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Je voulais corriger, et puis je l’ai rues une dictée si difficile! — Il est midi passé et l'hôtel est loin. »
Je bâille d’inanition. Mie Sergent 1 nous emmène à un restaurant proche, notre hôtel étant trop loin pour y aller jusque-là sous cette lourde chaleur. Marie Belhomme pleure et ne mange pas, désolée de trois fautes qu’elle a commises (et chaque faute diminue de deux points!) Je raconte à la Directrice — qui ne paraît plus songer à mon escapade d’hier — nos moyens de communiquer; elle en rit, contente, et nous recommande seulement de ne pas commettre trop d’imprudences. En temps d'examen, elle nous pousse aux pires tricheries ;
En'attendant l’heure de la composition française, nous sommeillons presque toutes sur nos chaises, accablées de chaleur. Mademoiselle lit Les journaux illustrés, et se lève après un coup d'œil à l'horloge : Allons, petites, il faut partir. Tâchez de ne pas
Claudine, si vous n'êtes pas notée 18 sur 20 pour la composition française, je vous jette dans la rivière. »
.— J'y serais plus fraîchement, au moins!
Quelles tourtes, ces examinateurs! L'esprit le plus obtus aurait compris que, par ce temps écrasant, Dous composerions en français plus lucide-
. ment le matin. Eux, non. De quoi sommes-nous capables, à cette heure-ci ?
Quoique pleine, la cour est plus silencieuse que ce matin, et ces messieurs se font attendre, encore! Je m'en vais seule dans le petit jardin clos, je m'assieds sous les clématites, dans l’ombre, et je ferme les yeux, ivre de paresse.
- Des cris, des appels : « Claudinet Claudinet » Je sursaute, mal réveillée, car je dormais de tout - mon cœur, et je trouve devant moi Luce effarée qui me secoue, m'entraîne : « Mais tu es folle . mais tu ne sais pas ce qui se passe! on est rentré, . ma chère, depuis un quart d'heure! On a dicté le sommaire de la composition, et puis j’ai osé enfin dire, avec Marie Belhomme, que tu n'étais pas là. on t’a cherchée, Mile Sergent est aux champs, — et j'ai pensé que tu flänais peut-être ici... Ma chère, on va t’en dire, là haut ! »
Je me jette dans l’escalier, Luce derrière moi ; un brouhaha léger se lève à mon entrée, et ces - messieurs, rouges d’un déjeuner qui s’est prolongé tard, se tournent vers moi : « Vous n’y pensiez - plus, Mademoiselle ? où étiez-vous? » C’est Roubaud qui m’a parlé, demi-aimable, demi-rosse;
« J'étais dans le jardin, là-bas, je faisais la sieste. » Un battant de fenêtre ouverte me renvoie mon image assombrie, j’ai des pétales de clématites . mauves dans les cheveux, des feuilles à ma robe,
une petite bête verte et une coccinelle sur l'épaule, et mes cheveux roulent en désordre... Ensemble . pas répugnant... Il faut le croire, du moins, car ces messieurs s’attardent à me considérer et Roubaud me demande à brûüle-pourpoint : « Vous ne » connaissez pas un tableau qui s’appelle le Prin- : temps, de Botticelli? » Pan! je l’attendais : « Si, ” Monsieur... on me l’a déjà dit. » Je lui ai coupé « le compliment sous le pied et il pince les lèvres, vexé; il me revaudra ça. Les hommes noirs rient « entre eux; je gagne ma place, escortée de cette | phrase rassurante, mâchonnée par Sallé, brave homme qui, pourtant, ne me reconnaît pas, le « pauvre myope : « Vous n’êles pas en retard, d’ail- « leurs ; copiez le sommaire inscrit au tableau, vos compagnes n’ont pas encore commencé. » Eh là! « qu'il n’ait pas peur, je ne le gronde pas!
En avant la composition française! Cette petite histoire m'a donné du cœur. |
« Sommaire. — Exposez les réflexions et commentaires que vous inspirent ces paroles de Chrysale : « Je consens qu’une femme ait des clartés « de tout, etc. »
Ce n’est pas un sujet trop idiot ni trop ingrat, " par chance inespérée. J'entends autour de moi des questions anxieuses et désolées, car la plupart de ces petites filles ne savent pas ce que c’est que « Chrysale ni les Femmes Savantes !. Il va y avoir.