‹ Claudine à l'écoleChapitre 36 sur 58 · TERRE · texte numérisé non relu

TERRE

.… Luce me voit partie, complètement absente, et me tire par la manche avec son sourire le plus aguicheur. Mademoiselle lit des journaux; mes camarades échangent des bouts de phrase ensommeillés. Je geins et Luce proteste doucement : :

— Tu ne me parles plus jamais, aussi! Toute la journée on passe les examens, le soir on se couche, et à table Lu es de si mauvaise humeur que je ne sais plus quand te trouver!

— Bien simplet Ne me cherche pas!

— Oh! que tu n’es pas gentille! Tu ne vois même pas toute ma patience à t’attendre, à supporter tes façons de toujours me rebuter.…

La grande Anaïs rit comme une porte mal graissée, et la petite s'arrête très intimidée. C’est vrai pourtant qu’elle a une patience solide. Et dire que tant de constance ne lui servira à rien, triste! triste!

Anaïs suit son idée; elle n’a pas oublié les incohérentes réponses de Marie Belhomme, et, bonne rosse, demande gentiment à la malheureuse, hébétée et immobile :

— Quelle question L’a-t-on posée, en physique et chimie ?

— Ça n’a pas d'importance, grogne Mademoiselle, hargneuse; de toutes façons elle aura répondu des bêtises.

— Je ne sais plus, moi, fait la pauvre Maria démontée, l'acide sulfurique, je crois.

— Et qu'est-ce que vous avez raconté?

— Oh! heureusement je savais un peu, Mademoiselle; j’ai dit qu'on versait de l’eau sur de la chaux, que les bulles de gaz qui se formaient étaient de l’acide sulfurique.

— Vous avez dit cela? articule Mademoiselle avec des envies de mordre...

Anaïs se dévore les ongles de joie. Marie foudroyée n’ouvre plus la bouche, et la Directrice nous emmène, raide, rouge, marchant au pas accéléré; nous trottons derrière comme des petits chiens, et c’est tout juste si nous ne tirons pas la langue sous ce soleil écrasant.

Nous ne faisons plus guère attention à nos con-

currentes étrangères qui ne nous regardent pas

davantage. La chaleur et l’énervement nous ôtent toute coquetterie, toute animosité. Les élèves de l'école supérieure de Villeneuve, les « vert pomme » comme on les appelle — à cause du ruban vert dont elles sont colletées, cet affreux vert cru dont les pensionnats gardent la spécialité — affectent bien encore des airs prudes ct dégoûtés en passant près de nous (pourquoi? on pe saura jamais); mais tout ça se tasse et se calme; on songe déjà au départ du lendemain matin, on songe avec délices qu’on fera la « gnée » ! aux camarades recalées, à celles qui n’ont pu se présenter

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