoire de l'art de notre temps les noms d'Edouard Manet, Degas, Claude Monet, Pissarro, Renoir, Cézanne, Sisley, Berthe Morisot... L'œuvre fut mal exposée, dans une salle étroite ayant l'aspect d'un couloir. Toutefois, les œuvres, fortes et complètes, ou les esquisses légères, d'une charmante fluidité, étaient de celles qui résistent.
Elles résistèrent même aux protestations des membres de l'Institut, aux déclamations des sénateurs. Un manifeste fut adressé par des membres de l'Institut au ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts et nous en avons eu l'écho dans un discours d'un inamovible du Sénat, M. Hervé de Saisy :
« Il a été admis dans ce musée, a-t-il dit, par je ne sais quelle condescendance, une collection due à un peintre médiocre nommé Caillebotle, aujourd'hui décédé, qui en a fait une donation conditionnelle que l'administration des Beaux-Arts a dernièrement acceptée. Il en estrésulté que cesanctuaire, destiné aux véritables artistes, a subi tout à coup une invasion d'œuvres d'un caractère extrêmement équivoque et qui est aux antipodes de ce qu'on doit attendre de la perfection dans l'art et des chefs-d'œuvre qui en sont la glorieuse manifestation. »
Après ce préambule, il était parlé de la protestation émanée « d'hommes de la plus haute compétence », de « grands artistes dont les toiles ou les statues peuplent ce précieux et intéressant musée jusqu'ici vierge de toute compromission », etc., etc.
Je répondis, pour ma part, à l'honorable sénateur, en mettant
en regard, à l'occasion du Salon de 1897, les œuvres d'Institut et les œuvres de la collection Gaillebotte. Aujourd'hui il suffit d'indiquer que cette collection donnait généreusement à nos musées des œuvres de premier ordre de Manet, Degas, Claude Monet, Pissarro, Sisley, Renoir, Cézanne.
Quatre Manet : le Balcon; le Portrait de femme à l'éventail noir; le Jeu de Croquet; une Esquisse de chevaux de courses.
Seize Monet : Après le déjeuner, table desservie dans un jardin, un enfant et deux femmes; trois Vues de gares; un Intérieur bleui par la lumière du dehors; trois Vues de Vétheuil ; une Vue d'Argenteuil; des Pommiers ; le Mont Rihoudet à Rouen; des Chrysanthèmes rouges; deux Esquisses d'arbres; une Vue des Tuileries; la Mer sauvage à Delle-Ile-en-mer.
Huit Renoir : le Moulin de la Galette; un Torse de femme nue; la Balançoire; une Femme lisant; quatre paysages, (Champrosay, Montmartre, Chatou, la Place Saint-Georges).
Treize Pissarro : paysages datés de 1871 à 1879.
Huit Degas, pastels : Femme sortant du bain; Femme à sa toilette; Femmes au café; Figurants en costumes du XVIe siècle; Violoniste et Petite danseuse; un Buste de danseuse; une Danseuse assise; une Danseuse qui bondit sur la scène.
Huit Sisley : Paysages de 1877 à 1885 : Saint-Mammès, la Seine, Régates anglaises.
Cinq Cézanne : les Baigneurs; une Marine; deux Paysages; un Vase de fleurs.
Un Caillebotte : les Raboteurs de parquets.
Lettres de Caillebotte a Claude Monet
On trouvera dans celte lettre de Caillebotte, datée de 1884, des impressions de lectures, un peu dans le genre des discussions littéraires du Café Riche :
Trouville, 18 juillet 84.
Je viens de lire les lettres de Flaubert. Quel livre intéressant et quel prodigieux artiste! Mais c'est égal, je vous avouerai qu'il y a bien des cboses que je ne comprendrai jamais, à commencer par cette admiration pour George Sand. Avez-vous jamais lu ou pu lire la Petite Fadette et tant d'autres niaiseries paysannesques, la Mare au Diable, etc. Cela me semble rudement loin de Flaubert. Par exemple c'est bien décourageant aussi. Peutêtre frouvera-t-on plus tard que ce qui a manqué à cet homme, c'est, il le dit lui-même, d'être olympien. Tout son art manque de calme, et quand on a lu cela je crois qu'il s'en dégage une seule idée bien nette, il a voulu prouver que tout le monde était bête, que toutes les sciences, toutes les religions etc., etc., n'étaient rien. Et quel vide après cela. C'est absolument décourageant. — Cette lecture m'a tué.
J'imagine que bien des grands artistes vous rattachent plus à la vie. Regardez donc l'œuvre de Delacroix à côté de celle de Flaubert. Il a eu autant à se plaindre de la bêtise de ses contemporains, mais dans son œuvre il n'en est pas question. Son art est au-dessus de cela, il est olympien. J'imagine que Millet aussi était olympien. Ceci n'exclut pas la fierté, ni le mépris de la bêtise des autres. Je veux dire seulement qu'il ne faut pas tant s'occuper de ce qui n'a pas si grande importance. Tenez, Degas n'est pas olympien. Et cela lui aura terriblement manqué. Il y a
de bien jolies choses sur le «père Hugo ». Mais comment peut-il mettre sur la même ligne Zola et Daudet. Et cette horreur de Veuillot! Un homme qui, comme Flaubert, n'a été préoccupé que delà phrase, de la façon d'exprimer le plus simplement et le plus clairement ce qu'il avait à dire. Et beaucoup de choses de ce genre. Mais c'est égal, quel grand travailleur et si vraiment désintéressé de tout hors de son art. Sans ces lettres je doute que l'on eût pu comprendre comment /'Éducation sentimentale et Saint Antoine étaient du même homme. Mais je m'aperçois que je deviens assommant.
Bonsoir. Tout à vous.
G. Caillebotte.
Autre lettre sans date concernant sans aucun doute une des premières expositions du groupe :
Mon cher ami,
Je vous envoie quelques journaux. Je supprime ceux où il n'y a que quelques annonces. Nous sommes sauvés. Ce soir à cinq heures la recette dépassait 400 francs. Il y a deux ans, le jour de l'ouverture qui est le plus faible, nous étions au-dessous de
Demain ou après-demain nous aurons un article dans le Figaro.
Pas besoin de vous faire remarquer quelques insanités, ne croyez pas par exemple que Degas ait envoyé ses 27 ou 30 numéros. Ce matin il y avait 8 toiles de lui. Il est bien embêtant, mais il faut avouer qu'il a bien du talent. Il y a des choses étonnantes. J'espère que vous viendrez à Paris d'ici la fermeture et que vous verrez cela.
Je suis chargé par Duranty de vous demander un dessin pour un journal. Il demande un de vos Drapeaux ou vos Pommiers, ou autre chose de Vétheuil si vous préférez. Envoyez le plus tôt possible au bureau de l'Exposition.
Tout à vous.
G. Caillebotte.
Autre lettre, sur le même sujet :
Le 1" mai 79.
Mon cher Ami,
Je viens de recevoir vos deux toiles — crevées toutes les deux, est-ce par vous ? Enfin je ies ni données à arranger. Demain elles seront à l'exposition. J'ai presque vendu l'une, la plus grande, à miss Cassait. Elle me charge de vous demander le prix. Je lui ai dit que je supposais que vous lâcheriez dans les 350 francs. Ces deux toiles sont très hien, surtout celle du temps gris, je crois que vous n'avez rien de mieux à l'avenue de l'Opéra. La recette marche toujours, nous sommes aujourd'hui à 10.500 francs environ. Quant au public, toujours gai. On s'amuse beaucoup chez nous. C'est toujours cela. La presse, je ne vous en parle pas, je suppose que vous recevez exactement tous mes journaux. Vous devez en avoir une trentaine.
A vous.
G. Caillebotte.
Conclusion et comptes de l'exposition :
Mon cher Ami,
Je suis un peu en retard. Excusez-moi. Il a fallu déménager l'exposition et de plus j'ai été à l'ouverture du Salon.
Notre bénéfice s'élève à 439 fr. 50 par tête. Je vous fais envoyer vos toiles — de plus ci- joint 400 francs. Je ne sais encore à combien monte votre commande, mais ça ne fait rien.
Nous avons fait 15.400 et quelques entrées. En somme c'est un progrès. Je regrette que vous n'ayez pu suivre cela de près. Mais pour les peintres, pour le public, malgré la malveillance de la presse nous avons beaucoup lait. — Manet lui-même commence à voir qu'il a fait fausse route. Du courage donc. Voici aussi vos reconnaissances du clou. L'envoi partira demain. J'ai renvoyé toutes vos toiles sauf celles de M. Schesllinger et de votre cousin Lecadu. Envoyez-moi les adresses de fun et de l'autre — Tout ce qui vous appartient — savoir deux cadres et une toile — est chez moi. Les tableaux de Renoir sont très beaux.
Le tableau de Manet — tableau de Salon — Les canotiers, vous les connaissez, c'est très beau.
Le Salon est de plus en plus assommant.
Je vous attends toujours. Tout à vous.
G. Gaillebotte.
L'excellent ami rassure et excite Monet. Il y a en lui un entraîneur, occupé à faire marcher les retardataires, pour abattre l'étape et arriver au but :
Mon cher ami,
Je me suis occupé de vous aujourd'hui puisque je vous envoie l'argent plus tôt que je ne l'avais dit. Tâchez donc de ne pas vous décourager comme cela. Puisque vous ne travaillez pas, venez à Paris, vous avez le temps de ramasser tous les tableaux possibles. Je me charge de M. de Bellio. S'il n'y a pas de cadre aux « Drapeaux », je me charge du cadre. Je vous réponds de tout. Envoyez-moi un catalogue immédiatement ou plutôt envoyezle à M. Portier, 54, rue Lepic. Mettez le plus de toiles que vous pourrez. Je parie que vous aurez une exposition superbe. Vous êtes toujours le même. Vous vous découragez d'une manière effrayante. Si vous voyiez comme Pissarro est vert. Venez. — Et votre catalogue? Vous n'avez pas besoin d'avoir vu tous les propriétaires de vos tableaux pour faire votre catalogue. Donnez toujours la liste de ce que vous espérez mettre. Je passerai la semaine à courir pour vous si vous voulez.
A vous,
G. Gaillebotte.
Georges de Bellio
J'ajoute, à ces noms qui précèdent, le nom de Georges de Bellio, qui ne fut pas un producteur d'art, par la production directe, mais qui fut tout de même un producteur, a sa façon, puisqu'il fut l'ami de ces artistes, le conseiller, l'aide des mauvais jours.
Quelques-uns, à Paris, furent émus à la nouvelle de sa mort, survenue à la fin de janvier 1894.
Au grand nombre, ce nom ne dira rien. Mais pourquoi réserver l'hommage à ceux-là seuls qui ont eu la célébrité méritée, ou le bruit de l'actualité, de leur vivant? Pourquoi ne pas rendre cet hommage à l'ignoré? Pourquoi ne pas essayer de révéler un homme, de perpétuer une mémoire. M. de Bellio, roumain, vivant à Paris, depuis de longues années, dans le monde de l'intelligence et de l'art, a joué un rôle à la fois important et modeste. Quel rôle? celui de l'homme de bien, de l'homme de bonté, encourageur et actif. Bs se sont toujours souvenus de lui, ces artistes qui le trouvèrent à leurs mauvais moments, Claude Monet, Pissarro, Benoir, d'autres encore, qui rencontraient tant d'hostilités, tant d'incompréhensions. B fut pour eux le compagnon des mauvaises heures, celui qui les aida si souvent à franchir des passes difficiles.
Tous ceux qui ont approché M. de Bellio ont eu la sensation de l'accueil réconfortant, d'un esprit ouvert comme un sûr asile à tout ce qui était labeur, désir de beauté. Je le vois encore dans cet appartement clair et ordonné, où il avait si bien mis en lumière les tableaux, les objets qu'il aimait, et dans ce rez-de-chaussée où il avait installé tant de pièces de ses collections, ses livres et son laboratoire de chimiste, tout ce qui servait aux études médicales qu'il continua pendant toute sa vie.
Curieux intérieur! de savant, de délicat amateur, où je suis allé
la m eu sauvage (belle-isle-en-meb)
rrf