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ridicule. Alors, quoi, c'est fini nous deux? Et si
je la tourmente de questions, nous nous quitterons brouillécs?.…. Je prends ma grammaire anglaise, il n’y a rien d'autre à faire ; elle a un geste empressé pour ouvrir mon cahier,
C’est la première fois, et la seule, que j'ai pris
avec elle une leçon sérieuse; le cœur tout gonflé et prêt à crever, j'ai traduit des pages entières de:
« Vous aviez des plumes, mais il n'avait pas de cheval.
» Nous aurions les pommes de voire cousin s'il avait beaucoup de canifs.
» Avez-vous de l'encre dans votre encrier?
Non, mais j'ai une table dans ma chambre à coucher, elc., elc. »
Vers la fin de la leçon, cette singulière Aimée me demande à brùle-pourpoint :
— Ma petite Claudine, vous n’êtes pas fächée contre moi?
Je ne mens pas tout à fait :
— Non, je ne suis pas fâchée contre vous.
C'est presque vrai, je ne me sens pas de colère, rien que du chagrin et de la fatigue. Je la reconduis, et je l’embrasse, mais elle me tend sa joue en tournant si fort la tête que mes lèvres touchent presque son oreille. La petite sans cœur! Je la regarde s'en aller sous le reverbère avec une vague envie de courir après elle; mais à quoi bon?
J'ai dormi assez mal, mes yeux le prouvent,
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cernés jusqu’au milicu des joues; heureusement, ça me va plutôt bien, je le constate dans la glace en brossant rudement mes boucles (toutes dorées ce matin) avant de partir pour la leçon de chant.
J'arrive une demi-heure trop tôt, et je ne peux n'empècher de rire en trouvant deux de mes camarades, sur quatre, déjà installées à l'écolet Nous nous inspectons mutuellement, et Anaïs a un sifflement approbateur pour ma robe bleue et mon tablier mignon. Elle a sorti pour la circonstance son tablier du jeudi et du dimanche, rouge, brodé de blanc (il la fait paraître encore plus pâle); coilfée en « casque » avec un soin méticuleux, la coque très avant, presque sur le front, elle se serre à étouffer dans une ceinture neuve. Charitablement, elle remarque tout haut que j'ai mauvaise mine; mais je réponds que l’air fatigué m'avantage. Marie Belhomme accourt, écervelée et éparse, àson ordinaire. Elle a fait des frais, elle aussi, quoique en deuil ; sa fraise de crêpe ruché lui donne un air de pierrot noir, ahuri; avec scs longs yeux veloutés, son air naïf ct éperdu : elle est toute gentille. Les deux Jaubert arrivent ensemble, comme toujours, pas coqueltes, ou du” moins pas tant que nous autres, prêles à se tenir irréprochablement, à ne pas lever les yeux, et à dire du mal de chacune de nous, après la leçon.
Nous nous chauffons, serrées autour du poêle, en blaguant par avance le bel Antonin. Attention,
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le voici... Un bruit de voix et de rires s’approche, M'e Sergent ouvre la porte, précédant lirrésistible adjoint.
Splendide, le Rabastens! Casquetté de fourrures, vêtu de bleu foncé sous son pardessus, et il se décoiffe et se dévêt en entrant, après un profond « Mesdemoiselles! » Il a décoré son veston d'un chrysanthème rouge rouillé du meilleur goût et sa cravale impressionne, vert-de-gris avec semis d’anneaux blancs entrelacés. Une régate travaillée au miroir! Tout de suite nous sommes rangées et convenables, avec des mains qui tirent sournoisement les corsages pour défaire jusqu'aux velléités de plis disgracieux. Marie Belhomme s'amuse déjà de si bon cœur qu’elle pouffe bruyamment, et s’arrèle effrayée d'elle-même. Mie Sergent fronce ses lerribles sourcils et s’agace. Elle m'a regardée en entrant : je parie que sa petite lui raconte tout, déjà! Je me répète obstinément qu'Aiméc ne vaut pas tant do chagrin, mais je ne mo persuade guère.
— Mesdemoiselles, grasseye Rabastens, l'une de vous voudra-t-elle me passer son livre?
. La grande Anaïs tend vite son Marmontel pour se mettre en valeur, et reçoit un « merci » d’amabilité exagérée. Ce gros garçon-là doit se faire des politesses devant son armoire à glace. Il est vrai qu'il n’a pas d’armoire à glace.
— Mademoiselle Claudine, me dit-il avec une
œillade enchanteresse (enchanteresse pour lui,
s'entend), je suis charmé et très honoré de devenir votre collègue; car vous donniez des leçons de chant à ces demoiselles, n’est-ce pas?
— Oui, mais elles n’obéissent pas du tout à une de leurs compagnes, coupe brièvement Mile Sergent, que ce bavardage impatiente. Aidée par vous, Monsieur, elle obtiendra de meilleurs résultats, ou elles échoueront au brevet; car elles sont nulles en musique.
Bien fait! ça lui apprendra à filer des phrases inutiles, au Monsieur. Mes camarades écoutent,
avec un étonnement non dissimulé; jamais on n’avait encore employé pour elles tant de galanterie; surtout, elles restent stupéfaites des compliments que me prodigue le louangeur Antonin.
M'e Sergent prend le « Marmontel » et indique à Rabastens l'endroit que ses nouvelles élèves refusent de franchir, par défaut d'attention les unes,
par incompréhension les autres (sauf Anaïs à qui sa mémoire permet d'apprendre par cœur tous les exercices de solfège sans les « battre » et sans les
: décomposer). Comme c’est vrai, qu’elles sont «nulles en musique », ces petites cruches, et comme elles mettent une sorte de point d'honneur à ne pas m'obéir, elles se feraient sûrement octroyer des zéros au prochain examen. Cette perspective enrage Mile Sergent qui chante faux et qui ne peut leur servir de professeur de chant, non plus que Mie Aimée Lanthenay mal guérie d’une laryngite ancienne.