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dent, le nom de Georges de Bellio, 'art, par la production directe, mais leur, à sa façon, puisqu'il fut l'aide des mauvais jours.
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de perp< oire. M.
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l'art, a joué un rôle à la lois important et modeste. Quel rôle? celui de l'homme de bien, de l'homme de bonté, encourageur et actif, lis se sont toujours souvenus de lui, ces artistes qui le trouvèrent à leurs mauvais moments, Claude Monet, Pissarro, Renoir, d'autres en [ui rencontraient tant d'hostilités, tant d'incom-
préhensions. Il fut pour "eux le compagnon des mauvaises heures, celui qui le- franchir d< s difficiles.
Tous ceux qui ont le Bellio ont
eueil réconfortant, d'un esprit ouvert coin; tait labeur, désir de beauté. .1 'donné, où il ai
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avec Eugène Carrière, Georges Lecomte. Georges de Bellio apparaissait là comme un sorcier sympathique, toujours souriant, fixant sur le visiteur ami ses yeux éclairés de bonté. La dominante de cette personnalité à l'écart, ce sera, plus encore que le goût si fin, que la curiosité si éveillée, la beauté morale, mais cela se liait, formait une harmonie d'esprit et de bonté, exemple qui devrait se propager, gagner ceux qui en ressentent le contact, les obliger à réfléchir, à désirer l'action bienfaisante.
Ce foyer, ce rayonnement furent en M. de Bellio. Qu'il en reste, qu'il en transparaisse un peu ici, par ces quelques lignes qui voudraient enclore le souvenir d'un homme de bien.
Eugène Murer, pâtissier, hôtelier, romancier et peintre
Eugène Murer fut aussi un ami des Impressionnistes. Pâtissier et romancier, hôtelier et peintre, Paul Alexis l'a présenté ainsi dans une préface qu'il écrivit pour le catalogue des œuvres du pastelljste Murer, exposées en 1895, au théâtre d'application de la Bodinière, rue Saint-Lazare, préface intitulée : « Murer raconté par un témoin de sa vie. »
« Un jour, Cabaner, l'illustre, l'exquis bohème Cabaner, rencontré dans Je faubourg Montmartre, toussaillant et grignotant l'éternel petit pain d'un sou qui « l'aidait à respirer», me dit avec son mélancolique sourire, accidentellement satisfait :
— Je vous laisse, je m'en vais dîner...
— Où çà ?
— Chez un pâtissier... qui fait des romans, il est très hospitalier... Chez Eugène Murer... »
Cette pâtisserie étaitsise boulevard Voltaire. Pissarro, Renoir, m'ont dit y avoir souvent dîné d'excellents pâtés, en reconnaissance desquels ils offraient à leur hôte d'excellentes peintures. Murer en achetait aussi , et il sut composer une collection de Claude Monet, Renoir, Degas, Cézanne, Pissarro, Guillaumin, Sisley, Yignon. Cette collection était ainsi annoncée sur la couverture du catalogue de Murer, devenu hôtelier à Rouen :
« Rouen. Hôtel du dauphin et d'espagne, 4 et G place de la République. Magnifique collection d'Impressionnistes, dont 30 toiles du grand artiste Renoir, visible gratuitement tous les jours de 10 à 6 heures. »
A la Bodinière, Murer exposa 172 toiles. Trois ans plus tard,
en 1898, il fit une deuxième exposition galerie Vollard, rue Laffitte, un Poème de Lumière en 36 tableaux consacrés aux mois, avec des œuvres diverses, peintures, pastels, en tout cent toiles auxquelles ne manquaient pas la vision sincère, le tourment intérieur et la délicate couleur, que lui reconnaissait son préfacier Adolphe Tabarant.
Je retrouve encore une carte d'invitation à la 6e exposition Murer en son atelier, 39, rue Victor-Masse, pour une série d'œuvres nouvelles : « Les Ciels de France », visibles du 25 avril au 15 mai, sans autre indication de date.
De 1890 a 1892. — Les Nymphéas
QUATHE VOIX A L'HoTEL-DE- VlLLE. — GeORCJES LECOMTE ET SA DESCRIPTION DE LA COLLECTION DuKAND-ItUEL
En 1890, Monet commence ses études de Nymphéas. La première nouvelle de ces Nymphéas, ou Paysages d'eau, qu'il me donne le 22 juin 1890, le montre avec la conscience du rêve qui le hante et de la tâche difficile qu'il lui faut exécuter :
« J'ai repris encore des choses impossihles à faire : de l'eau avec de l'herbe qui ondule dans le fond... c'est admirable à voir, mais c'est à rendre fou de vouloir faire ça. Enfin je m'attaque toujours à ces choses-là ! »
Cela ne va pas tout seul, en effet, comme peuvent le croire beaucoup de ceux qui regardent et jugent vite le résultat d'un tel labeur. Un mois après, le 21 juillet 1890, Monet m'écrit à nouveau :
...Je suis bien au noir et profondément dégoûté de la peinture. C'est décidément une torture continuelle! Ne vous attendez pas à voir du nouveau, le peu que j'ai pu taire est détruit, gratté ou crevé. Vous ne vous rendez pas compte de l'épouvantable temps qu'il n'a cessé de faire depuis deux mois. C'est à rendre fou furieux, quand on cherche à rendre le temps, l'atmosphère, l'ambiance.
Avec ça, tous les ennuis, me voilà bêtement atteint de rhumatismes. Je paie mes stations sous la pluie et la neige, et ce qui me désole, c'est de penser qu'il me faut renoncer à braver tous les temps et à travailler dehors, hormis par le beau temps. Quelle bêtise que la vie !
Allons, assez de plaintes, venez me voir le plus tôt possible. A vous d'amitié.
Des paysages d'eau, Monet est revenu aux Meules. Là encore il se désespère, mais il s'excite au travail, et en même temps il excite ses amis. Lettre du 7 octobre 1890 :
...Je pioche beaucoup, je m'entète à une série d'effets différents (des meules), mais à cette époque, le soleil décline si vite que je ne peux le suivre... Je deviens d'une lenteur à travailler qui me désespère, mais plus je vais, plus je vois qu'il faut beaucoup travailler pour arriver à rendre ce que je cherche : « I'instanlanéité », surtout l'enveloppe, la même lumière répandue partout, et plus que jamais les choses faciles venues d'un jet me dégoûtent. Enlîn je suis de plus en plus enragé du besoin de rendre ce que j'éprouve et fais des vœux pour vivre encore pas trop impotent, parce qu'il me semble que je ferai des progrès.
Vous voyez que je suis en bonne disposition. J'espère que vous aussi, qui êtes jeune, vous aurez secoué votre indolence et que vous allez produire quelque chose d'épatant! Ecrivez-moi pour me dire que vous revenez et en môme temps ce que vous faites.
Mirheau est devenu un « maître jardinier ». Il ne pense qu'à cela et a Mseterlinck le Belge, il parait que c'est admirable; je vais le lire. A vous d'amitié.
En mai 1891, Claude Monet exposa les « Meules » chez Durand- Ruel; quinze tableaux où les Meules apparaissent : à la fin de l'été,
— sous les derniers rayons du soleil, — avec le soleil dans la brume,
— au soleil couchant, — par un effet de neige, temps gris, — par un effet de neige, soleil, — par un effet de neige, temps couvert, — par un coucher de soleil, en hiver, — par un soir d'hiver, temps brumeux. — le même aspect recommencé quelquefois avec des différences. A cette « série des Meules », étaient joints sept tableaux : Prairies à Givcrny; Champs d'avoine; Coquelicots; Étude de Rochers (Creuse), qui a pris depuis comme titre : Le Bloc, et qui appartient à Georges Clemenceau ; et deux Essais de figures en plein air. La préface avait été écrite par l'auteur de ce livre.
En novembre 1892, plusieurs journaux publièrent la nouvelle suivante intéressant la décoration de l'Hùtel-de- Ville :
« M. Jules Breton charge d'exécuter l'un des grands paysages destinés à la décoration des deux galeries donnant sur les cours nord et sud de l'IIôtel-dc-Ville, a renoncé à ce travail et a motivé sa démission en alléguant son état de santé et les nombreux travaux qui ne lui permettent pas d'exécuter cette commande. La commission de décoration de l'Hôtel-de- Ville a désigne pour le remplacer M. Pierre hagarde, par dix voix contre quatre accordées à M. Claude Monet. Le Conseil Municipal sera appelé prochainement à ratifier ce choix. Les quatre autres paysages confiés à MM. Harpignies, Pelouse, Damoye et Iiapin sont sur le point d'être mis en place. »
Donc, le nom de Claude Monet fut prononcé, et ce nom, au vote qui suivit les débats, obtint quatre voix.
Quatre voix! pas une de plus. Rodin, qui prit la parole pour proposer l'oublié; Bracquemond, qui se bâta de se joindre à Rodin et deux autres commissaires que j'ai le regret de ne pouvoir désigner, c'est là le groupe qui s'est formé pour saluer Claude Monet, maître incomparable du paysage. C'est lorsqu'un tel nom réunit quatre voix que l'on s'aperçoit de la longueur du chemin et de la lenteur de la marche. Il était facile de prévoir alors que pour les tableaux de Monet achetés par l'Amérique, comme ceux de Corot et de Millet, viendrait le jour des souvenirs et regrets. Mais quand l'homme était en pleine vigueur de talent, en pleine production, déjà accepté par l'opinion et admis comme un initiateur, les commissions officielles l'ignoraient. C'est l'histoire de toujours. Un Claude Monet ne peut obtenir que quatre voix lorsqu'un Rodin le propose! Ce n'est pas fait pour remplir les spectateurs d'admiration.
Heureusement, il est venu à Monet en ce temps-là d'autres témoignages, par ses amis fidèles, par des écrivains s'attachant à comprendre son œuvre depuis dix ans déjà, et aussi par des nouveaux venus. Parmi ceux-ci, je désigne Georges Lecomte qui publie, l'année de cet échec à l'Hôtel-de- Ville, son volume de V Art impressionniste, d'après la collection privée de M. Durand-Ruel, avec 36 eaux-fortes, pointes-sèches et illustrations dans le texte de
A. -M. Lauzet. (Paris, Typographie Chamerot et Renouard, 1892). Georges Lecomte a raconté ainsi l'histoire des rapports de tout un groupe d'artistes de ce temps avec Durand-Ruel. Lecomte loue celuici d'avoir compris que des talents nouveaux, sûrs de l'avenir, apparaissaient dans le monde de la peinture, et d'avoir risqué pour les défendre, « sa situation commerciale et sa réputation d'expert avisé. » En 1873, il publiait un album de 300 eaux-fortes où à côté d'oeuvres célèbres de Rousseau, Corot, Dupré, Troyon, Millet, Diaz, Daubigny, figuraient des reproductions de tableaux de Manet, Degas, Monet, Pissarro, Puvis de Chavannes, Sisley. Et depuis, par l'aide matérielle apportée aux artistes qu'il avait choisis, par la propagande d'un véritable croyant, par des expositions répétées, par des ventes où il scrutait l'opinion des amateurs, il ne cessait jamais de mettre en vedette l'art qu'il avait découvert. Affaire de boutique, proclamaient des artistes qui avaient bien aussi leur clientèle de marchands et d'amateurs. Affaire de boutique, ne craignaient pas de dire aussi les fréquenteurs de la grande boutique officielle, membres de l'Institut ou aspirants à l'Institut, prix de Rome cheminant dans les voies régulières, tous ceux qui attendaient pour leur œuvre la manne de l'État, commandes, décorations, titres, honneurs. Les Impressionnistes n'avaient pas toutes ces chances de réussite, ils n'avaient que leur marchand pour eux, avec un petit groupe d'amateurs et d'écrivains. On peut dire que la lutte a été inégale et sauvage, et que ces hommes ont connu de durs moments, vaillamment supportés avec la gaieté et la force de la jeunesse. Eux et leurs partisans, qui ne faisaient qu'en rire, étaient traités couramment de « vendus à Durand-Ruel », et ils ont été assaillis par les injures les plus imprévues de la part de personnages qui perdaient toute mesure quand il était question d'eux. Malgré cela, malgré tout, ils ont duré, ils ont triomphé. Ils ont paru aux expositions universelles, ils ont forcé le Luxembourg, ils ont forcé le Louvre avec Manet, ils sont dans les musées du monde entier, Europe et Amérique, dans toutes les collections. Ils ont occupé toute une littérature, toute une critique, l'hommage de la science et de la poésie est venu à eux. Que dirai-je? on leur a offert des décorations, on leur a offert l'Institut! Claude Monet a refusé les
décorations et a refusé l'Institut dont les émissaires sont venus à lui avec une hésitation compréhensible.
Il était juste d'associer à une victoire aussi complète et aussi méritée, ce vieux père Durand-Ruel, qui fut le premier à croire au génie bafoué de ses amis. Il s'est, trouvé qu'à lui tout seul il a réuni un musée des artistes modernes, et c'est ce musée qui a été décrit par Georges Lecomte avec tout l'enthousiasme de ses jeunes années et tout le sérieux du jugement critique qui était en lui. Il a vu là des œuvres de Manet, Degas, Puvis de Chavannes, Claude Monet, Camille Pissarro, Berthe Morisot, Renoir, Forain, Mary Cassatt, Sisley, Boudin, Lépine. Il a dénombré les tableaux de tous, il s'est attaché à caractériser chacun, et après avoir célébré les marines, les meules, les rivières, les verdures, de Claude Monet, il a décrit le salon entièrement décoré de fleurs et de fruits par le peintre de Giverny. Voici cette description d'un ensemble inconnu du public :
Pour compléter la fête de couleurs qui éjouit son salon, M. Durand-Ruel a fait à cette peinture un cadre digne d'elle : les panneaux des portes ont été décorés par M. Claude Monet. Au lieu de monotones boiseries blanches qui couperaient de silences l'allégresse des symphonies, ce sont des fleurs aux pétales diaprés, des grappes de fruits d'or, des corbeilles où, parmi des verdures, l'éclat velouté des corolles luit fastueusement. Les trois saisons cfflorescentes, le printemps, l'été, l'automne, mêlent leur grâce jeune, leur chaleur, leur chaude mélancolie.
Et comme si ce n'était pas assez de l'opulent éclat de fleurs isolées surgissant de terre, M. Claude Monet associe en bouquets d'une polychromie harmonieuse la splendeur d'ombelles, de thyrses détachés de leur tige et placés dans des vases d'un savoureux émail. La joie des efflorescences spontanées est accrue par la grâce de pimpantes unions de couleurs.
Les disques fauves et citrins des soleils fulgurent au centre de leur verte auréole lancéolée; campanules graciles, aux tons jtâles, émergent de claires fdioles; anémones, violettes, pourpres ou ardemment jaspées, narcisses entrouvrant leur calice
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De 1892 a 1895.
Devant la Cathédrale de Rouen.— Vente de la Collection Duret. Retour de Cézanne vers Monet.
De Rouen, devant la Cathédrale sur laquelle il suit le merveilleux mouvement des ondes de lumière, Monet confesse encore son ardeur et son désespoir. Il m'écrit le 28 mars 1893 :
... Mon séjour ici s'avance, cela ne veut pas dire que je suis près de terminer mes cathédrales. Hélas! je ne puis que répéter ceci : que plus je vais, plus j'ai de mal à rendre ce que je sens; et je me dis que celui qui dit avoir fini une toile est un terrible orgueilleux. Finir voulant dire complet, parfait, et je travaille à force sans avancer, cherchant, tâtonnant, sans aboutir à grand'chose, mais au point d'en être fatigué.
Une des premières collections de tableaux de peintres modernes, celle de Théodore Duret, fut mise en vente le 18 mars 1894. Elle se composait d'oeuvres de Boudin, Cals, Cézanne, Corot, Courbet, Degas, Jongkind, Manet, Claude Monet, Rerthe Morisot, C. Pissarro, Puvis de Chavannes, Renoir, Sisley, Whistler. Il y avait, de Manet, Chez le Père Lathuile; de Puvis, le Rêve; de Whistler, un Nocturne célèbre ; de Rerthe Morisot, la Jeune femme au bal; de Sisley, la Seine à Marly. De Claude Monet, les Dindons blancs de 1877, qui se vendirent 12.000 francs; la Chasse (8.000 francs); la Cabane à Sainte-Adresse (4.650 francs); le Canal en Hollande (5.500 francs); la Femme couchée dans l'herbe (5.100 francs); la Seine à Vétheuil (7.900 francs). Le total de la vente fut de 160.00(3 francs. On trouvera la raison de cette vente dans une lettre que m'adressait Duret :
4, rue Vignon, 4 mars 1894.
Merci, mon cher Geffroy! Si au dernier moment, vous pouviez dire quelques mots des tableaux eux-mêmes, lorsqu'ils apparaîtront devant le public, cela serait parfait. Personne ne peut commander aux circonstances, surtout quand on est dans les affaires. J'ai un illustre prédécesseur, Charles-Quint, et, comme collectionneur, je m'enterre de même que lui de mon vivant.
Amitiés.
Théodore Duret.
Heureusement, Duret a ressuscité, et il a refait, depuis, une collection, et ce qui est mieux encore, plusieurs beaux livres sur Cézanne, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, en même temps qu'il rééditait et augmentait ses travaux sur ses amis les Impressionnistes.
A propos de cette vente de Duret, l'histoire de l'un des tableaux vendus peut être rappelée, le Canal à Saardam, acheté à Durand- Rucl par Daubigny :
« Daubigny mort, on annonce sa vente, en mai 1878, — dit Duret. Je connaissais le Canal à Saardam, qui me paraissait une des belles choses que Monct eut peintes; je me promis donc de pousser aux enchères et d'essayer de l'acquérir. La vente a lieu, aucune trace du tableau. Je supposai que les héritiers avaient voulu le garder, comme une œuvre qu'ils avaient su apprécier, Quinze jours après, un dimanche, visitant l'Hôtel Drouot, j'entre dans une salle où se trouvaient des ébauches informes, de vieilles toiles salies avec par terre un amas de chevalets, palettes, pinceaux, en un mot tout l'attirail d'un atelier et là, seul et isolé, le Canal à Saardam de Claude Monet. J'en pensai tomber à la renverse. L'affiche ne portail aucun nom. J'allai aux renseignements et j'appris que j'avais devant moi le débarras de l'atelier Daubigny, présenté anonymement, comme chose à dissimuler. C'était là que les héritiers avaient mis le tableau de Monet, exclu de la vente régulière, qu'à leurs yeux il eût, sans doute, déshonoré. II me fut adjugé aux enchères pour quatre-vingts francs. Lorsque les circonstances m'amenèrent, en 1894, à faire la vente de ma
collection, le Canal à Saardam fut acquis par M. Durand-Ruel pour la somme do cinq mille francs. Il le revendit à M. Decap, qui avant fait lui-même une vente d'une partie de sa collection, en avril 190 j, où il l'avait mis, le retira, au prix de trente mille francs. »
En 1894, Monet a revu son ami Cézanne, et celui-ci est venu s'établir à l'auberge de Giverny. Monet a invité pour lui faire fête quelques amis, et il m'écrit le 23 novembre :
... C'est entendu pour mercredi.
J'espère que Cézanne sera encore ici et qu'il sera des nôtres, mais il est si singulier, si craintif de voir de nouveaux visages, que j'ai peur qu'il nous fasse délaut, malgré tout le désir qu'il a de vous connaître. Quel malheur que cet homme n'ait pas eu plus d'appui dans son existence! C'est un véritable artiste et qui en est arrivé à douter de lui par trop. Il a besoin d'être remonté : aussi a-t-il été bien sensible à votre article!
Cézanne revint donc vers Monet, après des années de séparation. Installé à l'auberge, peignant dans les environs, acceptant de venir de temps à autre ebez son compagnon retrouvé, ce fut ainsi qu'il se trouva un jour avec Rodin, Clemenceau, Mirbeau et moi. Il nous apparut immédiatement à tous comme un personnage singulier, timide et violent, émotif à un point extraordinaire. Entre autres propos, ne nous donna-t-il pas la mesure de son innocence ou de son désarroi en prenant à part Mirbeau et moi pour nous déclarer, les larmes aux yeux : « Il n'est pas fier, monsieur Rodin, il m'a serré la main ! Un homme décoré !!! » Mieux encore, après le déjeuner, ne se mit-il pas à genoux devant Rodin, au milieu d'une allée, pour le remercier encore de lui avoir serré la main? A entendre de pareilles choses, on ne pouvait qu'éprouver de la sympathie pour l'âme primitive de Cézanne, qui était à ce moment aussi sociable qu'il pouvait l'être, et montrait qu'il se plaisait, par son rire et ses saillies, dans la compagnie qui l'entourait. Clemenceau, avec lequel il se retrouva ensuite, avait particulièrement le don de
le faire s'épanouir d'aise, par les plaisanteries dont il le régalait. Il me dit bien un jour qu'il ne pouvait se rallier à Clemenceau, ce que je ne lui demandais d'ailleurs pas. Et il m'en donna cette raison étonnante : « C'est que je suis trop faible!... Et que Clemenceau ne pourrait pas me protéger!... Il n'y a que l'Église qui puisse me protéger! » Je ne crois pas pour cela, comme l'a écrit Ambroise Vollard, que Cézanne ait quitté l'exécution de mon portrait à cause de Clemenceau. Ce n'est pas tout à fait cela, et même ce n'est pas cela du tout. Cézanne parut se prendre d'amitié pour moi, me demanda de faire mon portrait, avec l'espoir d'exposer la toile au Salon, au « Salon de Bouguereau », spécifiait-il, et « peutêtre, ajoutait-il, pourrons-nous y obtenir une médaille! » Il vint donc pendant près de trois mois, presque tous les jours, cbez moi, sur les bailleurs de Belleville où j'habitais alors, déjeunant cordialement avec ma mère et ma sœur, ou se laissant entraîner au restaurant du lac Saint-Fargeau. Il travailla pendant ce temps à une peinture qui est, malgré son inachèvement, une de ses belles œuvres. La bibliothèque, les papiers sur la table, le petit plâtre de Rodin, la rose artificielle qu'il apporta au début des séances, tout est de premier ordre, et il y a bien aussi un personnage dans ce décor peint avec un soin méticuleux et une richesse de tons, une harmonie incomparables. Il ne fit toutefois qu'ébaucher le visage, et toujours il affirmait : « Ce sera pour la fin. » Hélas! il n'y eut pas de fin. Un beau malin, Cézanne envoya chercher son chevalet, ses brosses et ses couleurs, en m'écrivant que décidément l'entreprise était au-dessus de ses forces, qu'il avait eu le tort de l'entreprendre et qu'il s'excusait d'y renoncer. J'insistai pour qu'il revînt, lui affirmant, ce que je pensais, qu'il avait commencé une très belle œuvre et qu'il devait la terminer. Il revint, et pendant une huitaine de jours, il sembla travailler, accumulant, comme il savait le faire, les minces pellicules de couleur, gardant toujours l'aspect frais et éclatant à sa peinture. Mais la foi n'y était plus. Il partit pour Aix, envoya de nouveau, un an après, le 3 avril 1896, chercher son bagage de peintre, et ne revint plus, laissant le portrait comme il laissa tant d'autres tableaux, qui n'en sont pas moins des choses admirables de vision et de réalisation. Le degré d'exécution d'un
tableau ne prouve rien contre le peintre, qui donne de toutes façons la mesure de son art.
Pour moi, je me suis toujours rappelé le temps de Helleville où j'ai eu le spectacle de Cézanne peignant, avec quelle ardeur et quelle foi! Je le verrai toujours, mâchonnant les mots sous sa moustache grise, riant et pleurant encore, comme chez Monet, et disant des choses infiniment justes et spirituelles sur la peinture, très critique sur ses contemporains, sauf pour Monet, « le plus fort de nous tous » disait-il, « Monet! je l'ajoute au Louvre!» s'emportant contre un autre peintre qu'il accusait de lui avoir « volé sa petite sensation » . Il y revenait sans cesse : « Je n'avais qu'une petite sensation, Monsieur Gauguin me l'a volée! » Il n'admirait pas beaucoup, lui qui fut un tel novateur, les découvertes et les systématisations en peinture : «J'aime le baron Gros, comment voulez-vous que je prenne au sérieux ces blagues-là! » Il aimait en effet les anciens, les Vénitiens, le Louvre, au point de passer au musée avant de venir chez moi pour y vérifier ce que je lui avais dit de la manière argentée de la Dentellière de Van der Meer. Ce que j'aimais surtout en lui, c'étaient ses enthousiasmes : « Avec une pomme, proclamait-il, je veux étonner Paris! »
Pièces justificatives
Gomment n'aurais-je pas été surpris en apprenant, pendant que j'écris ce livre, qu'un biographe de Cézanne, M. Joachim Gasquet, aujourd'hui disparu comme lui, ait pu affirmer que Cézanne m'avait voué une « haine inexplicable ». Inexplicable en effet! Monet s'est récrié sur l'invraisemblance de ce trait, et Mme Cézanne aussi. Tous deux affirment au contraire que Cézanne m'avait gardé sa sympathie, et pour moi, je sais que je n'avais rien fait pour la démériter. Qu'il ait été contrarié d'abandonner mon portrait, c'est possible, mais je n'ai été pour rien dans cet abandon, admirant et excitant le peintre, respectant scrupuleusement l'arrangement des objets, jusqu'à la place du fauteuil dont il avait entouré les pieds d'un trait de craie sur le parquet. Il est venu, il est parti sans donner d'autre raison que son impossibilité de terminer, et il me déplairait de le croire capable d'une hypocrisie de faux bonhomme, qui ne parut jamais pour moi dans ses allures vives et sa conversation ingénue. Je crois que c'était un solitaire et qu'il éprouvait subitement le désir de s'enfuir. 11 agit de môme avec Monet. Il quitta Giverny sans le prévenir, laissant à l'auberge nombre de toiles en train. Ce fut Monet qui recueillit ces œuvres précieuses et les fit parvenir à son ancien ami, qu'il n'a jamais revu, et dont il a toujours ignoré les dessous d'humeur, les raisons de venir, de rester, de s'en aller. Il le rencontra pourtant une fois, me dit-il, rue d'Amsterdam, et Cézanne baissa la tête, fonça à travers la foule. En réalité, il ne se trouvait bien que dans son pays d'Aix, parmi les marronniers du Jas de Bouffan, devant sa chère colline de Sainte-Victoire. Malgré cela, je l'évoque au fond de mon jardin de Belleville, parmi mes livres, ou dans la guinguette du lac Sainl-Fargcau, et je lui garde, à travers tout, l'admiration et le respect que méritent son œuvre et sa vie.
A ces souvenirs véridiques, je puis ajouter ces lettres de Cézanne:
Ai fort, 26 mars 1894.
Monsieur, j'iti lu hier la longue étude que vous avez consacrée à mettre en lumière les tentatives que j'ai faites en peinture. Je voulais vous en témoigner ma reconnaissance pour la sympathie que j'ai rencontrée en vous.
Paul Cézanne.
Paris, 31 janvier 1895.
Monsieur, j'ai continué à lire les études qui composent votre livre Le Cœur et l'Esprit et sur lequel vous avez bien voulu écrire une si sympathique dédicace en ma faveur. Mais en poursuivant ma lecture, j'ai appris à connaître l'honneur que vous m'avez fait. Je viens vous prier de me conserver par la suite cette sympathie qui m'est précieuse.
Paul Cézanne.
Par la lettre suivante, il m'annonce le projet qui était de peindre mon portrait :
Paris, 4 avril 1895.
Cher monsieur Geffroy, les jours grandissent, la température est devenue plus clémente. Je suis inoccupé toutes les matinées jusqu'à l'heure où l'homme civilisé se meta table. J'ai l'intention de monter jusqu'à Belleville vous serrer la main et vous soumettre un projet que j'ai tantôt caressé, tantôt abandonné, et que je reprends parfois... Bien cordialement à vous. Paul Cézanne, pein tre pa r in clina tion .
Le portrait fut commencé en ces premiers jours d'avril et abandonné en juin. Je n'ai pas revu Cézanne, j'ai seulement reçu de lui sa souscription pour le Penseur de Hodin avec une lettre cordiale.
Toujours sur ce même sujet, il écrivait à Claude Monet :
Aix, 6 juillet 1895.
Mon cher Monet... J'ai dû quitter Paris, le terme auquel mon
la pyramide de port-c (belle-isle-en-mer)
At m ajouter ces léltw
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monter jusqu'à Bellevilte vous serrer la main et vous sou-
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Mot lonet. . J'ai d r Paris, le tenue auquel mon
voyage à Aix était fixé étant arrivé. Je suis auprès de ma mère qui est d'un âge déjà avancé et je la trouve infirme et seufe.
J'ai dû abandonner momentanément l'étude que j'avais entreprise chez Geffroy, qui s'est mis si libéralement à ma disposition, et je suis un peu confus du mince résultat que j'ai obtenu, et surtout après tant de séances, et des emballements et des découragements successifs. Me voilà donc retombé dans le Midi, dont je n'aurais peut-être jamais dû m' éloigner, pour m'élancer à la poursuite chimérique de l'art.
Pour terminer, je vous dirai combien j'ai été heureux de l'appui moral que j'ai rencontré auprès de vous, et qui me sert de stimulant pour la peinture. A mon retour donc à Paris, où je dois me rendre pour continuer ma tâche, car je l'ai promis à Geffroy.
En exprimant mes regrets d'être parti sans vous avoir revu, je me dis bien cordialement à vous. Paiii Cê7annf
Mais voici une autre lettre, de Joaehiin Gasquet, celle-là, qu'il m'écrivait six ans après la mort de Cézanne, alors que le biographe de l'artiste avait pu classer et réunir ses souvenirs. On m'excusera, pour cette fois, de produire un tel certificat, où je me hâte de dire qu'il y avait l'aimable exagération méridionale :
SALON DE MAI Marseille, le 7 avril 1912.
12, quai de Rive -Neuve MARSEILLE
Mon cher maître, je me permets d'insister plus particulièrement auprès de vous pour que vous nous accordiez l'honneur d'inscrire votre grand nom significatif au fronton de notre œuvre. Toujours, dans l'ardente mêlée, vous avez été au premier rang, et le bel art de peindre doit, à ces admirables séries de la Vie artistique où nous tous avons appris à connaître et aimer les vrais maîtres, ses plus sûres et ses plus durables victoires. Comme pas un, vous avez commenté Monet, Renoir, et je me souviens avec quelle émotion Cézanne m'a lu, un jour, à Aix, votre page sur le
Sarcophage et l'Art égyptiens. C'est vous qui êtes et qui resterez l'historien Je l'impressionnisme.
Vous sentez, mon cher maître, quel prix nous attachons donc à votre acceptation et quel précieux encouragement ce sera pour notre œuvre que de la penser approuvée par vous.
Je vous prie de croire toujours aux sentiments admiratifs de votre resj)ectueux
JOACHIM GaSQUET.
En huit ans, de 1912 à 1920, « l'émotion » s'était donc changée en « haine inexplicable » chez Cézanne, mort en 1906. Ce changement aussi est inexplicable.
Voyage en Norvège
Les Cathédrales. — Polémiques et critiques. — Emile Zola
André Michel. — Clemenceau
En 1895, Monet est en Norvège, et il m'écrit cette intéressante lettre sur son séjour au Nord :
Sandviken, par Christiana, 20 février 1895.
Cher ami, deux mots seulement pour vous rassurer sur mon sort et que vous ne me supposiez pas mort de froid.
Je suis émerveillé de tout ce que je vois dans ce merveilleux pays. J'ai fait des balades de quatre jours en traîneau, dans la montagne, sur les fjords, sur les lacs, c'est merveilleux! Tout cela par un froid de 25° à midi le plus souvent, mais n'ayant jamais souffert, au grand étonnement des Norvégiens qui sont plus frileux que moi! Je me porte comme un charme, malgré une infecte nourriture, mais que de mauvais sang je me suis fait de ne pouvoir peindre tout ce que je vois! Je ne savais où donner de la tête, et découragé, j'ai failli plusieurs fois prendre le train et rentrer...
Enfin, j'ai trouve un coin passable comme installation, et me voici à l'œuvre depuis quelques jours seulement. J'ai mis en train huit toiles qui, si je ne suis pas trop contrarié par le temps, vous donneront, j'espère, une idée de la Norvège, des environs de Christiania, pays moins terrible que je ne pensais. Il aurait fallu aller dans le Nord, mais ce n'est guère possible en celle saison, enfin c'est rudement beau tout de même! Je n'ai pu voir un bout de mer ni d'eau quelconque, tout est gelé et recouvert de neige. Il faudrait vivre un an ici pour faire quelque chose de bien et encore, après avoir vu, et fait connaissance avec le pays.
J'ai peint aujourd'hui, une partir de la journée, sous lu neige qui tombe sans arrêt; vous miriez ri de me voir entièrement blanc, ht barbe couverte de glaçons « stalactites. »
Votre fidèle ami.
Dans le Figaro du 2 mai 1896, sous le titre Peinture, Emile Zola publie un article qui est une sorte de fanfare de victoire jouée en marche funèbre, un émerveillement à voir que l'art de 1866, l'art de Manet, de Monet, de Pissarro, a triomphé, que la peinture claire, la peinture de taches, la peinture de reflets, a transformé le Salon, mais c'est en même temps une conclusion mélancolique sur l'imitation qui sévit. Et l'on ne sait pas bien si Zola se réjouit ou regrette. Il y a de l'incertitude sous son style affirmatif, une sorte d'irritation à voir ce que la victoire est devenue dans les mains des victorieux et des profiteurs, il y a môme, on le croirait, un désaveu des batailles anciennes. Lisez plutôt :
« Je m'éveille et je frémis. Eh quoi! vraiment, c'est pour ça que je me suis battu? C'est pour cette peinture claire, pour ces taches, pour ces reflets, pour cette décomposition de la lumière ? Seigneur! étais-je fou ? mais c'est très laid, cela me fait horreur! Ah ! vanité des discussions, inutilité des formules et des écoles! El j'ai quitté les deux Salons de cette année en me demandant avec angoisse si ma besogne ancienne avait donc été mauvaise. »
On dirait une déception personnelle, et je me souviens d'avoir eu avec Zola, lorsque j'ai été le voir en Angleterre au moment de l'affaire Dreyfus, une conversation, même une discussion, à propos de Manet, de Monet, de Cézanne, sur l'impressionnisme. L'auteur des « Rougon-Macquart » m'avouait cette déception, ne trouvait pas, dans les œuvres de ces maîtres, qu'il ne voyait pas dans leur ensemble, les éléments de composition qu'il affirmait nécessaires à l'œuvre d'art. Je lui objectais ses propres arguments d'autrefois et les notions nouvelles nées de l'évolution des artistes et de l'art qu'il avait soutenus. Il revenait toujours avec entêtement à son besoin de composition, à sa manière à lui, de construire un livre, il ne voyait chez ses anciens compagnons d'art que des morceaux,
, PECHEUR DE KERVILLAOUEP
(belle-isle-en-mer) (1886)