‹ Claudine à l'écoleChapitre 18 sur 58 · LE CRE · texte numérisé non relu

LE CRE

136 CLAUDINE À L'ÉCOLE | je te fe ferai renvoyer chez nous sous prétexte que tu netravailles pas. » Alors, tu penses, jen'’ai plus eu qu’à me taire.

— Houche! Mademoiselle revient.

Effectivement, Mie Sergent s’approche de nous, quittant son air tendreet riant pour sa figure d'institutrice :

— Vous avez fini, Mesdemoiselles? Je vais vous dicter un problème de géométrie.

Des protestations douloureuses s'élèvent, demandant encore cinq minutes de grâce. Mais Mlle Sergent ne s’émeut pas de cette supplication, qui se renouvelle trois fois par jour, et commence tranquillement à dicter le problème. Le ciel confonde les triangles semblables!

J’ai soin d’apporter souvent des bonbons à dessein de séduire complètement la jeune Luce. £lle les prend sans presque dire merci, en remplit ses

petites mains et les cache dans un ancien œuf à

chapelet, en nacre. Pour dix sous de pastilles de menthe anglaise, trop poivrées, elle vendrait sa

grande sœur et encore un de ses frères par-dessus

le marché. Elle ouvre la bouche, aspire Pair pour sentir le froid de la menthe et dit : « Ma langue gèle, ma langue gèle » avec des yeux pâmés.

Anaïs me mendie effrontément des pastilles, s’en gonfle les joues, et redemande précipitamment avec une irrésistible grimace de prétendue répugnance :

— «Vite, vite donne-.d’autres, pour ôter le goût, celles-là étaient flogres {1 »

Comme par hasard, tandis que nous jouons à la grue, Rabastens entre dans la cour, porteur de je ne sais quels cahiers-prétextes. Il foint une aïmable surprise en me revoyant et profite de l’occasion pour me mettre sous les yeux une romance dont il lit les amoureuses paroles d’une voix roucoulante. Pauvre nigaud a Antonin, tu ne peux plus me servir à rien, maintenant, et tu ne m’as jamais servi à grand’ chose. C’est tout au plus si tu seras encore bon à m’amuser pendant quelque temps, et surtout à exciter la jalousie de mes camarades. Si tu t'en allais.

— Monsieur, vous trouverez ces demoiselles . dans la classe du fond ; je crois les avoir aperçues qui descendaient, n’est-ce pas Anaïs ?

IL pense que je le renvoie à cause des yeux malins de mescompagnes, me lance unregardéloquent et s'éloigne. Je hausse les épaules aux « Hum ! » entendus de la grande Anaïs et de Marie Belhomme, et nous reprenons une émouvante partie de « tourne-couteau » au cours de laquelle la débu-

tante Luce commet fautes sur fautes. C’est jeune,

ça ne sait pas! On sonne la rentrée.

Leçon de couture, épreuve d'examen; c’est à dire qu’on nous fait exécuter les échantillons de

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