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| GLAUDINE A L'ÉCOLE.
— Qu’appelle-t-on une « fissure? »
— C’est une lézarde qui, régulièrement, devrait se trouver dans un mur, mais qu'on rencontre parfois ailleurs, et même dans les endroits les ‘plus abrités du soleil.
— Qu’appellet-on une « fiancée? »
— C'est une hypocrite pelite coureuse qui fait des farces à un sous-maître amoureux d’elle.
— Que feriez-vous à la place dudit sous-maitre ?
— Je lancerais mon pied dans la partie postérieure du délégué cantonal et une paire de gifles à la petite rosse qui le mène constater des fissures. > — Qu'arriverait-il ensuite?
— Il arriverait un autre sous-maître et une
nouvelle adjointe.
La grande Anaïs hausse son atlas de temps à “autre pour poufler derrière. Mais j'en ai assez. Je veux aller dehors, tâcher de Les voir revenir. Em- -ployons le vulgaire moyen :
— Mmmselle ?..
. Pas de réponse.
- — Mmmselle, s’iou plaît, permett’ sortir ?
— Oui; allez, et ne soyez pas longtemps.
Elle a dit ça sans accent, sans pensée; visible- Ex toute son âme est là-bas, dans la chambre où le mur neuf pourrait se lézarder. Je sors vivement, je cours du côté des cabinets « provisoires » (eux aussi), et je reste tout près de la porte trouée d’un losange, prêle à me réfugier dans l'infect petit kiosque si quelqu'un survenait. Au moment où
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je vais rentrer dans la classe, désolée, — car le temps moral est écoulé, hélas! — je vois Dutertre qui sort (tout seul), de l’école neuve, en remettant … ses gants d’un air satisfait. Il ne vient pas ici, et s’en va directement en ville. Aimée n'est pas avec lui, mais ça m'est égal, j'en ai assez vu. Je me. retourne pour rentrer en classe, mais je recule « effrayée : à vingt pas de moi — derrière un mur neuf haut ‘de six pieds qui protège le petit « édi- M cule » des garçons (semblable au nôtre et également provisoire) — apparaît la tête d’Armand. Le pauvre Duplessis, pâle et ravagé, regarde dans » la direction de notre école neuve; je le vois pen- « dant cinq secondes, et puis il disparaît, enfilant à « toutes jambes le chemin qui mène aux bois. Je ne. ris’plus. Qu'est-ce quetout ça va devenir ? Rentrons vite, sans flâäner davantage. | 1
La classe bouillonne toujours : Marie Belhomme « a tracé sur la table un carré traversé de deux diagonales et de deux droites quise coupent au centre « du carré, la « Caïllotte », et joue gravement à ce jeu délicieux avec la nouvelle petite Lanthenay — pauvre petite Luce! — qui doit trouver cette « école fantastique. Et Mi! Sergent regarde toujours | à la fenêtre.
Anaïs, en train de colorier aux crayons Conté les portraits des grands hommes les’plushideux de l'Histoire de France, m’accueille par un « quoi que t'as vu? » À
— Ma vieille, ne blague plus! ApuRnt Dugles- 2
Bois les guettait au-dessus du mur des cabinets ; - Dutertre est rentré en ville, et le Richelieu est parti en courant comme un fou!
— (Ça, je parie que c’est des mensonges que tu me colles!
— Non là, je te dis, c’est pas le jour, je l’ai vu, ma pure parole! J'en ai le cœur qui me bat!
- L'espoir du drame possible nous rend silencieu- - ses un instant. Anaïs demande :
— Tu vas le raconter aux autres?
— Non, ma foi, ces cruches le répéteraient.
» Rien qu’à Marie Belhomme, tiens.
Je narre tout à Marie, dont les yeux s’arrondis- - sent encore, et qui pronostique : € Tout ça finira | mal! »
La porte s’ouvre, nous nous retournons d’un seul mouvement : c’est Mlle Aimée, le teint animé, - un peu essoufflée. Ml Sergent court à elle, et re- + lient juste à temps, le geste d’étreinte qu’elle ébau- « chait. Elle renaît, la Directrice, elle respire, elle » entraîne la petite coureuse près de la fenêtre et * la questionne avidement. (Et notre leçon de géographie?) L'enfant prodigue, sans émoi excessif, débite de | petites phrases qui ne paraissent pas satisfaire la curiosité de sa digne supérieure. À une question plus anxieuse, elle répond « Non », en secouant la tête, avec un sourire malicieux ; la rousse, alors pousse un soupir de soulagement. Nous trois, à la première table, nous observons, tendues d’at-
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tention. J’ai un peu de crainte pour cette immorale petite, et je l’avertirais bien dese méfier d'Armand, mais l’autre, sa despote, prétendrait tout de suite que je suis allée dénoncer sa conduite à Richelieu, au moyen de lettres anonymes, peut-être. Je m'abstiens.
Elles m'irritent avec leurs chuchotements! Finissons-en... Je lance un « Houchet » à demi-voix pour attirer l’attention des camarades, et nous commençons le bourdon. Le bourdon n’est d’abord qu'un murmure d'abeille, continu; il s’enfle, grossit, et finit par entrer de force dans les orcilles de nos toquées d’institutrices, quiéchangent unregard inquiet ; mais Mlle Sergent, brave, prend l'offensive:
— Silence! Si j'entends bourdonner, je mets la classe en retenue jusqu’à six heures! Croyez-vous que nous puissions vous donner régulièrement les leçons tant que l'École neuve ne sera pas achevée? Vous êtes assez grandes pour savoir que vous de-. vez travailler seules, quand l’une de nous est empêchée de vous servir de professeur. Donnez-moi un atlas. L'élève qui ne saura pas sa leçon sans faute me fera des devoirs supplémentaires pendant huit jours!
Elle a de l'allure, tout de même, cette femme laide, passionnée et jalouse, et toutes deviennent muettes aussitôt qu’elle élève la voix. La leçon est récitée tambour battant, et personne n’a envie de se « dissiper » parce qu’on sent souffler un vent menaçant de retenues et de pensums. Pendant ce «
temps, je songe que je ne me consolerai pas, si je n’assiste pas à la rencontre d’Armand et d’Aimée ; . j'aime mieux me faire renvoyer (pour ce que ça me coûte) et voir ce qui se passera.
* À quatre heures cinq, quand résonne à nos oreilles le quotidien : « Fermez les cahiers et mettez-vous en rangs », je m'en vais, bien à regret. Allons, ce . n’est pas encore pour aujourd’hui la tragédie ines-
péréel J’arriverai demain à l'école de bonne heure pour ne rien manquer de ce qui se passera.
Le lendemain matin, arrivée bien avant l'heure réglementaire, j'entame, pour tuer le temps, une conversation quelconque avec la timide et triste Mie Griset, toujours pâle et craintive.
— Vous vous plaisez ici, Mademoiselle ?
Elle regarde autour d’elle avant de répondre:
— Oh! pas beaucoup, je ne connais personne, je m'ennuie un peu.
— Mais votre collègue est aimable avec vous, ainsi que M'° Sergent ?
— Je... je ne sais pas; non, vraiment, je ne sais pas si elles sont aimables; elles ne s'occupent jamais de moi.
— Par exemple!
— Oui, à table elles me parlent un peu, mais une fois les cahiers corrigés, elles s’en vont et je reste toute seule avec la mère de M'° Sergent, qui dessert et se renferme dans la cuisine.
— Et où vont-elles, toutes deux?
— Dame, dans leurs chambres.
À-t-elle voulu dire leur chambre, ou leurs chamdres? Malheureuse, va! Elles les gagne, ses soixantequinze francs par mois!
— Voulez-vous que je vous prête des ae Mademoiselle, si vous vous ennuyez le soir?
(Quelle joie! Elle en devient presque rose!)
— Oh! je veux bien... Oh! vous êtes bien aimable ; est-ce que vous croyez que cela ne fâchera pas la Directrice?
— M°° Sergent ? Si vous croyez qu'elle le saura seulement, vous avez encore des illusions sur l’intérêt que vous porte cette rousse!
Elle sourit, presque avec confiance, et me de- = mande si je veux lui prêter le Roman d'un Jeune : Homme Pauvre, qu’elle a tant envie de lire! Certes, elle l'aura demain, son Feuillet romanesque; elle me fait pitié, cette abandonnée! Je l’élèverais bien au rang d’alliée, mais comment compter sur cette pauvre fille chlorotique, et trop peureuse?
A pas silencieux, la sœur de la favorite s’avance, la petite Luce Lanthenay, contente et effarouchée de causer avec moi.
— Bonjour, petit singe; dis-moi « bonjour, Votre Altesse », dis-le tout de suite. Tu as bien dormi?
Je lui caresse rudement les cheveux, ce qui ne paraît pas lui déplaire, et elle me rit de ses yeux verts pareils, pareils tout à fait, aux yeux de Fanchette, ma belle chatte.
— Oui, Votre Altesse, j'ai bien dormi,
— Où couches-tu ?
— Là-haut.
— Avec ta sœur Aimée, bien entendu ?
— Non, elle a un lit dans la chambre de M"*° Sergent.
— Un lit? tu l’as vu?
— Non... oui... c’est un divan; il paraît qu'il se déplie en forme de lit, elle me Pa dit.
— Elle te l’a dit? Gourde! cruche obscuret objet sans nom! ramassis infect ! rebut du genre humain!
Elle fuit épouvantée, car je scande mes insultes de coups de courroie à livres (oh! pas des coups bien forts), et, quand elle disparaît dans l'escalier, je lui jette cette suprême injure: « Graine de femme! tu mérites de ressembler à ta sœur! »
Un divan qui se déplie! Je déplierais plutôt cs mur! Ça ne voit rien, ces êtres-là, ma parole! Elle a pourtant l’air assez vicieuse, celle-là, avec ses yeux retroussés vers les tempes.. La grande Anaïs arrive pendant que je souffle encore, et me demande ce que j'ai.
— Rien du tout, j'ai seulement battu la petite Luce pour la dégourdir un peu.
— Y a rien de nouveau?
— Rien, personne n’est descendu encore. Veux-tu jouer aux billes?
— À quel jeu? j'ai pas de « neuf billes !, »