A EP
reuse défaille rien qu’à la regarder, et ne résiste
. plus guère devant nous aux Rate envies qui la saisissent d'embrasser sa mignonne toutes les trois. minutes...
Cette après-midi chaude, la classe bourdonne | un « morceau choisi » qu’on doit réciter à trois | heures ; je sommeille presque, écrasée de paresse nerveuse. Je n’en peux plus, et, tout d’un COUP, | j'ai des envies de grifler, de m'étirer violemment et d’écraser les mains de quelqu'un: ce quelqu'un
se trouve être Luce, ma voisine. Elle a eu la nu: /
que empoignée, et mes ongles enfoncés dedans; heu- 2”
reusement elle n’a rien dit. Je retombe dans ma langueur agacée..
La porte s'ouvre sans qu’on 4 même frappé:
c’est Dutertre, en cravate claire, les cheveux au vent, rajeuni et batailleur. Mie Sergent, dressée, lui a dit à peine bonjour et l’admire passionnément, sa tapisserie « chûtée » par terre. (L’aimet-elle plus qu’Aimée? ou Aimée plus que lui?
Drôle de femme!) La classe s’est levée. Par mauvaiseté, je reste assise, de sorte que Dutertre, quand il se retourne vers nous, me remarque tout de suite. J
— Bonjour, Mademoiselle. Bonjour, les :etites. Comme te voilà affalée, toi!
— Je suis flà . Je n’a plus d’os.
1, Inconsistante, molle.
“ > =. re FANS À, “os LdC RSA
CLAUDINE À L'ÉCULE
— Tues malade?
— Non, je ne crois pas. C’est le temps, la flemme.
— Viens ici, qu’on te voie. !?
Ça va recommencer, ces prétextes médicaux à examens prolongés? La Directrice me lance des regards enflammés d’indignation, pour la façon dont je me tiens, dont je parle à son chéri de dé- . légué cantonal. Non, je vais me gêner! D'ailleurs, il adore ces façons malséantes. Je me traîne pa- resseusement à la fenêtre.
— On n’y voit pas, ici, à cause de cette ombre verte des arbres. Viens dans le corridor, il y fait du soleil. Tu as une piètre mine, mon petit.
(Triple extrait de mensonge! J'ai bonne mine, je me connais; si c’est à cause des yeux battus qu'il me croit malade, il se trompe, c’est bon signe, je mé porte bien quand j'ai du bistre autour des yeux. Heureusement qu'il est trois heures de l'après-midi, sans cela je ne serais pas plus rassurée qu'il ne faut, d’aller, même dans le couloir vitré, seule avec cet individu dont je me défie comme du feu).
Quand il a refermé la porte derrière nous, je me retourne sur lui et je lui dis : -
— Mais non, voyons, je n'ai pas l'air malade ; pourquoi dites-vous Ça ?
— Non? Et ces yeux battus jusqu'aux lèvres ?
— Eh bien, c’est la couleur de ma peau, voilà
Il s’est assis sur le banc et me tient debout de: vant lui contre ses genoux.
— Tais-toi, tu dis des bêtises. Pourquoi as-tu
. toujours l’air fâché contre moi ?
— Si, tu me comprends bien. Tu as une fri-
. mousse, tu sais, qui vous trotte dans la tête quand
on l’a vue!
(Je ris stupidement. O Père Eternel, envoyezmoi de l’esprit, des reparties fines, car je m'en
sens terriblement dénuée!)
— Est-ce vrai que tu vas te promener toujours
; seule dans les bois ?
— Oui, c’est vrai. Pourquoi ?
— Parce que, coquine, tu vas trouver un amou-
reux, peut-être ? Tu es si bien surveillée!
Je hausse les épaules :
— Vous connaissez aussi bien que moi tous les gens d'ici; me voyez-vous un amoureux dedans ?
— C'est vrai. Mais tu aurais assez de vice.
Il me serre les bras, il fait briller ses yeux et
ses dents. Quelle chaleur icit J'aimerais mieux
qu’il me laissât rentrer.
— Si tu es mal portante, que ne viens-tu me
vonsulter, chez moi ?
Je réponds trop vite « Non! je n’irai pas. » et je cherche à dégager mes bras, mais il me tient solidement, et lève vers moi des yeux ardents et méchants, — beaux aussi, c’est vrai.
— 0 petite, petite charmante, pourquoi as-tu
peur ? Tu as sitort d’avoir peur de moil Crois-tu
que je sois un goujat? Tu n’aurais rien à crain-