Locution fresnoise : « je suis contente
CLAUDINE L'ÉGO Ir MERE Elle lève des yeux de veau : | — Moi, ça m'fait PEN tout ça, et ça ine mange +
les sangs. Ma mère m’a mise en pension, mon père .
voulait pas, il disait que j'étais bonne à tenir la
maison comme mes sœurs, et à faire la lessive et
à pieucher le jardin, ma mère a pas voulu, c’est
elle qu’on a écoutée. On m'a rendue malade à force
de me faire apprendre, et vous voyez ce que ça fait aujourd’hui. Je l’avais prédit ! Ils me croiront
à présent | Et elle se remet à écrire paisiblement.
Là-haut, dans la salle, il fait chaud à mourir; ces petites, presque toutes rouges et luisantes (une | chance que je ne suis pas une nature rouge!) sont affolées, tendues, elles guettent leur nom qu’on appellera, avec l’obsession de ne pas répondre de bêtises. Ne sera-t-il pas bientôt midi, qu’on s’en aille?
Anaïs revient de la physique-et-chimie; elle n'est pas rouge, elle, comment serait-elle rouge? Dans une chaudière bouillante, je crois qu’elle resterait jaune et froide.
— Eh bien, ça va?
— Ma foi, j'ai fini. Tu sais que Roubaud interroge en anglais par-dessus le marché ; il m’a fait lire des phrases et traduire; je ne sais pas pourquoi il se tordait quand je lisais en anglais; est-il bête !
C’est la prononciation! Dame, Mile Aimée Lanthenay, qui nous donne des leçons, ne parle pas l'an-
GLAUDINE À L'ÉCOLE 233
glais avec une pureté excessive, je m’en doute. De sorte que. tout à l’heure, cet imbécile de professeur se paiera ma tête puisque je ne prononce pas mieux, moi! Encore quelque chose de gait J’enrage de penser que cet idiot rira de moi.
Midi. Ces messieurs se lèvent et nous procédons au raflut ! du départ. Lacroix, hérissé et les yeux hors de la tête, annonce que la petite fête recommencera à 2 h. 1/2. Mademoiselle nous trie avec peine dans le remous de ces jeunesses bavardes et nous emmène au restaurant. Elle me tient encore rigueur, à cause de mon « odieuse » conduite avec le père Lacroix ; mais ça m'est si égal! La chaleur pèse, je suis fatiguée et sans voix.
Ah! les bois, les chers bois de Montigny! A cette heure-ci, je le sais bien, comme ils bourdonnent! Les guêpes et les mouches qui pompent dans les fleurs des tilleuls et des sureaux font vibrer toute la forêt comme un orgue ; et les oiseaux ne chantent pas, car à midi ils se tiennent debout sur les branches, cherchent l'ombre, lissent leurs plumes, et regardent le sous-bois avec des yeux mobiles et brillants. Je serais couchée, au bord de la Sapinière d’où l’on voit toute la ville, en bas, au-dessous de soi, avec le vent chaud sur ma figure, à moitié morte d’aise et de paresse.