‹ Claudine à l'écoleChapitre 24 sur 58 · L: sn ci · texte numérisé non relu

L: sn ci

172 €LAUDINE À L'ÉCOLE

dre, rien. O petite Claudine, tu me plais tant, avec | |

tes yeux d’un brun chaud et tes boucles folles! Tu es faite comme une petite statue adorable, je suis sûr...

Il se dresse brusquement, m’enveloppe et m'embrasse; je n’ai pas eu le temps de me sauver, il est trop fort et trop nerveux, et mes idées sont en salade dans ma tête... En voilà une aventure! Je ne sais plus ce que je dis, ma cervelle tourne. Je ne peux pourtant pas rentrer en classe, rouge et secouée comme je suis, et je le sens derrière moi qui va vouloir m’embrasser encore, sürement... J’ouvre la porte du perron, je dévale dans la cour jusqu’à la pompe où je bois un gobelet d’eau. Ouft... Il faut remonter. Mais il doit s'être embusqué dans le couloir. Ah! et puis zut! Je crierai s’il veut me reprendre... C’est qu’il m’a embrassée sur le coin de la bouche, ne pouvant faire mieux, cet animal-là!

Non, il n’est plus dans le corridor, quelle chance! Je rentre dans la classe, et je le vois debout, près du bureau, causant tranquillement avec Mie Sergent. Je m’assieds à ma place, il me dévisage et demande :

— Tu n’as pas bu trop d’eau, au moins? Ces gosses, ça avale des gobelets d’eau froide, c’est détestable pour la santé.

Je suis plus hardie, devant tout le monde.

— Non, je n'ai bu qu'une gorgée, c’est bien assez, je n’en reprendrai pas.

Il rit d'un air content :

— Tu es drôle, tu n’es pas trop bête.

2. Mie Sergent ne comprend pas, mais l’inquiétude qui plissait ses sourcils s’efface peu à peu; elle n’a plus que du mépris pour la tenue déplo- rable que j'affiche avec son idole.

J'en ai chaud, moi; il est stupide! La grande Anaïs flaire quelque chose de suspect et ne peut se tenir de me demander : «Il t’a donc auscultée de bien près, que tues si émue? » Mais ce n'est pas elle qui me fera parler : (Tu es bête! Je te dis que je viens de la pompe. » La petite Luce, à son tour, se frotte contre moi comme une chatte énervée et se risque à me questionner : « Dis, ma Claudine, qu'est-ce qu’il a donc à t’emmener comme ça?

— D'abord, je ne suis pas «ta » Claudine ; et puis ça ne te regarde pas, petite arnie !. Il avait à me consulter sur l'unification des retraites. Parfaitement. | — Tu ne veux jamais rien me dire, et moi i je te dis tout!

. — Tout quoi? Ça m'avance à grand’chose de savoir que ta sœur ne paie pas sa pension, ni la lienne, et que Me Olympe la couvre de cadeaux, ct qu'elle porte des jupons en soie, et que.

— Mouche! Tais-toi, je t'en prie ! Je serais perdue si on savait que je t’ai raconté tout ça!

Page 1