LL. ch, le 2e
l'écoute, elle répond : « Oui, Monsieur l’Inspecteur. » Ses yeux se reculent et s'enfoncent; elle a «
sûrement envie de le battre. Il a fini de la raser, c'est à notre tour.
— Que lisait cette jeune fille, quand je suis entré?
La jeune fille, Anaïs, cache le papier buvard rose qu'elle mastiquait et interrompt le récit, évidemment scandaleux, qu’elle déversait dans les oreilles de Marie Belhomme qui, choquée, cramoisie, mais attentive, roule ses yeux d'oiseau avec … un effarement pudique. Sale Anaïs! Qu'est-ce que ça peut bien être que ces histoires-là?
— Voyons, mon enfant, dites vouâr ce que vous « lisiez. |
— La Robe, Monsieur l’Inspecteur.
— Veuillez reprendre.
Elle recommence, avec des mines faussement « intimidées, pendant que Blanchot nous examine de ses yeux vert sale. Il blâme toute coquetterie, et ses sourcils se froncent quand il voit un velours noir sur un cou blanc, ou des frisettes qui volent sur le front et les tempes. Moi, il m'attrape à chacune de ses visites, à cause de mes cheveux toujours défaits et bouclés, et aussi des grandes ” collercttes blanches, plissées, que je porte sur mes « robes sombres. C’est pourtant d’une simplicité que j'aime, mais assez gentille pour qu'il trouve mes costumes affreusement répréhensibles. La grande
Anaïs a terminé la Robe et il lui en fait analyser »
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| logiquement (oh! làt là!) cinq ou six vers. Puis il lui demande :
— Mon enfant, pourquoi avez-vous noué ce velours « nouâr » après (sic) votre cou?
(Ça y est ! Qu'est-ce que je disais? Anaïs, démontée, répond bêtement que «c’est pour tenir chaud ». Gourde sans courage!) |
— Pour vous tenir chaud, dites-vous? Mais ne pensez-vous point qu’un foulard remplirait mieux cet office?
(Un foulard! Pourquoi pas un passe-montagne, antique rasoir? Je ne peux pas m'empêcher de rire, ce qui attire son attention sur moi.)
— Et vous, mon enfant, pourquoi êtes-vous ainsi décoâfiée et les cheveux pendants, au lieu de les porter tordus sur la tête et retenus par des épingles?
— Monsieur l’Inspecteur, ça me donne des migraines.
. — Mais vous pourriez au moins les tresser, je crois ?
— Oui, je le pôurrais, mais papa s’y oppose.
Il me tanne, je vous dis! Après un petit claquement de lèvres désapprobateur, il va s’asseoir et tourmente Marie sur la guerre de Sécession, une des Jaubert sur les côtes d'Espagne, et l’autre sur les triangles rectangles. Puis il m'envoie au tableau noir, et m’enjoint de tracer un cercle. J'obéis. C’est un cercle. si on veut.
— Inscrivez dedans une rosace à cinq feûilles.
Supposez qu’elle est éclairée de gauche, et indiquez par des traits forts les ombres que reçoivent les feüilles. |
Ça, ça m'est égal. S'il avait voulu me faire “4 chiffrer Je n’en sortais pas; mais les rosaces et les . ombres, ça me connaît. Je m’en tire assez bien, » au grand ennui des Jaubert qui espéraient sournoisement me voir grondée.
— C’est... bien. Oui, c’est assez bien. Vous su-
. bissez cette année l’examen de brevet ?
— Oui, monsieur l’Inspecteur, au mois de « juillet.
— Pis, ne voulez-vous point entrer à l’École . Normale après ?
— Non, monsieur l’Inspecteur, je rentrerai dans ma famille.
— Ah? Je crois en effet que vous n'avez point la vocation de l’enseignement. C'est regrettäble.
Il me dit cela du même ton que : « Je crois que vous êtes une infanticide ». Pauvre homme, laissons-lui ses illusions! Mais j'aurais seulement voulu qu'il pût voir la scène d’Armand Duplessis, ou encore l’abandon dans lequel on nous laisse pendant des heures, quand nos deux institutrices sont là-haut à se becqueter…
— Montrez-moi votre seconde classe, je vous prie, Mademoiselle.
Me Sergent l’emmène dans la seconde classe,
où celle reste avec lui pour protéger sa petite
mignonne contre les sévérités inspectoriales.-Pro-
fitant de son absence, j'esquisse au tableau noir une caricature du père Blanchot et de ses grands favoris, qui met les gamines en joic ; je lui ajoute des oreilles d'âne, puis je l’efface vite et je regagne ma place, où la petite Luce passe son bras sous le mien, câlinement, et tente de m’embrasser. Je la repousse d’une légère calotte, et elle prétend que je suis « bien méchante! »
— Bien méchante? Je vais t’apprendre à avoir
avec moi des libertés pareilles! Tâche de museler tes sentiments, et dis-moi si c’est toujours Mademoiselle Griset qui couche dans le dortoir.
— Non, Aimée y a couché deux fois deux jours de suite.
— Ça fait quatre fois. Tu es une cruche ; même pas une cruche, un siau! Est-ce que les pensionnaires se tiennent plus tranquilles quand c’est ta chaste sœur qui couche sous le dais?
— Guère. Et même, une nuit, une élève a été
malade, on s’est levées, on a ouvert une fenêtre,
j'ai même appelé ma sœur pour qu’elle me donne les allumettes qu’on ne pouvait pas trouver, elle n’a pas remué, elle n’a pas plus soufflé que s’il n’y avait personne dans le lit! Faut-il qu’elle ait le sommeil dur?
— Sommeil dur ! Sommeil dur! Quelle oïet Mon Dieu, pourquoi avez-vous permis qu’il y eût sur cette terre des êtres aussi dépourvus de toute intelligence? J'en pleure des larmes de sang!
— Qu'est-ce que j'ai encore fait ?
SÉÉ NE PONS CET RENE NOR E à LE 2