‹ ClaudieChapitre 52 sur 83 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

(Claudie est entrée , elle tient son petit sac du premier acte , va ouvrir le bas de buffet, et en retire quelques bardes, qu^elle pose sur une chaise à gauche. Sylvain, qui lui a tourné le dos brusquement en la voyant entrer, la regarde à la dérobée.)

SYLVAIN, après quelques instants de silence.

Qu*est-ce que vous cherchez donc là, Claudie?

Je prends mes effets pour m'en aller, maître Sylvain.

SYLVAIN

Comment ! vous partez ?

Tout de suite.

SYLVAIN

Pourquoi ça? vous deviez rester encore une quinzaine?

CLAUDIE, avec douceur, s'agenouillant devant la chaise et mettant ses effets dans son sac pendant le dialogue suivant.

J'y étais décidée. Je pensais que mon travail faisait besoin dans la maison d'ici. Mais je viens de rencontrer madame Rose, qui, contre sa coutume, m'a parlé trèbdurement. Elle m'a dit des paroles que je n'entends point, et puis elle m'a fait connaître que mon père et moi étions une charge et un embarras dans son domaine. Là dessus, je lui ai fait soumission et j'allais vilement pour louer une charrette, quand votre mère tout en pleuiant m'a dit : « Oui, il faut vous en aller, ma pauvre fille, mais ça ne » serait pas assez doux le pas du cheval, je veux que nos » bœufs conduisent votre père. » Et elle a couru les faire

lier. Moi, je vas quérir mon père, et je vous fais mes adieux, maître Sylvain, en vous remerciant de toutes les complaisances et honnêtetés que vous avez eues pour nous.

Madame Rose a eu tort, vous ne nous gêniez point.

GLAUDIEo

Ayant travaillé de mon mieux, je ne croyais point que la maladie de mon père vous eût porté nuisance. Mais on a été si bon pour nous ici, que j'aurais grand tort de me plaindre pour un petit moiiient d'humeur. Tant que je vivrai, je vous aurai de Tubligation à tous, et à vous en particulier, maître Sylvain, pour ce que véritablement vous avez sauvé la vie à mon père; et si, malgré que je n'ai rien et que je ne peux pas faire beaucoup, vous veniez à avoir besoin de moi pour quelque service dans mon moyen et dans mon pays, je serais aux ordres de votre famille et bien contente de vous obliger.

(Elle se lève.) SYLVAIN, ému.

Merci, Claudie^ merci ! (A part.) 0 mon Dieu ! pour la première fois qu'elle me parle si amiteusement, ne pouvoir pas m'en réjouir! (Haut.) Et vous partez? vous n'avez plus rien à me dire ?

Rien que je sache, maître Sylvain.

SYLVAIN

Et vous ne savez point ce que la bourgeoise a contre vous?

Non.

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