‹ Claude Monet, sa vie, son temps, son œuvreChapitre 4 sur 54 · C. Monet · texte numérisé non relu

C. Monet

Par une autre lettre, du 21 avril 1860, Monet exprime à Boudin

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son désir de le voir, de lui demander des conseils sur ses travaux, et il signe : « Votre élève et ami ».

Ces lettres, écrites par Monet à Boudin, entre seize et vingt ans, valaient d’être insérées dans sa biographie. Il a pu, depuis, reviser quelques-uns des jugements qu’il rédigeait alors avec toute l’ardeur de la jeunesse. Mais la plupart sont restés exacts, témoignent d’une vision nette, d’un esprit lucide, et d’un amour de l’art qui ne s’est jamais démenti. Ce sont de précieux documents sur les années de formation de l’intelligence et du talent de l’artiste.

CiiAssKUR d’Afrique. — Retour au Havre. — Jongkind

Gliangemenl à vue, car cela ne fut pas long. Le tirage au sort enlève Monet à la Brasserie, l’envoie en Algérie pendant deux ans. Sa famille n’était pas satisfaite de sa résistance aux invites de l’art régulier. Puisqu’il ne veut pas être un artiste selon la norme, on le laisse partir pour le régiment, on ne lui achète pas de remplaçant lorsqu’il a amené un mauvais numéro à la loterie militaire de ce temps-là. Le jeune homme de vingt ans n’a pas cédé, s’en va rejoindre à Alger un escadron de chasseurs d’Afrique où il est incorporé. Ceci se passait en 1861, et Monet a encore dans la mémoire et dans les yeux l’éhlouissement de cette terre chauffée et illuminée de soleil, séparée du continent d’Europe par une mer hleue, aux lames crêtées d’argent, qui ne ressemble pas aux mers vertes du septentrion. Mais s’il connaît l’ivresse de la végétation chargée de Heurs et de fruits, s’il y contemple un espace éclairé par un soleil qu’il ignorait, le Parisien élevé en Normandie, habitué aux fraîcheurs et aux brumes de la Manche, souffre de cette atmosphère surchauffée. La maladie s’empare de lui, anémie sa robusle santé, et après deux années, le chasseur d’Afrique est à bout de forces, à un tel point que ses parents, qui l’aiment et ne sont pas intraitables, s’empressent, lorsqu’il vient en congé de convalescence, de lui « acheter un homme » qui viendra prendre sa place aux « hatt’ d’Aff » pendant que lui restera au Havre, en attendant Paris.

Claude Monet ne garde pourtant pas un mauvais souvenir de ces deux années passées sous le ciel d’Afrique : « Cela, me dit-il, m’a fait le plus grand bien sous tous les rapports et m’a mis du plomb dans la tête. Je ne pensais plus qu’à peindre, grisé que j’étais par cet admirable pays, et j’eus désormais tout l’assentiment de ma famille, qui me voyait si plein d’ardeur au travail. »

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