HORS
toujours un peu quand celte petite arrive. Ah! tou ça c’est mal arrangé!
Je m’enfonce si loin dans mes pensées que je ne vois pas la grande Anaïs qui exécute une danse sauvage autour de moi :
— Voux-tu me laisser tranquille, sale monstre! Je n’ai pas envie de jouer aujourd’hui.
— Voui, je sais, c’est le délégué cantonal qui te trotte.. Ah! dame, tu ne sais plus auquel entendre, Rabastens, Duterire, qui encore? As-tu fait ton choix ? et Mie Lanthenay ?
Elle tourbillonne, avec des yeux démoniaques dans sa figure immobile, furicuse au fond. Pour avoir la paix, je me jette sur elle et lui meurtris les bras de coups de poing; elle crie tout de suite, lâchement, et se sauve; je la poursuis, et la bloque dans le coin de la pompe, où je lui verse un peu d'eau sur la tête, pas beaucoup, le fond du gobelet commun. Elle se fâche tout à fait :
— Tu sais, c’est stupide, c'est pas des choses à faire, justement je suis enrhumée, je tousse!
: — Tousse! Le docteur Dutertre te donnera une consultation gratuite, et encore quelque chose avec!
La venue de l’amoureux Duplessis coupe notre querelle; il est transfiguré, depuis deux jours, cet Armand, et ses yeux rayonnants disent assez qu’Aimée lui a accordé sa main, avec son cœur et sa foi, tout ça dans le même sac. Mais il voit sa douce fiancée qui bavarde et rit, entre Dutertre
CLAUDINE A L'ÉCOLE es
et la Directrice, lutinée par le délégué cantonal,
encouragée par Mle Sergent, et ses yeux noircis-
sent. Ah! Ah! il n’est pas jaloux, non, c'est moil
Je crois bien qu'il retournerait sur ses pas si la
rousse, elle-même, ne l’appelait. Il accourt à
grandes enjambées et salue profondément Dutertre
qui lui serre la main familièrement, avec un geste de félicitations. Le pâle Armand rougit, s’illumine, et regarde sa petite fiancée avec un tendre orgueil.
Pauvre Richelieu, il me fait de la peine! Je ne
sais pas pourquoi, mais j'ai idée que cette Aimée qui joue à demi l’inconscience et s’engage si vite ne lui donnera guère de bonheur. La grande Anaïs ne perd pas un geste du groupe, et en oublie de m’injurier.
— Dis donc, me souffle-t-elle tout bas, qu’estce qu’ils font comme ça ensemble ? Qu'est-ce qu’il y a?
J'éclate : « Il y a que M. Armand, le compas, Richelieu, oui, a demandé la main de Mie Lanthenay, qu’elle la lui a accordée, qu'ils sont fiancés, et que Dutcrtre les félicite, à l'heure qu’il est! C’est ça qu'il y a!
— Ah!... Bien vrai, alors! Comment, il lui a demandé sa main, pour se marier ?
Je ne peux pas m'empêcher de rire; elle a làchéle mot si naturellement, avec une naïveté qui .ne lui est pas habituelle! Mais je ne la laisse pas moisir dans sa stupéfaction : « Cours, cours, va chercher n’importe quoi dans la classe, entends
dés LEE
ce qu’ils disent; de moi ils se méfieraient trop : 1 . vite! »
Elle s’élance ; passant près du groupe, elle perd adroitement son sabot (nous portons toutes des sabots, l'hiver), et tend ses oreilles en s’attardant à le remettre. Puis elle disparaît et revient, portant ostensiblement ses mitaines qu'elle glisse sur ses mains en revenant près de moi.
— Qu'est-ce que {u as entendu ?
— M. Dutertre disait à Armand Duplessis : « Je ne forme pas pour vous de vœux de bonheur, Monsieur, ils sont inutiles quand on épouse une pareille jeune fille. » Et Mlle Aimée Lanthenay baissait les yeux, comme ça. Mais vrai, je n’aurais jamais cru que ça y était, aussi sûr que ça
Moi aussi je m'étonne, mais pour une autre raison. Comment ! Aimée se marie, et ça ne produit pas plus d’eflet à M'® Sergent? Sürement il y a là-dessous quelque chose que j'ignoret Pourquoi aurait-elle fait ces frais de conquête, et pourquoi ces scènes de larmes à Aimée, si elle la donne maintenant, sans plus de regrets, à un Armand Duplessis qu’elle connaît à peine? Que le diable les emporte toutes! Il va falloir encore que je
Après tout, elle n’est sans doute jalouse que des
(apr & 1 à découvrir le fin mot de l’histoire.
femmes. 3 Pour me dégourdir les idées, j’organise une