‹ Claudine à l'écoleChapitre 32 sur 58 · J'insiste : on ne nous donne de Molière, de Racine, de · texte numérisé non relu

J'insiste : on ne nous donne de Molière, de Racine, de

de jolis gâchis! Je ne peux pas m'empêcher d’er rire d'avance. Je prépare une petite élucubration pas trop sotte, émaillée de citations variées, pour montrer qu’on connaît un peu son Molière; ça marche assez bien, je finis par ne plus penser à ce qui se passe autour de moi.

En levant le nez pour chercher un mot rétif, j'aperçois Roubaud fort occupé à crayonner mon portrait sur un petit calepin. Moi, je veux bien;

et je reprends la pose sans en avoir l’air.

Paft Encore une boulette qui tombe. C’est de Luce : « Peux-tu m'écrire deux ou trois idées générales, je n’en sors pas, je suis désolée; je t’embrasse de loin. » Je la regarde, je vois sa pauvre petite figure toute marbrée, ses yeux rouges, et elle répond à mon regard par un hochement de tête désespéré. Je lui griffonne sur un papier calque tout ce que je peux et je lance la boulette, non en l’air — irop dangereux — mais par terre, dans l’allée qui sépare les deux rangées de tables; et Luse pose son pied dessus, lestement.

Je fignole ma conclusion; j'y développe des cho-

Boileau, etc. que des fragments très courts pendant l’ax née scolaire. Depuis peu de temps, on met aux mains des élèves des éditions expurgées, avant les examens, et le temps des lectures doit être pris sur celui qu’on consacre à apprendre les leçons. Ce genre de littérature assomme les petites filles, qui ne comprennent goutte à Molière. Une petite malheureuse, le jour de l’examen, a écrit; tout le long de sa composition française : « Frisale » «/

- ses qui plairont et qui me déplaisent. Ouft finit! Voyons ce que font les autres.

Anaïs travaille sans lever la tête, sournoise, le bras gauche arrondi sur sa feuille pour empêcher sa voisine de copier. Roubaud aterminé son esquisse

et l'heure s’avanée pendant que le soleil baisse à :

peine. Je suis éreintée; ce soir, je me coucherai

sagement avec les autres, sans musique. Conti- :

nuons à regarder la classe : tout un régiment de tables sur quatre files, qui s’en vont jusqu’au fond; des petites filles noires penchées dont on ne voit que des chignons lisses ou la natte pendante, serrée comme une corde; peu de robes claires, seulement celles des élèves d’éccles primaires comme la nôtre, — les rubans verts, au cou des pensionnaires de Villeneuve, font tache. Un grand silence, troublé par le bruit léger des feuillets qu’on tourne, par un soupir de fatigue... Enfin, Roubaud plie le Moniteur du Fresnois sur lequel il s’est un peu assoupi, et tire sa montre : «Il est l’heure, Mesdemoiselles, je relève les feuilles ! » Quelques faibles gémissements s'élèvent, les petites qui n’ont pas fini s’effarent, demandent cinq minutes de grâce qu'on leur accorde; puis.ces messieurs ramassent les copies et nous lächent. Toutes nous nous levons — on s’élire, on bâille — et les groupes se reforment immédiatement avant le bas de l’escalier ; Anaïs se précipite vers moi :

— Qu'est-ce que tu as mis? Comment as-tu com:mencé ? |

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Tu TT UpgEs crois-tu que j'aie retenu ces > choses-là par cœur!

» — Mais ton brouillon?

“ — Je n’en ai pas fait ; seulement quelques phra- - ses que j'ai mises sur leurs pattes avant de les * écrire.

— Ma chère, ce que tu vas être grondéel Moi

demoiselle.

Marie Belhomme aussi rapporte son brouillon, et Luce, et les autres; et toutes, d’ailleurs; ça se fait toujours.

ù Mie Sergent lit un roman, assise sur un petit mur * bas : « Ah! vous voilà enfin! Vos brouillons, tout * de suite, que je voie si vous n’avez pas pondu trof $ de bêtises. » | + Elle les Lit, et décrète; celui d’Anaïs n’est « pas nul » paraît-il; Luce « a de bonnes idées » (pardi, les miennes) « pas assez développées »; Marie « a a du délayage, comme toujours »; les Jaubert, : compositions « très présentables ». . — Votre brouillon, Claudine?

— Je n’en ai pas fait. | — Ma petite fille, il faut que vous soyez folle! * Pas de brouillon un jour d'examen! Je renonce à

AR de vous quoi que ce soit de raisonnable.

* Enfin, est-il mauvais, votre devoir?

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