SCENE IflII
pensée sur ma fille, ne voulez-vous point donner l'exemple du respect qu'on lui doit?
fauveau, à demi-voix.
Oui, oui, ça viendra; mais pour l'instant, faut de la prudence. Si vous voulez la marier un jour ou l'autre, faut pas tant ébruiter son malheur.
RÉÎ1Y.
Ah î vous croyez qu'elle ne mérite pas de rencontrer un honnête garçon qui regarde à la bonté de Dieu plus qu'à la rigueur des hommes?
fauveau, avec Intention.
C'est de la rigueur, si vous voulez... mais ça règne partout, et les parens regardent à ça, si les enfans n'y regardent point!
rémy, bas en poussant Fauveau du coude <.t lui montrant Rose, qui est toujours près de Claudio.
Et pourtant Mme Rose a fait parler d'elle plus souvent que ma fille. Est-ce qu'à cause de son bon cœur et de sa grande charité, un honnête homme ne pourrait pas l'aimer?
FAUVEAU
Si fait ! où voulez- vous en venir?
rémy, avec intention et toujours bas.
Et comme elle est riche avec ça, iljy'a bien des parens qui voudraient, malgré le préjugé, la faire épousera leur fils?
fauveau, piqué tt oubliant de parler bas. C'est-il pour me blâmer que vous dites ça ?
rémy, parlant haut.
Non! je ne pense qu'à ma fille, moi. Pour moi, Claudie est sanctifiée, et ce n'est pas à moi qu'il faut venir dire que les idées du monde peuvent prévaloir contre elle.
Otf
fauveau, très-hantf ave co'èrf.
Les idées du monde, c'est les miennes, et je ne veux point les voir démolir... (Appuyant tùrses mots.) Faut pas, parce que vous savez mieux parler que moi, chercher à méprendre pour une bête.
la mère, se mettait entra eux.
Eh bien, eh bien ! allez-vous point vous quereller à cette heure ?
rose, demém?, attirant Rémy à elle.
Qu'est-ce qu'il y a donc?
FAUVEAU
Il y a que ce vieux-là est trop entêté de son orgueil. rémy, se calmant et sy exaltant ensuite.
Mon orgueil ! non ! ce n'est point ça, père Fauveau, vous ne comprenez pas. Il est tombé, mon orgueil, je l'ai mis aujourd'hui sous mes pieds! J'ai rendu cet hommage au grand juge qui m'a fait retrouver ma force et ma raison comme par miracle au moment où ma fille outragée en avait besoin ! J'ai été colère, j'ai été fou un moment. C'était la maladie qui se débattait en moi avec la guérison. Mais un moment après, tenez! ma vue s'est éclaircie, et il m'a semblé, comme je m'en allais d'auprès de vous autres, que je vovais la vérité du ciel face à face. Alors, tous vos ménagemens... et ma fierté, à moi, mon orgueil, comme vous dites, tout ça se dissipaiteomme un brouillard devant le soleil du bon Dieu. Oui, Dieu est grand! Dieu est juste! Il veut que la justice règne sur la terre !...
Le père Fauveau a repris sa place et garde le silence. Sylvain, qui s'est levé, vient s'agenouiller devant Rémy avec respect.
SYLVAIN
Vous dites vrai, homme de bien! C'est pourquoi.