‹ Claude Monet, sa vie, son temps, son œuvreChapitre 2 sur 54 · TERRASSE AU BORD DE LA MER · texte numérisé non relu

TERRASSE AU BORD DE LA MER

ANN)^;b'.s OK Pah!S. — (.inrHiis a Büudi.v

On sait, d’après les lettres écrites à l{o>jdin par Claude

Monet pendant ces pi-ernières aimées de Paris, (juel v!)v:si;< 'd commençait à travers l’art et quels étaient ses jugcuu uts pi écore-, sut les artistes de ce temps. Voici la première de ces lettres publiées

par Gustave Gahen. On y trouvera tout le désordre, tout l’élan,

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foute 1 ardeur d un jous enceau de seize ans :

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Paris, /e 20 février Ifiifl I hC

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Vous ne sauriez croire ' rcus nurrz. en venant

maintenant à If iris. Ko • » . ' // - ■< une exposition de

tahleuJix modernes qui n i. ■ < . , ■ ^ de i école de 1830

et c/ui prouve iiîK' nous ne • ■ ■ '‘U décadence qu’on

le dit. Il y a p- : d dix ’ ' . mix pii soiil splendides,

entre autres ia Bai i;< de ’,n • Vi.iO. du ^ dso de 185Ô.

Il r a autant de f) . . n os hnixanic é< ■. , desDupré ;

il a aussi sept à hiii. }d; , (d tout ce;a : ■ heaux. Enfin,

c est splendide, et JC d--xhp,as ils y o - - a vous ferait.

Je vous dirai qu : iooi cela, le ■/. ne se tiennent

pas du tout, et le- 'j. • n c n orr rnout

Venez, vous ne ." • / o- ç itauner

Vous sa .'cz aussi qw ù‘ -■ oj hioi fiehiv^^ -c fines que nous ayons, Jongkind, est tnoH pour l'art,\' ■ niplèteinent fou. Les artistes font une soinauption pour ; -r à ses besoins.

Vous avez là une belle place à jtrendre

CLAUDE M O N E T

Troyon me parle toujours de vous et sera très heureux de vous voir.

Le peu de choses que j’ai de vous ont été fort remarquées ; je suis entouré d’une petite hande de jeunes peintres paysagistes qui seront très heureux de vous connaître ; ce sont, du reste, de vrais peintres.

Apportez surtout de vos œuvres de marine; les bonnes choses sont toujours assez rares.

Quant à moi, j’espère que vous ne me refuserez pas une petite pochade de vous comme souvenir, et comme conseils, vous savez le cas que j’en fais.

Jacque, qui tient l’atelier dans lequel je travaille, voudrait aussi faire quelques affaires avec vous. Je crois qu’il peut vous être utile; il connaît énormément de monde.

En fait de nouvelles, j’ai à vous dire que Couture, ce rageur, a totalement abandonné la peinture. Ce n’est pas dommage : il a, à cette exposition, des tableaux qui sont bien mauvais. Ensuite, vous saurez que le petit « Dauhigny » en question m’ appartient tout à fait. Il est pendu dans ma chambre.

Je vois tou jours ce brave Gustave Mathieu, qui me charge devons dire mille choses, ainsi que M. Amand Gautier; ils désespèrent pour vous, si vous restez à vous abrutir dans cette ville du Havre.

Quant à moi, je me trouve joliment bien ici : je dessine ferme des figures; c’est une fameuse chose. Du reste, à l’académie, il n’y a que des paysagistes; ils commencent à s’apercevoir (pie c’est une bonne chose.

J’ai oublié de vous dire que Courbet et Corot brillent aussi à celte exposition, ainsi que Millet. Il y a là son tableau refusé au Salon, La Mort et le Bûcheron. C’est une belle chose.

Enfin, je termine. Ne craignez pas de me gêner pour me faire faire vos commissions : je suis tout à votre disposition.

Répondez-moi vite, et, à f avenir, nous aurons, si cela vous va, une petite correspondance suivie, une petite gazette des arts.

Adieu, tout à vous.

G. Mon ET,

28, rue Pigalle.

ans-^après^ ^ 19 mai 1859, Claude Monet écrit à Boudin une lettre où il revient de sa première opinion sur Troyon :

Mon cher monsieur.

Je profite d'un instant pour venir vous entretenir de tout ce que je vois de beau à Paris.

Je n'ai pu aller encore qu'une seule fois à l'Exposition, que l'on vient de fermer pour huit jours; mais, malgré le peu de temps, j'ai pu voir que les paysagistes étaient en majorité. En qualité, les Troyon sont superbes, les Daubigny sont pour moi quelque chose de bien beau. Il y en a surtout un de Honfleur qui est sublime.

Il y a de jolis Corot, de vilains Diaz, par exemple. Le tableau de M. Gautier est très joli; il est calme et dans une gamme grise d'une tristesse profonde. Il est accablé d'articles d'éloges. Celui de M. Lhuillier pèche beaucoup.

J’ai été faire des visites à plusieurs peintres. Je commence par M. Gautier, qui m’a chargé de vous dire bien des choses et qui s’attend à vous voir à Paris prochainement. C’est l’avis de tout le monde. Ne restez pas à vous décourager dans cette ville de coton. Quant à moi, il m’a parfaitement reçu. Il a beaucoup de petits tableaux en train. Il doit commencer ces jours-ci une grande lithographie.

Vous m’avez prié de sonder un peu pour savoir comment allaient les affaires d'art. Il y a un peu de froid à cause de la guerre.

Ensuite, j'ai été ehez M. Lhuillier. Il est ehez M. Becq (de Fouquières), qui lui prête son atelier. Il est très content. Son tableau est vendu six cents francs. Il en fait un autre et a beaucoup de petits portraits à faire à cent francs.

L'on voit de ee moment-ci de jolies choses chez les marchands de tableaux.

Voici pour la bonne bouche. Avant de partir du Havre on m’a donné une lettre pour aller voir Troyon. J’y suis allé. Vous dire les belles choses que j'y ai vues serait chose impossible à dire;

des hœuis et des chiens admirables. Il nia beaucoup parlé de vous et est tout étonné de ne pas vous voir arriver dans la capitale.

Il m'a chargé de vous dire de lui envoyer une dizaine de vos tableaux les plus faits, des marines grises, des natures mortes et des paysages. Il se charge de les placer s'ils sont plus laits que ceux que vous lui avez donnés dans le temps.

Il vous conseille beaucoup de venir ici. Il a l'air d'un bien brave homme, sans laçons.

Quant à moi, voici ce qu'il m'a conseillé de laire : je lui ai montré deux de mes natures mortes; là-dessus, il m'a dit : « Eh bien, mon cher ami, vous aurez de la couleur; c'est juste d'effet; mais il faut que vous fassiez des études sérieuses, car ceci c'est très gentil, mais vous laites ça très facilement; vous ne perdrez jamais ça. Si vous voulez écouter mes conseils et faire de l'art sérieux, commencez par entrer dans un atelier où l'on ne fait que de la figure, des académies, apprenez à dessiner; c'est ce qui vous manque à presque tous aujourd'hui. Écoutezmoi et vous verrez que je n'ai pas tort; mais dessinez à lorce; on n'en sait jamais trop. Pourtant, ne négligez pas la peinture; de temps en temps, allez à la campagne taire des études, les pousser surtout. Faites quelques copies au Louvre. Venez me voir souvent; montrez- moi ce que vous ferez, et avec du courage, vous arriverez. »

De sorte que mes parents sont décidés à me laisser un mois ou deux d'après l'avis de Troyon, qui m'engage à rester ici un mois ou deux, à dessiner terme. « De cette manière, m'a-t-il dit, vous allez acquérir des tacultés; vous irez au Havre, et vous serez capable de faire de bonnes études dans la campagne, et l'hiver vous reviendrez vous fixer ici définitivement. »

Ceci est adopté par mes parents.

Alors il a lallu que je demande à Troyon où il m'engageait d'aller, et il m'a dit : « Voulez-vous écouter mes conseils? si je recommençais ma carrière, j'irais chez Couture; je puis vous recommander particulièrement. Il y a encore Picot et Cogniet; mais, m' a-t-il dit, j'ai toujours détesté la manière de ces gens-là. »

Répondez-moi de suite; dites-moi ce que vous pensez de tout

cela. Voici mon adresse : Place du Havre. Hôtel du Nouveau- Monde.

Répondez-moi de suite, parce que dans deux jours je déménage. Je vous indiquerai dans ma prochaine mon nouveau domicile. Tout à vous.

G. Monet.

Nouvelle lettre quelques jours après, le 3 juin 1859, où Monet apprécie librement la peinture du moment. Le Retour à la Ferme, de Troyon, estau Louvre depuis longtemps, la Vue prise à Suresnes y est entrée avec la collection Thomy-Thierry :

Cher monsieur Boudin,

Pardonnez-moi si je nai pas encore répondu à ce que vous me demandiez, mais le travail et cet étourdissant Paris me font oublier un peu les devoirs d’ami; enfin, mieux vaut tard que jamais, et arrivons au but.

J’ai été chez Troyon deux lois, il se lait un plaisir de vous voir. Figurez-vous qu’allant deux fois chez lui, je n’ai pas pensé à lui demander quand il partait pour la campagne, ce que vous m’aviez recommandé. Enfin, je erois qu’il ne partira pas de suite, car il a plusieurs toiles en train.

Venez le plus tôt possible. Voilà ÏExposition qui touche à sa lin. D’ici quinze jours, il n’en sera plus question. On dit même que Ton fermerait très prochainement une salle ou deux. Mais ce n’est qu’un on-dit; malgré cela, bâtez-vous.

J’ai revu plusieurs fois M. Gautier, qui sera bien aise de vous voir.

Quant à l’Exposition, j’y suis retourné plusieurs fois. Je vous dirai ce que je pense de quelques tableaux. Je peux me tromper, mais puisque cela semble vous intéresser :

Yvon a remis un second tableau ; il est, selon moi, mieux Fait que f autre, mais ça nest pas beau. C’est d'une couleur noire et sale; les types sont eommuns et ont tous la même expression. Quand on voit les Troyon, il y en a un ou deux énormes, le

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