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un miracle vrai; d'où elle peut ï incroyables joies; seulement, elle ne le \r parler avec plus de précision, elle commence ■■1er la notion. Depuis des milliers i't des mil- Vieil humain s'oppose à lu planète qui lui renvoie, ■le, les ondes de vie jaillies de l'incendie solaire. qui nous est parvenu des monuments de l'art depuis la titive d'une proportion heureuse et d'une coloration nie, depuis h s profils d'ours et de mammouth qu'un 1 >l de l'âge de pierre dessina sur les os du musée de Saintn jusqu'à la cathédrale de Monet, nous permet d'appré- . \mmairemeni les phases de vision par où notre race a
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Expositions de 1895 et de 1898. — Essai critique et philosophique de Gabriel Séailles sur l'Impressionnisme
Du 10 au 31 mai 1895, dans la galerie Durand-Ruel, 16, rue Laffitle, 49 toiles sont exposées, subdivisées en 20 vues de la Cathédrale de Rouen : le Portail, le Portail et la Courd'Alhane, la Cour de la maîtrise, la Cathédrale dans le brouillard; 8 toiles de Vernon ou du bord de l'eau, par temps gris, brouillard, brunie, soleil, temps calme, temps pluvieux; 8 vues des environs de Christiania (Norvège) : le Village de Sandviken, Kolsaas; 13 tableaux divers : les Meules au Soleil couchant; Champs de tulipes (Hollande); trois paysages de printemps; les Glaçons (Bennecourt) ; deux Seine à Port- Villers; les Demoiselles(Givevny) ; Effet d'hiver sur la Seine (Bennecourt); le Pont de Vervit (Creuse); les Peupliers (Bords de l'Epte); Effet de neige à Giverny.
En juin 1898, exposition Galerie Georges Petit de 61 tableaux de Claude Monet : série de la cathédrale de Rouen (1894), sept toiles : le Portail, le Portail et la Tour d'Albane, la Cathédrale dans le brouillard (matin), le Portail au Soleil couchant; 8 effets de neige (Norvège, 1895) : le Mont Kolsaas, près Christiania; le Fjord, près Christiania; Dans la neige; 24 tableaux de la série des Falaises : Pourville, le Val Saint-Nicolas, près Dieppe, la Pointe du Petit- Ailly , Gorge du Petit- Ailly ( Varengeville), Poste de Douaniers à Varengeville, Sur la F'alaise près Dieppe, — ces toiles datées de 1896-97; 18 toiles de la série des matins sur la Seine : le Bras de Seine près Giverny, Vile des Orties à Giverny, aux dates de 1896-97; et quatre tableaux de Chrysanthèmes, de 1897.
Le philosophe Gabriel Séailles, auxprises avec l'Impressionnisme, s'essaie à le définir dans une étude publiée par YAlmanach du Bibliophile pour 1898 (Edouard Pelletan, éditeur). Il désigne
comme le vrai maître du paysage impressionniste Claude Monet, et immédiatement accumule sur lui les opinions déjà anciennes cpii auraient pu, pour un esprit comme celui de Séailles, être mieux soumises à la preuve des œuvres. Il croit que Monet ne discute pas avec la nature, qu'il s'y abandonne; que la nature se réfléchit en lui bien plutôt qu'il ne la réfléchit. On voit qu'il n'a pas vu Monet dans ses périodes de réflexion, avant et après l'exécution de l'œuvre. Le choix, chez Monet, comme chez ses compagnons d'art, a toujours été la première préoccupation, et l'on peut affirmer, sans avoir vu Monet au travail, que l'exécution prodigieuse ne fait que servir une conception toute puissante. Cela n'empêche pas Gabriel Séailles d'écrire : « // ne choisit pas, il ne cherche pas la synthèse expressive, il ne sait pas ce qui distingue un tahleau d'une étude. » Vous croyez cela, Gabriel Séailles! Je préfère ce que vous dites ensuite que son émotion est directe, qu'il veut fixer le phénomène, arrêter l'instant, ce qui n'est vraiment pas, on en conviendra, une œuvre ordinaire. Pourquoi faut-il que notre philosophe compare ce grand philosophe de la peinture qu'est Claude Monet à un enfant qui regarde monter la bulle irisée née de son souffle? Il croit trouver la preuve de ces belles affirmations dans ce fait que Monet se plaît à noter les divers aspects d'un même spectacle que la lumière incessamment métamorphose. Heureux fait! heureuse idée ! qui nous ont valu les poèmes imprévus, hardis et magnifiques, des Meules, des Peupliers, de la Cathédrale, et plus tard de laTamise, de Venise et des Nymphéas. Enfin, estimons-nous encore satisfaits que Séailles reconnaisse qu'à force de justesse et de sincérité, Monet arrive à la « fantaisie », et « parfois même à la poésie. »
Je conclus que Monet n'a pas contrevenu à la parole de Vinci que Séailles arbore en conclusion de son incertaine étude : « La pittura è cosa mentale. »
Je me souviens qu'un autre philosophe, ayant le sens subtil et exact de l'art, Stéphane Mallarmé, me montrait un jour chez lui un tableau de Claude Monet, les méandres d'une rivière à travers les prairies, il me faisait admirer la ligne sinueuse de l'eau lumineuse aux grâces fuyantes sous le ciel mystérieux, et il me dit ceci : « C'est aussi expressif que le sourire de la Joconde. »
L'affaihe Dreyfus. — Retour de Monet vers Zola
Dès le début de l'affaire Dreyfus, Claude Monet envoya sa signature aux protestations contre le jugement à huis-clos et tout ce qui s'en est suivi. Ce bout de lettre, du 15 février 1898, au moment du procès Zola, dira son état d'esprit et son admiration pour l'acte de Zola :
...Je suis de loin et avec passion cet ignoble procès. Vous devez y aller chaque jour? Comme je voudrais y être! Vous devez être bien attriste de la conduite de bien des gens. . . J'admire de plus en plus Zola de son courage. Quelle tâche pour les avocats! J'attends anxieusement la plaidoirie de Clemenceau.
Il revient sur Zola le 25 février 1898 :
... L'admirable courage de Zola! C'est de 1 héroïsme absolument ! Je suis certain qu'avec un peu d'apaisement dans les esprits, tous ceux qui sont sensés se rendront à l'évidence, et reconnaîtront ce qu'il y a de beau dans l'acte de Zola.
Plus tard, en 1903, lorsqu'il s'agit du monument de Zola, il donne ainsi à Théodore Durct son avis motivé.
Givemy, par Vcrnon (Eure), 15 janvier 1903.
Mon cher Duret,
Maintenant je vous réponds, d'abord que je regrette profondément que Rodin ne soit pas chargé du monument de Zola, parce qu'il s'agissait là d'une question d'art, un hommage d'un grand sculpteur à un grand homme, et que là la question politique ne devait pas surgir. Quant à Constantin Meunier, dont
cerf os j'admire le talent, je vous dirai franchement que je ne le vois pas du tout fait pour cela.
Alors, me direz-vous, à qui s'adresser? Eh bien! à un jeune, avant donne de belles promesses et qui dans un cas pareil pourra donner des preuves, et je pense tout de suite à Maillol, c'est le seul à mon avis hors Rodin.
Voilà tout ce que je puis vous dire.
Amitiés cordiales.
Lettres de Rodin a Claude Monet
On peut placer ici quatre lettres de Rodin à Claude Monet, datées de 1897, 98, 99 et de 1904 :
Montrozier (Aveyron), 22 sept. 97.
Votre lettre m'a réjoui, car vous savez que préoccupés comme nous le sommes tous les deux par notre poursuite de la nature, les manifestations de l'amitié en souffrent, mais le même sentiment de fraternité, le même amour de l'art, nous a fait amis pour toujours, aussi suis-je heureux de recevoir votre lettre. Il serait si dur à un certain âge de perdre un ami ou plutôt de le voir indifférent, qu'à cette pensée je souffre aussi, mon cher ami. C'est toujours la même admiration que j'ai pour l'artiste qui m'a aidé à comprendre la lumière, les nuées, la mer, les cathédrales que j'aimais tant déjà, mais dont la heauté réveillée dans l'aurore par votre traduction m'a touché si profondément.
A vous donc mon cher ami, mon compagnon de route, avec mon très cher Mirbeau et Gelfroy, groupe que j'aime.
A. Rodin.
L'année suivante :
7 juillet 98.
Mon bien cher ami,
Vous me rendez heureux avec votre appréciation sur le Balzac. Merci. Votre appréciation est une de celles qui m'étayent fortement, j'ai reçu une bordée, qui est pareille à celle que vous avez eu autrefois quand il était de mode de rire de l'invention que vous aviez eu de mettre de l'air dans les paysages.
Merci à Madame Monet d'avoir bien voulu aussi me faire connaître son opinion, j'y suis très sensible.
Votre exposition victorieuse donne de la force aussi à tous les artistes persécutés comme je le suis maintenant.
Quel effet, qui n'avait jamais été employé avant vous, et cette cathédrale dans le brouillard!
Amitiés, cher Monet, et merci aussi pour votre généreuse souscription.
Votre vieil ami. A. Rodin.
Pour la vente Sisley :
3 août 99.
Cher Ami,
Oui, mon cher Monet, mettez-moi sur votre liste, j'enverrai une petite tète en bronze ou un dessin.
Je vous félicite de cet acte et aussi, bien que je ne vous aie pas écrit, de l'exposition chez Petit où le Paysage de meules, que je ne connaissais pas, m'a jeté dans une admiration que je ne croyais pas pouvoir augmenter.
Rodin.
Pour la souscription de Monet au Penseur :
30 décembre 1904.
Mon cher maître,
Tous mes vœux, Monet, à votre famille, à madame Monet, à vos enfants, et merci d'avoir été du comité du Penseur, et de votre souscription de deux cents francs.
Tout cela, ami, est si bon d'être ainsi de temps en temps auprès l'un de l'autre, mais je suis certainement heureux que Geffroy m'ait dit ces temps-ci, que vous étiez plein d'ardeur.
Le Penseur reste au Panthéon, tout est terminé.
Votre admirateur,
A. Rodin.
Souvenirs d'Alfred Sisley
Le 29 janvier 1899, Monet m'annonce la mort d'Alfred Sisley :
... Le pauvre Sisley m'avait fait demander de venir le voir il y a huit jours, et j'avais bien vu, ce jour-là, que c'était un dernier adieu qu'il voulait laire. Pauvre ami, pauvres enfants!
C'est dans sa cinquante-neuvième année, après la torture d'une maladie de plusieurs mois, que Sisley termina une existence vouée opiniâtrement à l'art et au travail. Il avait éprouvé, en même temps que ses amis du groupe impressionniste, les difficultés de la vie, et l'on peut dire de lui que s'il a connu le triomphe de sa cause, il a succombé néanmoins en pleine bataille, car il n'a guère profité de la vogue qui venait enfin à ses tableaux, admis aux musées et aux galeries des amateurs, après avoir été seulement goûtés et recherchés par un petit nombre. Toute son existence fut en proie à la lutte, à l'inquiétude. Il a été sans cesse à la peine, il n'a guère été à l'honneur. La veille de sa mort, il connaissait les mômes affres qu'aux jours de ses débuts. Que dis-je ? il n'y a ni tristesse, ni désespoir à l'heure de l'entrée dans la vie, mais quelle mélancolie et quelle amertume doivent être celles de l'artiste vieilli, chargé de famille, et forcé encore de résoudre au jour le jour la terrible difficulté de vivre! Pourquoi ne pas dire que ce fut le sort de Sisley, puisqu'il le supporta avec cet héroïsme farouche et caché qui ennoblit si mystérieusement la vie des solitaires. S'il gémit et désespéra, ce fut en secret, et pour les siens. Pour lui, j'affirme, avec ceux qui l'ont connu tout au long de sa carrière, qu'il n'eut jamais que la préoccupation de son art, l'orgueil de vaincre la nature en ce combat journalier que livre l'artiste, l'espoir qu'il aurait fixé sur ses toiles un peu de la beauté fugitive des choses éternelles.
Cet espoir n'aura pas été trompé. On peut prévoir que la gloire viendra à ces œuvres fortes et charmantes. Sisley a été le poète délicieux des bords des rivières, et de ces petites villes qui épanouissent leur beauté fraîche et tranquille sur les bords de la Seine et du Loing, Saint-Mammès où il habita longtemps, Moret, où il est mort. D'une belle journée de promenade passée avec lui, j'ai gardé les récits, qu'il faisait avec tant de perspicacité et d'esprit, de la vie des riverains, des bateliers, et de ceux qui passent, sur leurs lourds bateaux, en nomades et en bohèmes de l'eau. J'ai gardé aussi le vif souvenir de son sentiment de nature, de la manière fine et éloquente dont il célébrait les décors si bien évoqués par ses toiles, non seulement Moret et Saint-Mammès, mais les merveilleuses toiles de Mavly, de la Seine débordée, des Régates d'Argenteuil (au Luxembourg), des Côtes anglaises.
Son renom d'artiste se fixera et s'accroîtra. Il a peint, d'une manière franche et jolie, forte et délicate, l'enveloppement lumineux des choses, les feuillages des rives et des îles, les chalands amarrés à l'ombre, les maisons dressées au-dessus des berges. Il a été un peintre admirable des ciels, il a su exprimer la profondeur de l'éther et faire voguer les escadres de nuages au large de cet infini. Il est venu à son tour, avec l'amour de la nature radieuse, dire le charme, la douceur de tant de paysages d'un jour. Un hommage unanime ira vers cette vie probe, fière, désintéressée. L'œuvre restera dans l'histoire de l'art de notre temps.
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Vente de la collection Desfossés et de la collection Ciiocquet
La vente de la collection Desfossés, où il y avait des tableaux de haute importance comme l'Atelier de Courbet, la Toilette de Corot, eut lieu en l'hôtel Desfossés, le 26 avril 1899.
Quatre tableaux de Claude Monet y figuraient : La Rivière (1885) ; les Déchargeurs de charbon; la Seine à Asnières; Y Eglise de Vernon. Le préfacier, Georges Lafenestre, après les éloges tout naturellement acquis à Corot, Delacroix, Courbet, Daumier, indiquait discrètement quelques réserves à propos des peintres nouveaux. Toutefois, il décrivait exactement les toiles de Monet. Il admirait, dans la Seine à Asnières, « les lourdes péniches, pressées le long d'un quai couvert de maisons bariolées », et admirait comment l'intensité et le mouvement des couleurs étaient rendus avec un éclat extraordinaire. Sa description des Déchargeurs de charbon était particulièrement heureuse : « Les silhouettes, montantes et descendantes, des portefaix marchant sur les longues et minces planches jetées entre les quais et les chalands, prennent un aspect démoniaque et fantastique sur le fond triste du paysage traversé par une arche de fer comme par un pont infernal. »
Parmi les premiers admirateurs des peintres impressionnistes, il y eut M. Chocquet, celui que les artistes devenus ses amis appelaient familièrement le père Chocquet. Il était employé au ministère des Finances, habitait rue de Rivoli, au dernier étage d'une maison d'où il pouvait contempler le jardin des Tuileries. Là, il réunissait toutes ces belles et jolies choses que l'on vit à la vente qui suivit la mort de sa veuve, en juillet 1899 : meubles anciens,
tableaux et dessins, tous d'un goût raffiné. Théodore Duret, qui l'a bien connu aussi, et qui a écrit la préface du catalogue de la vente, le montre, vers 1878, comme un homme maigre et élancé, avec un front découvert, auréolé de cheveux blancs, tel que l'a peint Renoir dans ce charmant portrait aux yeux noirs, à la bouche sinueuse et serrée. Il était, dit aussi Duret, d'une politesse parfaite et d'une grande modestie.
Tout d'abord, il avait voué son admiration et ses économies à Delacroix. Il possédait de lui des toiles : L'Annonciation, Le roi Jean à la bataille de Poitiers, Le naufrage, l'esquisse de la Bataille de Taillehourg, une recherche pour Médée, un portrait présumé de Mme Villot, la Neige, l'esquisse d'Ovide en exil chez les Scythes, Jésus et le paralytique, les esquisses d'Hercule enchaînant Nérée et d'Hercule délivrant Hésione, la Vierge des Moissons, esquisse datée de 1819, pour l'église d'Orcemont; l'esquisse de la Muse inspirant Hésiode, une Sainte Famille, un Faust, un Chemin de forêt, une Ville arabe, VFnfantà la pomme; des études de chevaux; et plus de soixante aquarelles, pastels, lavis, dessins, représentant des études d'animaux, de fleurs, de paysages marins et terrestres, des vues d'Algérie, des personnages costumés.
C'est ce collectionneur d'oeuvres de Delacroix, et aussi de Corot, Dehodcncq, Courbet, Daumier, Tassaërl, qui devint l'un des partisans les plus convaincus, l'un des défenseurs les plus éloquents, par la parole et par l'action, du groupe des peintres impressionnistes. Il recueillit des œuvres de Manet, Claude Monet, Berthe Morisot, Renoir, Pissarro, Sisley, Cézanne, à une époque où ces artistes étaient flétris par les journaux, dédaignés par les amateurs. Il possédait de Renoir, le Moulin de la Galette, chef-d'œuvre aujourd'hui classé comme l'un des plus représentatifs d'un temps cl d'un art; de Cézanne, l'Arlequin et le Pierrot du Mardi Gras ; de Berthe Morisot, le Secret du Miroir ; de Manet, les Paveurs de la rue de Berne, et Monet dans son atelier, titre donné par Manet, qui disait « Monet? Son atelier, c'est son bateau ». Celte précieuse toile nous montre le peintre, assis dans sa barque et peignant. Il est vêtu de blanc, chemise à rayures rouges, pantalon de flanelle,
chapeau de paille à ruban rouge. Sur la toile placée devant Claude Monet, le paysage environnant apparaît, vagues de la Seine, maisonnettes de banlieue, arbres de la berge, tuyaux d'usine. Des nuages passent dans le ciel bleu. Monet n'est pas seul. A l'abri du tendelet de la barque, sa femme est paisiblement assise. Tout est lumière et repos. Le regard de Monet est fixé sur les choses. Il est attentif et heureux. Sa compagne est auprès de lui. Son ami, invisible ici, peint non loin. Tous trois, au repos, échangent les propos que leur inspirent la vie qu'ils connaissent et la nature qui les entoure. Heureuse journée d'échange entre deux artistes, et dont il reste ce souvenir.
Le père Ghocquet possédait aussi de Claude Monet dix toiles : la Prairie, où des femmes, des enfants, s'avancent dans l'herbe haute et les fleurs, dans un décor d'arbres et de collines, encore une image de bonheur ; La Meule, de 1885, jour d'été, ciel bleu, peupliers feuillus, meules dans la prairie, femme et enfant au repos à l'ombre; Falaise à Varengevilîe (1882), une de ces toiles de vision hardie et imprévue, où le coin de terre battu de la mer et du vent surplombe avec son herbe tenace et son abri de vieilles briques, l'abîme maritime tout frémissant du mouvement des marées ; Argenteuil, où les bateaux à voiles dansent sur la Seine devant les chalets de villégiature; Sloops de pêche, les bateaux amarrés, voiles roulées, entre le ciel gris et l'eau grise; Matinée, la promenade d'un bateau entre les arbres qui bordent les rives ; Femmes et fleurs, un tableau de 1875, deux jeunes femmes parmi les feuillages et les fleurs; Marée haute, de l'eau qui monte, des bateaux qui parlent; Pommes et raisins, où la maîtrise de la nature morte s'exprime d'une manière merveilleuse par le panier rempli de grains noirs et blancs, la nappe où roulent les pommes rouges et jaunes; enfin, Méditation, du peintre de figures qui aurait pu être le premier dans l'art du portrait et de l'expression, comme il a été le premier dans la construction colorée et lumineuse du paysage.
L'Exposition centennale de 1900. — Témoignage de iMonet pour Kodin. — Une critique d'André Mellerio.
Au moment de l'Exposition de 1900, lorsque fut installé au Coursla- Heine le pavillon où furent réunies les œuvres de Rodin, le catalogue fut précédé de préfaces de Carrière, Jean-Paul Laurens, Claude Monet, A. Besnard.
Claude Monet écrivit les simples lignes suivantes :
Giverny, par Vernon (Eure).
}rous me demandez de vous dire, en quelques mots, ce que je pense de Rodin.
Vous le savez ce que j'en pense, mais, pour le bien dire, il me faudrait un talent que je ne possède pas ; écrire n'est pas mon métier. Mais ce que je tiens à vous dire, c'est ma grande admiration pour cet homme unique en ce temps et grand parmi les plus grands.
L'exposition de son œuvre sera un événement. Le succès en est certain et sera la consécration définitive du bel artiste.
L'exposition de 1900 aurait dû être l'occasion de montrer réunies les œuvres de ce groupe de peintres qui livraient bataille pour la liberté de leur art depuis 1865. Ils ne furent admis, grâce à la présence de Roger Marx dans le comité de direction, qu'à la Centennale, mais exclus de la Décennale, régie par un jury où dominait l'Institut, malgré les voix de Carrière, Besnard, Cazin, de Fourcaud. On ne vit donc pas les œuvres nées entre 1890 et 1900, telles (pie les Meules, les Peupliers, les Cathédrales, de Monet; les Baigneuses, les Femmes au piano, de Renoir; les Vues de Rouen
et de Paris, de Pissarro, etc. A la Centennale, André Mellerio, dans sa brochure : L'Exposition de 1900 et F Impressionnisme (FIoury,1900) protestait contre la place donnée à l'Impressionnisme: « Elle est, disait-il, aussi restreinte qu'incomplète. Quelques anciens paysages de Monet, Pissarro et Sisley. Des figures de Renoir, a peu près toutes (sauf la Loge et la Danseuse/.. De rares Cézanne, très peu de Berthe Morizot, un Guillaumin, des Boudin clairsemés de ci et de là, — et puis c'est tout. A la vue de cette petite salle claire, gaie, emplie de talents, on éprouve une joie, hélas! mitigée, quand on songe, devant la manifestation tronquée, à ce qu'aurait été celle qu'on rêve plus vaste infiniment et plus complète ». Ce qu'il fallait faire, c'était, dit André Mellerio, une exposition générale de tout l'Impressionnisme : « Ainsi pouvait éclater l'apport précis et définitif constitué pour l'Ecole Erançaise à la fin de ce XIXe siècle qui n'a pas été seulement le siècle de la vapeur et de l'électricité, mais aussi un siècle d'art non interrompu, du moins pour la peinture... Bref, parmi tant de palais, il fallait — le palais de l'Impressionnisme. »
La Collection Moheau-Nélaton et la Collection Camondo au Louvre
Claude Monet est sur le seuil du Louvre avec la Collection Moreau-Nélalon, offerte à l'Etat en 1907, et logée provisoirement aux Tuileries, pavillon de Marsan, dans le musée des Arts décoratifs. C'est tout un ensemble de peintures et de dessins, raccourci de l'art du xixe siècle, par Prudhon, Géricaull, Delacroix, Ingres, Decamps, Corot, Rousseau, Millet, Courbet, Cbasseriau, Charlet, Couture, Daumier, Troyon, Diaz, Daubiguy, Fromentin, Puvis de Cbavannes, Fantin-Lalour, Boudin, Jongkiud, Constantin Guys, Edouard Manet, Pissarro, Sisley, BcrtbcMorisot, Eugène Carrière.
Musée précieux, où Delacroix, Decamps, Corot, sont admirablement en valeur, où il y a des œuvres capitales, telles que l'Hommage à Delacroix, de Fantin-Latour, le Déjeuner sur l'herbe, d'Edouard Manet, l'Intimité, de Carrière. Claude Monety est présent avec neuf tableaux, datés de 1864 à 1873, de l'époque où sa peinture était dédaignée de tous : une Nature morte (1864); la Route du Bas-Bréau (Forêt de Fontainebleau) (1866); Zaandam (Hollande) (1871); Chasse-marée à l'ancre; Rouen (1871); Carrières Saint-Denis (1872); les Coquelicots (Argenteuil) (1873); le Repos sous les lilas (Argenteuil) (1873); le Pont du chemin de fer, à Argenteuil (1873); Grosse mer à Étretat (1873).
Claude Monet est au Louvre par l'entrée au musée de la Collection d'Isaac de Camondo, en 1914. On dut déroger à l'usage qui n'admet pas au Louvre les artistes vivants ou décédés depuis moins de dix ans. Les œuvres de Claude Monet furent donc admises avec une collection de Delacroix, Corot, Jongkind, Boudin, Manet, Degas, Benoir, Cézanne, Pissarro, Sisley, Puvis de Cbavannes, Forain, Van Gogh, Toulouse-Lautrec.
CLAUDE MONKT 223
Ces œuvres de Monet, au nombre de quatorze, composent un ensemble remarquable, où les différentes époques de l'art de l'artiste sont représentées. Ce sont, par ordre de dates :
La Charrette, route sous la neige à Honfleur (1865).
Les Barques, régates à Argenteuil (1874).
Le Bassin d 'Argenteuil (1875).
La Seine à Vétheuil, effet de soleil après la pluie (1879).
La Seine à Port-Villez, près de Vernon (1883).
La Cathédrale de Bouen. Le portail; temps gris (1894).
La Cathédrale de Bouen. Le portail; soleil matinal (1894).
La Cathédrale de Bouen. Le portail et la tour d'Alhane; effet du matin (1894).
La Cathédrale de Bouen. Le portail et la tour d'Alhane; plein soleil (1894).
Bras de Seine, près Giverny (1897).
Le Bassin aux Nymphéas; barmonie verte (1899).
Le Bassin aux Nymphéas; barmonie rose (1900).
Vétheuil, soleil couebant (1901).
Londres. Le Parlement. Trouée desoleildansle brouillard (1904).
De 1902 a 1904 Camille Mauclair et son livre de l' « Impressionnisme »
Du 20 au 28 février 1902, galerie Beruheim, 8, rue Laffitte, il y a une exposition d'œuvres récentes, de Camille Pissarro, peintes à Dieppe et à Paris, et d'une nouvelle série de Claude Monet, consacrée à Vétheuil, six tableaux représentant Vétheuil au soleil, par temps gris, par ciel couvert, par temps orageux, le matin, et l'aprèsmidi.
Dans son livre de l' Impressionnisme , paru l'année suivante, Camille Mauclair, dont la critique d'idées est toujours d'une admirable justesse ou d'une étonnante logique d'imagination, fait partir avec raison le mouvement impressionniste du réalisme, qui fut une réaction, dit-il, contre la peinture classique et romantique. Cette réaction a pu paraître nette au moment de l'apparition des œuvres et des polémiques, mais historiquement, pour le romantisme, elle n'est pas si tranchée. L'examen des œuvres de Millet, de ses scènes rustiques si fortement et paisiblement montées au style; des œuvres de Legros, où le mysticisme des simples s'allie à une philosophie de résignation pessimiste; des œuvres de Fantin-Latour, divisées en sobres évocations du réel et en rêveries colorées issues de la musique, si tout cela s'écarte de l'art de Paul Delaroche et de l'École de Rome, en revanche, avec les différences d'individualités, n'estce pas là une suite et un développement du mouvement de 1830? Reste Courbet, qui suffit à Mauclair pour taxer le réalisme d'antiintellectuel. Courbet ne serait qu'un « magnifique ouvrier », titre en effet difficile à lui contester, mais avec des « idées rudimentaires ». Il n'y a pas dans son œuvre <i d'émotion autre que celle qui résulte de la maîtrise technique. »