OK WON ET
épanouissant si,,?!' ia joie de peindre, fixant sur la toiie, de son eouleau lta!>d< )• s limpidités de la mer sur les plages, les eUu-tés «lu ciel aa-iii . 'i- de l’eau. Courbet a laissé à Monet le sousenir d’un -r ' <t‘- la nature et d’un dieu de la [leinture, excellent, ehaiiéoit eausant, admirant ce iju ü voyait et admirant ce qu’il iv jM ■^.Mitait, mais d’une admiration plaisante, .si ingénue, si tran- -eé.ib-, si puissanunent convaincue, iju'on ne songi'ait pas à la taxer «r-.iiirecuidance ridicule. Le j)einfi*e «rOnians tioima la mesure de sa ptM-sonnalilé sûre d’elle-niême !<■ joui- où, ayant appris la présence de Dumas père au Havre, il s'en alla trouver l’auteur des Trois Mousquetaires en compagnie du jeune Monet, spectateur de la rencontre inoubliable des deux colosses.
C’était en 18(58, deux ans avant la mort de Dumas père. Monet, au Havre travaillait à un portra^^yqj^-Qij^uqiitvtôi^d qui lui dit: « Cour-
})ei est ici. aile/ donc le voir, cela le distraira ! « Monet va àl’adri'sse !fidi«juée. « One taire })our nous dist>(^^^t^^.Lliî Courbet... Mious vou- !«■ père Dumassî » Alexandre Dumas pere était en eltel .au Ha\ re, ti'availlant çâ et là dans les journaux de ia ville, gagnant comnu‘ i! [Hüîvait sa vi«‘ réduite après tant d’années de faste.
.1<‘ lu' le connais pas, objecta Monet.
— Moi non plus, dit Courbet, nous nous !')!q
mais jamaîs rencontres.
Ils voîit chez Dumas, qui baliitail cl *
— .'Uansicur Dumass !
— !! est oeeujjé.
— (Juiuid il saura qui le demande, i
— (Jui dois-je lui auuoncer?
Courbet, satistait ^ 1 '•mphatiquo :
— Annoncez-lui ! • maître d’Oruau
Dumas paraît en iii't immédi.tlea
«le cbeveux blancs « répus, tiépoitr.ii blancs. Il faisait la «{uiifati !■
— Dumass!
— Courbet î
Ils se jetleut dans le-- ; . m d. i deux frères eu pleurant.
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— Je vous assure, me dit Monet, que c’était émotionnant à voir, et Monet est encore ému à ce souvenir.
Dumas et Courbet se tutoient immédiatement.
— Tu vas dîner avec moi, et le jeune homme aussi.
Le lendemain, tous trois doivent partir pour Étretat, chez la belle Ernestine. Rendez-vous avait été pris, et Monet se trouvait à l’endroit désigné, avant l’heure! Courbet n’y était pas encore. Monet monte chez lui : il dormait profondément, ronllait à poings fermés.
Étonnement de Dumas ;
— J’ai fréquenté des rois, dit-il, ils ne m’ont jamais fait attendre!
Enfin, ils partent, passent à Étretat de plantureuses journées.
Dumas à table était merveilleux, parlant sur tout, art, histoire, politique, amour, cuisine, répondant à tout, jamais à court, spirituel, éloquent. Courbet dut l’admirer, tout bavard qu’il était, et Monet, silencieux, encore davantage ! Quand Dumas et Courbet ne causaient pas, ils chantaient, faisaient la cuisine ensemble, Courbet avec des recettes de Eranche-Comté, Dumas avec des recettes du monde entier !
Sur Courbet, Monet est intarissable, avec une joie visible. Il le raconte tel qu’il était, imite son accent franc-comtois, et son admiration pour lui n’est pas diminuée par les beaux traits d’orgueil épanoui qui sont restés dans sa mémoire. Par exemple, lorsqu’il montre Courbet, k une époque où il devait fournir son portrait par lui-même à la galerie des portraits de peinti’cs, aux Uffizzi, s’en allant au Louvre pour se documenter, voir le portrait présumé de Raphaël par lui-même. Il s’accouda à la barrière, devant la cimaise d’où l’adolescent génial, sa joue appuyée sur sa main droite, nonchalant et tramjuille, regardait le maître d’Ornans. Monet attendait le résultat de l’examen. Courbet contempla longtemps son rival, puis se retournant, placide, fort et sûr de lui-même : « Môssieu Raphaël n’a (pi’à bien se tenir! »
Un autre souvenir a encore sa place ici. Courbet avait fait le portrait de la mère Grégoire, patronne de la brasserie de la rue Hautefeuille, au rez-de-chaussée de la maison où Courbet avait son atelier. C’est là ([u’il menait déjeuner et dîner, avec une prodigalité
splendide, les bandes d’amis et d’affamés qui encombraient son atelier à l’heure des repas. Ce portrait, ditMonet, était magnifique, la patronne corpulente, trônant à la caisse, entre les bouteilles de liqueurs, les morceaux de sucre et les cuillères en étain. Et c’est de ce portrait que Courbet, en visite au Louvre, encore et comme toujours, disait, se plantant, droit et fort, au milieu du Salon Carré : « Qu’on apporte la Mère Grégoire, et tout ce qu’il jv a ici foutra le camp! »
Disons, en conclusion de ce chapitre, avec Duret, que Courbet avait bien placé son amitié en Boudin et Monet. Après sa condamnation pour la chute de la colonne Vendôme, où il n’était pour rien, quand tous ses soi-disant amis le reniaient, qui allaient si bien vivre à ses frais à la brasserie de la rue Hautefeuille, Monet et Boudin ne cessèrent pas de lui écrire pour le réconforter, et de le visiter à la maison de santé de l’avenue du Roule, à Neuilly, où le pauvre grand peintre, condamné, invectivé, bafoué, était prisonnier sur parole.
1870-71. — Hollande et Londres. — Daubigny et Durand-Ruel
Au Salon de 1870, l’envoi de Claude Monet est refusé. Castagnary, dans le Siècle, relate que malgré les efforts de M. Zieni, dont le « libéralisme en cette occasion mérite d’être signalé », le jury a repoussé l’envoi d’un « travailleur solide et éprouvé », M. Théodore Véron ; l’envoi d’un {(apprenti de talent et d’avenir », M. Claude Monet. « Je ne connais pas, dit-il, les œuvres ainsi rejetées, mais décourager la Jeunesse et désespérer l’age mûr n’a jamais été un acte de sagesse; et pour moi, je le dis en toute sincérité, quand je rencontre au Salon tant d’œuvres malhabiles qu’a sauvegardées seule la mention «hors concours)), de tels refus appliqués à de tels hommes me paraissent inadmissibles. »
Quand on n’a que le Salon pour se produire, et c’était le cas de la plupart des peintres de ce temps-là, il est un peu dur d’être consigné à la porte et d’aller reprendre la toile sur laquelle on avait fondé quelque espoir. Même mal exposé, un tableau peut être découvert par un critique, plaire à un amateur, qui sait même? séduire un marchand. Allons, il faut y renoncer, recommencer les courses avec des toiles sous le bras, connaître les indifférences, sinon les rebuffades, les accueils froids ou les vagues sourires ironiques, enfin l’abandon pour presque rien de ce qui est un essai, oui sans doute, mais peut-être aussi un futur chef-d’œuvre.
Claude Monet connut ces déceptions et ces abandons, mais il avait la foi en lui-même, un entêtement invincible, une sorte de violence froide qui le dressait contre l’obstacle. Il animait ses comjiagnonsde lutte et d’infortune. « Sans lui, j’aurais renoncé » disait plus tard Renoir. Il s’était marié, le 26 juin 1870. Il avait le sentimentdesa responsabilité, et il pouvait prévoir qu’il faudrait longtemps pour faire accepter son art, pour acquérir le droit à une
vie stable. En attendant, il voyageait, laissant sa femme dans quelque refuge de la côte normande, il partait avec Pissarro pour la Hollande, où il peignait des moulins et des champs de tulipes, puis pour l’Angleterre, à Londres, où il faisait déjà une étude du Palais du Parlement, au bord de cette Tamise où il devait revenir trentecinq ans plus tard avec toute l’inquiétude et toute la force de sa poésie de peintre.
A Londres, il rencontra Daubigny, qui lui rendit un double service. 11 lui acheta un tableau de Hollande, le Canal à Zaandam, des barques aux voiles déployées voguant sur l’eau glauque, sous le ciel mouvementé de nuées, des rives basses où tournent des moulins. Pour achever l’histoire de ce beau tableau, relatons que, Daubigny mort, les experts de sa première vente le retirèrent comme chose nulle. A une deuxième vente, il fut admis et acheté moins de cent francs par Théodore Duret.
Le second service rendu par Daubigny fut de présenter à Durand-Ruel les deux voyageurs, Monet et Pissarro, commencement d’une liaison qui devait durer toute la vie du marchand et des deux artistes par lesquels les autres, qui étaient Renoir et Sisley, connurent aussi la balte et l’asile au cours de leur vie mouvementée. L’ami de la première heure, Frédéric Razille, n’était plus là, frappé mortellement au combat de Beaune-la-Rolande, le 28 novembre 1870. 11 était âgé de vingt-neuf ans, s’était engagé volontairement au 3® zouaves.
Dans le journal Excelsiordii 28 novembre 1910, Gustave Coquiot a publié sur cette rencontre de Monet et de Durand-Ruel une interview de ce dernier conçue en ces termes :
« — C’est Monet que fai rencontré le premier, nous dit M. Durand-Ruel.
» Daubigny nie présenta Claude Monet en 1870, à Londres; et, sur sa recommandation, je me suis tout de suite intéressé à ce peintre, qui avait déjà un grand talent. Un homme solide et résistant, et qui me parut devoir peindre sans fatigue pendant plus d’années que je ne m’en donnais à moi-même à vivre ; il est vrai que je suis leur aîné, à Monet et à Renoir, de neuf ans!...
CLAUDE MON ET
Rentré à Paris, Manet vint m’apporter ses tableaux et je devins son marchand attitré.
)) Deux ans plus tard, je connus Renoir, en même temps d’ailleurs que Manet; puis. J’entrai en relations avec Pissarro, Degas, Puvis de Chavannes et Sisley.
» J’étais alors installé depuis 1869 dans mes galeries actuelles de la rue Laffitte. Ah ! le vilain moment pour la peinture! Si je n’avais pas été le fils d’un marchand de tableaux, d’abord papetier; si je n avais pas été, en un mot, nourri dans le métier, je n’aurais pas pu soutenir la bataille que j’avais entreprise alors contre le goût public.
» Autant mon père avait eu de peine à imposer la grande école de 1830, les Delaeroix, les Decamps et les Corot; autant moi, je retrouvais les mêmes périls à vouloir vendre des tableaux de Monet et de Renoir.
» On me traitait de fou, d’halluciné. On m’avait accordé un certain crédit (dame ! après la victoire ! ) parce que j’avais conservé de beaux Delacroix, des Corots, mais de me voir prôner maintenant des Monets et des Renoirs, quel manque de sens commun de ma part! C’est tout juste si fon ne m’insultait pas publiquement! ))
Ce qui sauva surtout ces artistes intrépides, aux prises avec toutes les difficultés de la vie, ce fut la cohésion de leur groupe. Leur union entre eux, l’appui qu’ils trouvèrent auprès de quelques-uns de leurs aînés, letir firent traverser à travers tous les obstacles les années mauvaises.
« — Je fus tout de même fortement malmené, poursuit M. Durand-Ruel .
» Oui, en 1875, précisément, quand j’organisais , à f hôtel Drouot, une première vente de tableaux de Monet et de Renoir, que j’avais, par précaution, présentés dans de superbes cadres. Là, pendant la vente, ce fut un beau «chahut» comme on dit maintenant. Ab! comme nous fûmes tous bafoués, et principalement, bien entendu, Monet et Renoir ! Le public hurla, nous traita d’imbéciles et de gens sans pudeur. Des tableaux furent vendus
50 francs à cause des cadres. J'en retirai beaucoup moi-même. Après, ce fut tout juste si fon ne m’emmena point à Charenton ! Heureusement que j’étais en bons termes avec ma famille!
— Et la revanche ?
— Elle est complète! Un tableau que je me souviens d’avoir retiré à 110 trancs, fit plus tard 70.000 Irancs en vente publique. Un autre aeheté 50 francs, revendu je ne sais combien de fois — tous les amateurs successils y perdant leur esprit — est monté à plus de 100.000 francs, ces derniers temps.
— En somme, monsieur, vous avez pu tenir jusqu’au bout?
— Oh! sans l’Amérique, j’étais perdu, ruiné, d’avoir acheté tant de Monets et de Renoirs! Deux expositions laites là-bas, en 1886, me sauvèrent. Le public américain, lui, ne ricana point. Il acheta — modérément, c’est vrai ; mais, grâce à lui, Monet et Renoir purent enfin vivre; et depuis, comme vous le savez, le public français a bien suivi; car, il n’y a que de lui tenir tête obstinément. »
L’atelier des Batignolles. — Le café Guerbois
Un précieux témoignage de l’histoire de ces peintres indépendants est daté de 1870.
Si Claude Monet eut son tableau refusé au Salon de cette annéelà, sa personne y figura, peinte par Fantin-Latour dans V Atelier des Batignolles, qui fut depuis acquis par l’Etat en 1892, et qui est maintenant au musée du Luxembourg. Tableau de la même inspiration et du même ordre que les réunions de gardes-civiques, de syndics et de régents d’bospice des Hollandais; que V Atelier de Courbet; que Y Hommage à Delacroix, œuvre précédente de Fantin; en attendant, de Fantin encore. Autour du piano; et plus récemment, Y Hommage à Cézanne, de Maurice Denis.
h' Atelier des Batignolles est l’atelier d’Édouard Manet, un hommage qui témoigne aujourd’hui pour le groupement d’artistes, d’écrivains, d’amateurs, qui entouraient de leur sympathie le mouvement naissant. Au centre, Édouard Manet peignant, vêtu d’un veston gris sur lequel flotte une cravate bleue, et d’un pantalon gris clair. Sa fine tête à barbe légère et blonde, son front découvert, ses yeux attentifs, son élégance de gentleman en souliers vernis, tout dit à la fois l’artiste et l’homme à la mode. Trois des personnages rassemblés regardent attentivement la toile que peint le maître de YOlympia. C’est, debout derrière Manet, à sa droite, le peintre allemand Otto Scbolderer. Auprès de Manet, un peu à gauche, Auguste Renoir, maigre, tout jeunet, couvert d’un macfarlane et coifle d’un tout petit chapeau. Assis tout contre Manet, Zacharie Aslruc, massif, sérieux, belle tête léonine. Un groupe de quatre autres personnages, qui conversent ensemble, se compose d’Émile Zola, barbu, la face pleine, le front lumineux, les yeux réfléchis, un sourire errant, la main jouant avec son binocle; Edmond
Maître, ami de Fantin; l’immense Bazille, qui regarde la toile de Manet, et, derrière lui, presque perdu entre sa grande silhouette et le cadre, Claude Monet, petit, trapu, ayant l’air d’attendre son tour pour regarder la peinture de Manet.
J’ai déjà indiqué comment ces artistes se rencontrèrent, au hasard des circonstances de la vie, ce hasard où il semble qu’il y ait de l’attraction, qui fait se joindre les molécules éparses. Claude Monet, à dix-huit ans, est le compagnon de Pissarro à un cours de dessin, puis de Renoir, de Sisley, de Bazille, chez Gleyre. Les promenades de ces camarades à travers les expositions des dernières années de l’Empire les mènent à la galerie Martinet, où avait exposé Delacroix, où expose Manet. Celui-ci, au Salon, est agacé par la signature de son presque homonyme, mais efface vite ce mouvement de nervosité : les deux artistes, l’aîné et le cadet, sont vite des amis, et les cinq jeunes gens se joignent à ceux qu’ils regardent comme des maîtres auxquels ils se rallient en pleine bataille, Édouard Manet et Edgar Degas. Tous viennent chercher le repos du soir, l’agrément de la conversation, et aussi l’excitant de la discussion au café Guerbois, avenue de Glichy. Avec eux, il y a des hommes de lettres : Duranty, critique et romancier du réalisme depuis vingt ans; Émile Zola, débutant, qui vient avec son compatriote Paul Cézanne. C’est de là que Zola j)artit en guerre, comme Duranty, comme plus tard Duret, et c’est à peu près toute la levée de plumes qui se fit pendant plusieurs années pour défendre et expliquer les nouveaux peinti’es. D’autres noms parmi ces causeurs du soir : Fantin-Latour, Bracquemond, Léon Cladel, puis Raffaëlli, plus jeune, venu sur le tard, qui devait comprendre l’ouverture d’espace qui s’était faite, mais qui localisa son obserA^ation, ne se donna pas à l’étude des phénomènes lumineux. Huysmans vint aussi. Forain ne parut pas au Guerbois, fit plus tard partie du groupe, et se donna, avec l’ardeur et la force que l’on sait, à la satire sociale.
On peut distinguer dans cet assemblage d’hommes qui se présentent réunis par les catalogues des expositions et les malédictions de la critique. Bs se sont tour à tour appelés les Impressionnistes, les Indépendants, les Intransigeants, mais ces deux